Chapitre 5


bonne lecture !

Alhena ne réagit pas comme je l'avais pensé. Elle se contenta de hocher la tête, la mine songeuse alors que je fronçais les sourcils. En effet, apprendre que d'autres étoiles se baladaient ne semblait même pas l'inquiéter.

-Je le savais, confessa-t-elle en voyant ma tête.

-Pardon ?!

-Pas qu'il y en aurait dans ton lycée mais je savais qu'il y en avait en ville.

-Tu comptais me le dire quand ?

-Je ne t'ai rien dit justement pour que tu ne réagisses pas comme ça, dit-elle en me désignant d'une main.

J'avais de quoi être énervée. Jusqu'à présent les étoiles qui avaient croisées notre chemin avaient toutes eu l'intention de me tuer. Certes il s'agissait de traqueurs envoyés par la révolte depuis les cieux mais les étoiles bannies étaient toutes autant dangereuses.

-Grey Valley est une ville naturellement immunisée contre le regard des étoiles. Tu l'as bien vu les nuages cache le ciel, nous cache. Et c'est pour cette raison que les étoiles viennent ici.

-Comment tu sais ça ?

-Les inscriptions du temple parlaient d'une ville comme celle-là, il en existe plusieurs dans le monde.

Elle marqua un temps d'arrêt, hésitante, avant de reprendre.

-Peut être qu'ils pourront nous aider.

Avait-elle pris un coup sur la tête ? Une fièvre soudaine peut être ?

-J'ai déjà pris contact avec la communauté.

-C'est de la folie !

-Pas si j'y vais seule.

Les étoiles étaient uniques et aucunes d'elles ne portaient le même nom. Même en se faisant passer pour une bannie, elle restait Alhena de la constellation des Gémeaux, Générale dans l'armée céleste royale et gardienne de la princesse. En bref elle avait une cible dessinée dans le dos tout comme moi.

-Je dirais que j'ai été bannie parce que je suis intervenue auprès des Humains.

Il s'agissait effectivement de la cause la plus connue des bannissements mais c'était tout de même risqué.

-Tu oublies que les autres étoiles m'ont repéré, deux arrivées simultanées ce n'est pas une coïncidence.

-J'improviserais.

Je soupirais bruyamment pour monter mon désaccord, malheureusement ma gardienne était aussi têtue que moi.

-Quand à lieu la réunion ?

-Demain matin.

-Demain matin ?!

Je comptais jusqu'à dix pour contrôler ma voix avant de poursuivre.

-Tu me donnes des nouvelles toutes les heures.

-Là tu inverses les rôles.

Je ne répondis rien pour ne pas laisser transparaitre mes émotions mais en vérité j'étais terrifiée. Je détestais le plan d'Alhena et j'avais un mauvais pressentiment. Ma gardienne m'abandonna sur le parking du lycée pour rentrer par ces propres moyens. Jusqu'à ce que la rencontre ait lieu, elle préférait qu'on ne nous voie pas ensemble. A quoi bon inventer une histoire si quelques minutes avant les étoiles du lycée nous voyait ensemble. Je patientais donc bien gentiment dans la voiture jusqu'à ce que Sam finisse ses cours. En trifouillant le poste je finis par tomber sur station convenable. J'en profitais pour sortir de mon sac les livres de cours et feuilletait celui de biologie. Les étoiles ne tombaient pas malades, nous n'avions donc jamais eu besoin de nous renseigner sur ce genre de chose. Les seules blessures que nous connaissions étaient des os cassés ou des coupures causées par des combats. Quelques bandages et hop nous étions de nouveau debout. J'étais en train de lire le troisième chapitre lorsque la porte passagère s'ouvrit. Je sursautais sous le coup de la surprise et laissais tomber mon livre. Sam me dévisagea en voyant ce que je tenais dans les mains et leva un sourcil interrogatif.

-Tu étais en train de lire le manuel de biologie ?

-Je passais le temps.

-Tu n'as pas été en cours, devina-t-il en s'installant.

-J'ai été convoqué dans le bureau du directeur. Apparemment j'aurais agressé Josh parce qu'il aurait refusé de sortir avec moi. Son père était là, ainsi que ma mère et ton père.

Je l'entendis déglutir péniblement et il me sembla le voir se pétrifier sur place.

-Je n'ai pas parlé de toi ne t'inquiète pas.

-C'est vrai ?

Je haussais les épaules en guise de réponse avant de faire marche arrière.

-Je ne le ferais pas si tu me promets que tu n'accepteras plus de te faire malmener.

-Et je suis censé faire quoi au juste, lui dire non ? Tu m'as vu comparé à lui ?

C'est vrai que Sam n'était pas bien musclé comparé à Josh mais il y avait d'autres moyens de résoudre son problème.

-La prochaine fois qu'il t'approche préviens-moi.

-Tu viens de te faire convoquer chez le directeur, pour ton premier jour Chloé, je crois que c'est suffisant.

-Tu me préviens ou je parle à ton père.

Le chantage n'était surement pas la bonne méthode mais c'était la seule que je pouvais utiliser pour l'instant. Sam serra les dents en me lançant un regard noir avant de tourner la tête vers la vitre. Visiblement la discussion était close et il n'avait toujours pas l'intention de me remercier pour être intervenue.

Après un repas copieux mais néanmoins silencieux, je restais un petit moment dans la cuisine pour aider Eléonore. Elle m'avait assuré que ce n'était pas nécessaire mais en avait tout de même profité pour me demander ou se trouvait Alhena. Ma gardienne n'était pas retournée à l'auberge après le lycée et devait attendre dans un endroit discret jusqu'à la rencontre avec les autres étoiles. J'expliquais à la propriétaire des lieux que cela faisait partie des habitudes de ma mère et qu'il ne fallait pas s'alerter car elle devait surement avoir une piste pour son livre. La vieille dame allait ajouter quelque chose mais fut interrompu par son fils qui me demandait une minute de mon temps. Il m'entraina hors de la maison en faisant bien attention aux oreilles indiscrètes avant de se tourner vers moi.

-Tu sais ou es Erika, enfin Alhena ?

-Elle devait aller vérifier un tuyau, elle sera de retour demain.

-Est-ce que cela à un rapport avec les gens qui te cherchent ?

-Quelque chose comme ça.

Il semblait vouloir dire quelque chose mais la gêne l'en empêchait. Sur le moment il me fit penser à son fils avec son regard fuyant.

-Donc Alhena n'est pas ta vraie mère ?

-Non.

Il hocha la tête, comme pour méditer ma réponse avant de plonger son regard dans le mien.

-Tu penses qu'elle accepterait de diner avec moi ?

Là il me laissait sans voix. Hank secoua la tête de gauche à droite avant que je n''ai la chance de lui répondre.

-Non bien sûr que non, elle est là pour te protéger.

Il poursuivit son monologue pendant une minute ou deux et je posais les mains sur ses épaules pour le calmer.

-Je pense qu'il faudrait lui demander directement.

Impossible de louper la petite flamme qui s'alluma dans son regard. Le shérif me sourit en me remerciant, bien que je ne sache trop pourquoi, avant de rentrer dans la maison. Je n'avais pas trop envie de m'enfermer dans ma chambre en pensant au danger qu'encourait ma gardienne. J'aurais pu tenter de la joindre par téléphone mais elle ne répondrait surement pas, elle avait même du le laisser dans sa chambre pour plus de précaution. Je levais un œil vers le ciel par habitude avant de pousser un soupir. Il commençait à faire nuit et les nuages cachait les étoiles. Ma famille me manquait. Je savais qu'ils étaient encore en vie mais je ne savais pas qu'elle était leur condition. Même mes frères, gravement blessés dans la bataille et presque mourants brillaient encore. Avaient-ils gagné la guerre ou bien avaient-ils été faits prisonniers. Qu'était-il advenu du palais ? Et de mes affaires ? Alhena gardait toujours espoir lorsque je lui posais la question. Elle ne cessait de répéter que le roi et l'armée avait dû repousser la révolte et que tout était redevenu normal dans notre monde. Sauf que ses arguments étaient à chaque fois contestés lorsqu'un traqueur nous trouvait. Si mon père était toujours sur le trône alors pourquoi essayait-on encore de me tuer ? Et pourquoi personne n'avait essayé de nous ramener ? Tant de questions laissées sans réponse.

-J'ai besoin que vous me guidiez, murmurais-je en levant la tête et en fermant les yeux.

Je sentis quelque chose d'humide rouler le long de ma joue et l'essuyais rapidement. Comme je m'en doutais je ne reçus aucune réponse, sauf si une brise glacée pouvait être considérée comme un signe. Dépitée, je m'engouffrais dans la maison et tombais nez à nez avec Sam. Il me dévisagea un instant mais je le contournais pour monter les escaliers. Il me sembla l'entendre m'appeler mais je me dépêchais d'entrer dans ma chambre et fermais à clé. A ma grande surprise, le petit fils d'Eléonore ne se découragea pas et toqua à ma porte une minute plus tard.

-Chloé ? Je ne suis pas très fort pour discuter avec les filles, enfin les gens en général, mais si tu veux parler...

Je m'assis sur le lit en fixant la porte jusqu'à ce que l'ombre du garçon disparaisse en me souhaitant une bonne nuit. Je ne pris même pas la peine de me changer et m'allongeais sur le matelas en position fœtal. Je ne sais pas combien de temps je restais dans cette position mais lorsque je me relevais tout le monde dormait à point fermé. Je m'échappais de la chambre à pas de loup pour rejoindre la petite cuisine et ouvris le frigo.

-Problème d'insomnie, demanda un silhouette dans l'embrasure de la porte alors que je sortais la brique de lait.

Je sursautais sous le coup de la surprise avant de reconnaitre le visage d'Eléonore dans la pénombre. Celle-ci s'empressa d'allumer la lumière, me donnant ainsi un aperçu de sa chemise de nuit et de ses bigoudis plein la tête.

-Désolée, je ne voulais pas te faire peur, s'excusa-t-elle avant de se diriger vers la plaque de cuisson.

Elle attrapa une casserole puis la brique que je tenais avant de le verser son contenu pour le faire chauffer. Elle sortit ensuite d'un petit tiroir un bocal contenant des petites graines séchées violettes et en saupoudra quelques une dans le lait.

-C'est ce que ma mère me préparait quand je n'arrivais pas à dormir.

Je me passais bien de lui dire que je ne dormais pas tout court et tendis deux verres à la place.

-C'est de la lavande, explique-t-elle en me voyant sentir le lait.

-C'est délicieux, admis-je avec sincérité.

La lavande s'accordait parfaitement avec le lait, laissant un gout floral sur la langue tout à fait savoureux.

-N'hésite pas à te servir tant que tu veux, répondit la vieille dame avec un petit clin d'œil.

-Merci Madame Harison.

-Je t'en prie appelles-moi Eléonore, ça me fera perdre quelques années.

Je souris tout en hochant la tête puis la regardais disparaitre dans le couloir. Si elle savait qui j'étais et le danger que je représentais pour elle, Eléonore ne me traiterait pas de cette façon, pensais-je.


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