Conte 8


Le couloir de la ténacité.

De deux mortels voici l'épopée:

L'un était petit, presque nain. On le disait abruti, mais en lui résidait un cœur de géant, semblable au noble pachidèrme qu'est l'éléphant. Naïf qu'on le disait, et, attaché à ses rêves, il ne connaissait aucune trève, mais jamais rien il ne lâchait, car pour lui tout payait.

L'autre, son ami, était bien moins rabougri et prenait plaisir à l'émouscailler toute la journée. Un fieffé folichon qui s'amusait de toutes les façons et qui jamais n'oserait se calter devant une difficulté, du moins c'est ce qu'il ne cessait de répéter.

Un dieu xyloglotte voulu un jour les tester et c'est sans autres indications que "La plus belle récompense est dans cette direction", qu'il laissa les deux amis dans un couloir s'étalant à l'infini. Autour d'eux étaient entassées moulte friandises réveillant en eux une grande gourmandise.

Le plus grand s'écria alors les pupilles écarquillées:

"-Nous sommes au paradis! Regardes autour de nous tous ces mets, tu as vu mon ami?"

L'autre lui répondit:

"-Ne perd pas de vue notre objectif, le chemin est long, il ne faut pas que nous nous éparpillons.

-Que tu es naïf! Profitons donc tout du long!

-La plus belle des récompenses nous attends, je n'ai plus besoin de tout cela maintenant.

-Tu ne sais pas ce qu'il en est, tu regretteras de ne pas l'avoir fait.

-Peut-être as-tu raison, mais je resterai fidèle à mes impressions."

Les deux amis se mirent en route assaillient par le doute. Que trouveraient-ils au bout du chemin? Serait-ce vraiment la plus belle des récompense qu'ils trouveraient à la fin?

Au début, ils ne touchaient à rien, mais bien vite, le plus grand ne pût plus se retenir face à un aussi grand festin.
Sa marche était donc ralentie par ses va-et-vient incessants tandis que par moment lui échappait des gémissement de bonheur, semblables aux aboiements d'un retriever.

Plus ils avançaient dans ce long couloir, plus le petit perdait espoir. Le chemin lui semblait interminable et la faim était bien sûr inévitable. Mais il savait qu'il valait mieux ne pas manger pour continuer à avancer. Derrière lui son ami traînait, et toute son agitation ne faisait qu'accroître son exaspération.

"-Nous n'avons plus besoin de cette récompense, emplissons nous la panse! lui dit le plus grand, le ventre gonflant.

-À quoi cela sert-il de faire tout ce chemin si c'est pour ne pas en voir la fin?

-Eh bien je n'irai pas jusqu'au bout, il est trop difficile de rester debout. De toute façon tout ceci est débile et se priver est puéril.

-Grand bien te fasse, reste sur place. Gardes donc ta mangeaille, si c'est ce que tu veux de ton destin, mais moi je rentrerai au bercail, me délecter du véritable festin.

D'un geste circulaire, le plus grand désigna les mets autour d'eux.

-Il est là, tu n'as pas besoin d'attendre et de prendre sur toi. Vas-y, mange ça.

Dans une foucade, il lui tendit un bout de pain tartiné qui lui parut fade et inapproprié. Mais bien qu'il ne souffrait pas d'arachibutyrophobie, il ne pouvait se résoudre à se goinfrer comme son ami. De plus, ce qu'il appellait festin n'était pour lui que menu fretin quand il repensait à ce qu'il était sensé trouver à la fin. "La plus belle des récompenses" ce n'était pas un non-sens.

Il refusa et s'en éloigna, laissant son ami se délecter de ses maigres mets desquels il ne pouvait même plus se lever.
Ainsi le plus petit continua sa traversée, légèrement peiné mais déterminé. Avec une sorte d'autolâtrie, le plus grand lui dit dans un grand cri:

"MOI j'ai raison! Tu prends la mauvaise décision!"

Ne répondant rien à cela, il continua.
Toutes ces querelles lui avaient fait mal à la cervelle et ce sont quelques grammes d'aspirine qu'il aurait voulu qu'on lui aligne plutôt qu'une ribembelle de mandarines.

Refusant toujours de manger, la faim le tiraillait, seulement au bout du couloir quelque chose lui fit reprendre espoir: une lumière, douce et claire semblait se mouvoir. De tous ces efforts enfin il serait récompensé ? Il était donc presque arrivé?

Il se mit à courir, la faim s'accentuant à chaque pas, mais qu'importe de souffrir, il ne lâcherait pas.
Une fois devant sa récompense il ressenti une joie immense. Ce n'était pas une montagne d'or, et pourtant pour lui ce fut le plus grand des trésors. Il le prit entre ses mains; c'était juste un petit pain. Juste, non, car il lui procura la plus belle des sensations. Ses poils s'hérissèrent sur sa peau, dans son cou, dans son dos. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire tandis qu'il le dévorait avec plaisir. La satisfaction vint irradier son corps, enfin récompensé après tant d'efforts.

Derrière lui, son ami arriva en trainant, devenu gras et répugnant. Il trouva ridicule ce petit homme ébahit devant ce qui lui semblait n'être qu'un peu de mie. Lui-même en mangea, mais n'y vit rien qui le trenscenda. Il préféra repartir, se goinfrer jusqu'à en mourir...

Ce n'est peut-être pas le plus grand des festins, un simple bout de pain, mais l'importance qu'on lui donnera, les efforts qu'on apportera, lui feront toute sa valeur, se goiffrant ne faisant qu'amoindrir le véritable bonheur. Se priver est bien souvent une chose compliquée, mais tout aussi souvent, de vos efforts vous serez récompensé.

Etait-il Utile, Je Vous Souffle L'éspoir.

De Mandaryne.

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