chapitre 6


Sirius avait les yeux rivés sur le fond du paddock, casque en main, posture rigide. Le bruit des moteurs s’était tu depuis longtemps, mais dans sa tête, ça continuait de hurler. Comme toujours.

Il adorait la vitesse. Elle l’empêchait de penser. Elle couvrait les souvenirs, le silence des cris qu’on n’a jamais osé pousser. Mais une fois le moteur éteint… c’était une autre histoire.

Il s’était isolé dans un coin discret du paddock Ferrari. Le soleil commençait à descendre doucement derrière les gradins. Il s’assit sur une caisse de matériel, jeta son casque sur le sol, ferma les yeux. Inspirer. Expirer.

James passait au loin, mais il n'appela pas. Sirius n'avait pas envie qu'on le regarde aujourd’hui. Pas envie qu’on s’inquiète. Pas même James, qu’il adorait comme un frère, et qui savait trop souvent lire entre ses silences.

Ses doigts jouaient avec l’élastique à son poignet. Une mauvaise habitude. Une vieille habitude. Il l’enroulait, le tirait, le relâchait, jusqu’à ce que ça claque contre sa peau. Un petit bruit sec, presque imperceptible. Mais qui calmait. Un peu.

Il releva la tête quand une voix familière s’éleva, douce, presque inattendue dans ce monde de bruits mécaniques.

— Tu cherches à faire exploser ton poignet ou tu veux juste te distraire ?

Sirius sursauta. Il tourna la tête. Remus Lupin était là, accoudé nonchalamment à la barrière métallique du paddock Mercedes. Expression neutre, regard profond, cette espèce de calme étrange qui contrastait toujours avec le tumulte intérieur de Sirius.

— T’observes souvent les gens comme ça ? demanda Sirius, un peu sec. Il n’aimait pas être surpris.

— Juste ceux qui jouent avec la douleur comme si c’était une corde de guitare.

Sirius baissa les yeux vers son poignet. L’élastique avait laissé une fine marque rouge. Il eut un rire bref.

— Tu veux que je joue de la musique avec ? Je suis doué.

Remus ne sourit pas. Il se contenta d’un regard appuyé.

— Ce genre de musique, je connais. Je l’ai trop bien connue.

Sirius resta silencieux. Son regard glissa lentement sur le visage de Remus. Il y avait la grande cicatrice qui descendait le long de sa joue. Le métal qui remplaçait sa jambe gauche, visible sous le pantalon un peu trop ajusté. Mais ce n’était pas ça qui attirait l’attention. C’était ce calme dans les yeux. Ce calme né de la douleur, justement.

— Tu fais quoi là, Lupin ? Tu viens me psychanalyser ?

— Non. Je viens voir si t’es aussi insupportable que ton frère le dit.

Sirius haussa un sourcil, mi amusé, mi vexé.

— C’est flatteur. Et ? Verdict ?

— T’es pire que ce que je pensais.

Et pour la première fois, un vrai sourire se dessina sur les lèvres de Remus. Pas moqueur. Juste... sincère.

Sirius souffla par le nez, puis hocha la tête.

— Au moins t’es honnête.

Ils restèrent là un moment, sans parler. Juste le silence, à peine troublé par quelques cris d’équipe en train de démonter les stands. Et Sirius sentit, pour la première fois depuis longtemps, que le silence n’était pas un ennemi. Pas avec lui.

Remus se redressa et tourna les talons.

— T’as mon numéro. Si un jour tu veux parler sérieusement. Ou jouer de la musique.

Il ne regarda pas derrière lui. Sirius resta figé, un peu paumé. Puis, presque inconsciemment, il retira l’élastique de son poignet et le fourra dans sa poche.

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