Chapitre 6
Matthew
Gat ne sortait jamais de sa chambre, ou alors que très rarement, pour se laver et parfois manger, si l'envie l'en prenait. Généralement, nous n'étions pas présents lorsqu'il descendait, mais ma mère me faisait toujours remarquer lorsqu'il manquait de la nourriture dans le frigidaire et soupirait de soulagement à l'idée que notre pensionnaire ne se laisse pas mourir de faim. Elle s'était mis à lui acheter des repas tous préparés, ou à cuisiner spécialement pour lui des plats qu'elle laissait au frigo avec son nom dessus. Et chaque jour, je tentais de lui tirer quelques mots en allant le voir dans sa chambre. J'ignorais ce qu'il pouvait faire toute la journée dans cette pièce. Elle n'avait rien de personnelle après tout, il n'avait rien fait pour se l'approprier. Ainsi, Gat ne quittait jamais la maison et encore moins le camp. Aussi, lorsqu'il disparut, le lendemain de notre visite au Sentrum, je m'inquiétai immédiatement. Il se faisait tellement discret que ce fut Rachel qui s'en rendit compte, lorsqu'elle vint pour sa visite quotidienne et qu'elle ne le trouva pas dans sa chambre. Ma mère l'avait vu le matin même, nous savions qu'il n'était pas parti depuis longtemps, mais nous ignorions où il pouvait se trouver, et étant donné qu'il avait déjà tenté d'incendier son ancienne maison, nous avions de quoi être effrayés de ce qu'il pouvait faire maintenant. Jonathan et Rachel furent donc chargés de se rendre à la chaumière au bord du lac, Elisabetha et les jumeaux devaient parcourir la forêt à sa recherche et j'avais convaincu Kaleb de m'aider à chercher en ville. Mon meilleur-ami s'était rendu du côté du lycée et moi au centre-ville. Robinson Creek avait beau être une petite ville, j'étais certain que chercher un sorcier dans toute la vallée pouvait prendre du temps. L'une de mes plus grandes craintes était qu'il se rende au Sentrum de Salem en utilisant le portail. Après tout, il était une source de magie à lui seul et n'avait donc besoin de personne pour s'y rendre.
Pourtant, Gat ne se cachait pas. Et il me le fit savoir assez rapidement. Je m'apprêtais à aller voir le maire Carter pour m'assurer qu'il ne s'était rien passé d'étrange en ville ce jour-là lorsqu'une chevelure blanche attira mon attention dans le café situé sur la place centrale de Robinson Creek.
Gat me fixait de l'intérieur du commerce, une tasse entre les mains. Lorsqu'il remarqua que je l'avais vu, il m'adressa un signe de la main, sans vraiment sourire, ce qui eut le don de me perturber un peu plus. Je m'empressai alors d'entrer dans le café. Il était pratiquement vide, à l'exception d'un couple qui se chuchotait des mots d'amour dans un coin et de trois petites vieilles discutant autour d'un thé. Je rejoignis Gat, assis à une table pour quatre et m'installai juste en face de lui.
- Tout le monde te cherche partout ! Tu nous as fait flippé !
Il baissa les yeux sur son chocolat chaud surmonté de chantilly et de vermicelles et le rapprocha de lui, nullement touché parce que je venais de lui dire.
- Est-ce que tu réalises à quel point la communauté surnaturelle de Robinson Creek est recentrée sur elle-même ? commença-t-il. Je veux dire... Au début Rachel était une chasseuse humaine, c'était pas trop cool, puis elle est morte et pouf ! Comme on est à Robinson Creek elle est revenue à la vie et est devenue un vampire.
- Gat qu'est-ce qu...
- Mélissa est sympa aussi, mais elle n'a pas idée de ce que vous traversez, alors vous l'avez tous mis à l'écart, exceptée Rachel. Elle essaie de rester toujours aussi proche de sa meilleure-amie mais quand tu dois lui mentir sur plus de la moitié de ta vie, de ce que tu es, c'est assez compliqué.
Il marqua une pause mais cette fois-ci je ne dis rien.
- On est tellement recentrés sur nous même que je n'avais jamais pris en compte le fait qu'il y avait un café à Robinson Creek ! Le chocolat chaud est extraordinaires au passage ! Donc, je trouve ça dommage que l'on ne sorte pas un peu plus de notre zone de confort. Déjà que Robinson Creek est minuscule, si en plus on doit passer toute notre vie entre un vieux manoir flippant, un groupement de maisons en bois et une chaumière à moitié en ruine, ça ne va pas aller loin. Pas vrai ?
Une serveuse déposa un café sur la table et le glissa devant moi avec un grand sourire avant de repartir.
- J'ai demandé à ce qu'elle apporte un café quand tu m'as repéré. C'est pour moi, après tout je squatte chez toi donc bon.
Je le remerciai, complètement confus parce qu'il se passait en ce moment.
- Sinon, tu comptes accepter ou pas ?
Je fronçai les sourcils.
- Ta couronne, ton titre, tu comptes accepter ou pas ?
- Comment tu...
- On vit dans la même maison et je suis un sorcier. Ton sorcier. Alors je suis forcément au courant de ce genre de choses.
J'ouvris la bouche avant de la refermer, sérieusement déstabiliser par son comportement. Gat était Gat, le Gat d'avant. Et je ne me l'expliquais pas.
- Ça serait une bonne idée. Tu serais plus proche de ton père, tu aurais plus d'influence...
- Et ça me permettrait de mieux comprendre tout ce bordel, ajoutai-je. Puisque je suis maintenant un loup-garou immortel, on fera forcément le rapprochement tôt ou tard alors je préfère autant que ça se fasse maintenant et pouvoir finir mes études.
Il hocha la tête, tout en fixant son chocolat avant de reprendre.
- D'un autre côté, ça pourrait être la fin de la tranquillité de Robinson Creek. Tu serais un moyen d'accéder au Gévaudan. Il a vécu plusieurs siècles, il a eu le temps de se faire des ennemis. Ça voudrait dire que tu t'impliques un minimum, tu aurais des responsabilités. Et puis...
Il souleva la tasse sans pour autant en boire son contenu.
- Le fils du roi loup, amouraché d'un vampire, ça risque de faire parler.
- Qu'est-ce qu'on pourrait avoir à dire là-dessus ?
- Eh bien, on pourrait voir ça comme une forme d'alliance et même si Tamara devrait parvenir à contenir un minimum les doutes des sorciers... Je ne serais pas aussi optimiste pour les satyres, les wendigos et les sirènes.
Je fronçai les sourcils.
- Parce qu'en tant que fils du Gévaudan, on fera maintenant attention à toi. Enfin je suppose, je ne suis pas prince. Tu devrais demander aux fils de l'Oracle ce qu'ils en pensent, leur... Ressenti sur leur vie royale.
- Tu me dis de ne pas le faire ?
- Non, je te montre qu'il n'y a pas que des avantages à devenir le fils officiel du Gévaudan.
Un tintement de cloche nous informa que de nouvelles personnes entraient dans le café. Je me retournai. Il s'agissait d'Elisabetha, Rachel, Jonathan et Kaleb.
- Je leur ai dit où j'étais, quand tu m'as repéré, expliqua Gat en leur faisant signe d'approcher.
Ils s'installèrent tous autour de la table, Kaleb et Rachel durent rapprocher une table. La serveuse arriva aussitôt pour prendre des commandes. Gat insista pour qu'ils se servent avec un naturel tel que Rachel et Kaleb commandèrent un café et un soda.
- Tu nous as fait peur ! commença Elisabetha lorsque la serveuse s'éloigna. On pensait qu'il t'était arrivé quelque chose !
- Depuis des jours vous me demandez de sortir et maintenant que je sors vous en faites toute une histoire, répliqua Gat en portant sa boisson sucrée à ses lèvres.
Gat était lui-même, rien ne nous permettait d'en douter si ce n'était son semblant de bonne humeur alors que la veille il ne quittait pas sa chambre. Jonathan se montrait réticent à la discussion, coincé entre Rachel et moi.
- On devrait parler, finit par déclarer Kaleb au bout d'un long moment de silence.
- Et de quoi tu veux parler ?
- De tout, de n'importe quoi. Mais dernièrement on se voyait toujours en petits groupes, on était jamais...
Il chercha ses mots quelques secondes avant de soupirer :
- Ensemble. Aussi niais que ça puisse paraitre.
Nous semblions tous à peu près d'accord sur ce point.
- Très bien, dit Rachel. Commence Kaleb.
Mon meilleur ami sembla quelques secondes mal à l'aise puis se tourna vers Gat avec une expression coupable.
- Je suis tellement désolé...
Le sorcier perdit immédiatement son attitude plus légère d'il y avait quelques secondes et baissa les yeux sur sa boisson.
- J'aurai... continua Kaleb. J'aurai dû être capable de la sauver ! Et tu n'as pas idée d'à quel point je m'en veux d'avoir été incapable de l'aider.
- C'est bon, le coupa Gat en levant les yeux de sa boisson pour faire face à Kaleb. Tu n'as pas besoin de t'excuser pour ça. Tu ne l'as pas tuée, ce n'est pas à toi que j'en veux.
Kaleb hocha doucement la tête tout en baissant les yeux. Il s'en voulait encore, c'était indéniable. Mais je pouvais espérer que le pardon de Gat l'aiderait.
- Je suis en colère, déclara Gat. Et quand un sorcier est en colère, ou tout simplement émotionnellement instable, il devient dangereux pour ce qui l'entoure parce qu'à la moindre contrariété il peut décider de « déverser ses flux magiques » sur la personne qui l'emmerde. En plus, j'ai de nouveaux pouvoir depuis mes dix-huit ans, je ne les contrôle pas encore, expliqua-t-il en fixant ses mains qu'il agitait comme pour jeter un sort. Et j'essaie d'être de moins en moins en colère pour pouvoir déverser toute ma haine contre Lux.
- Tu sais que les prisons des Sentrums bloquent les pouvoirs, si tu y rentres ils ne te seront d'aucune utilité, déclara Elisabetha, les bras croisés.
Gat leva les yeux sur elle.
- Je travaille sur une fenêtre de tir. Mais vu que vous êtes proches du trio, vous risquez de compromettre mes plans alors je vais appeler ce qu'on appelle « les liens d'amitié » pour que vous vous taisiez sur ce sujet.
- Tu veux tuer ton père ? demanda Rachel en fronçant les sourcils.
- Ne l'appelle pas « mon père ». Et non, je veux lui infliger bien pire que la mort. Mais j'ai besoin de préparation, donc personne n'évoquera plus jamais ce sujet.
Personne n'osa ajouter quoi que ce soit. J'ignorais quoi en penser. Si Gat ne comptait pas tuer Lucius, je n'avais techniquement aucun compte à rendre au Gévaudan.
- Maintenant j'aimerai, puisque nous sommes dans une discussion à cœur ouvert digne d'un mauvais talkshow pour mère au foyer, qu'une dernière personne explique à tout le monde ce qui se passe dans sa putain de tête.
Gat lança un regard haineux à Jonathan tandis que la serveuse déposait les boissons commandées par Kaleb et Rachel sur la table.
- Je suis ton ami, depuis votre arrivé en ville je t'ai toujours aidé, j'ai toujours été là pour toi-même quand tu commettais les pires conneries qu'un vampire puisse faire.
Jonathan gardait son regard rivé sur ses mains, à moitié allongé sur sa chaise, mais je devinais au court regard que Gat lança à Rachel qu'il parlait d'elle. Le vampire, quant à lui, restait de marbre.
- Et je suis pratiquement certain de savoir ce qui te dérange, j'ai lu suffisamment d'archives de ma famille et de carnets de mon père pour avoir des doutes.
Elisabetha alternait son regard entre les deux adolescents. Je pris soudain conscience qu'elle devait savoir ce qu'avait Jonathan. Après tout ils étaient cousins et se connaissaient depuis des siècles. Mais elle ne m'en avait rien dit.
- Alors ? Dis-le, que tout le monde sache. Pourquoi Jonathan Diswood n'a plus la langue si bien pendue depuis quelques jours et a perdu tout sens de la loyauté.
Le vampire serra la mâchoire et posa les yeux sur les mains d'Elisabetha qui se trouvait en face de lui, sans pour autant répondre quoi que ce soit. Cependant, sa cousine lâcha un soupire et se décida à parler.
- On dit souvent...
Elle fixa le jeune homme en face d'elle quelques secondes avant de poursuivre.
- Depuis que je suis liée à Matthew pour toujours, on me qualifie souvent de la fille au lycan, dans notre famille. Une mauvaise habitude qu'on pris certaines de nos tantes éloignées et que les jumeaux utilisent dans l'unique but de m'emmerder.
Elle marqua une courte pause, toujours sans quitter Jonathan des yeux.
- Mais à une époque, ils appelaient Jonathan le garçon aux sorcières.
Je fronçai les sourcils. Gat ne détachait pas son regard de Jonathan, attendant une réaction tandis que Rachel ne semblait pas prête à comprendre.
- En 1946, Jonathan et Beth... Sortaient ensemble.
Le vampire ne réagissait toujours pas alors que tout semblait prendre peu à peu du sens.
- Ils sont sortis ensemble pendant plusieurs mois, puis il y a eu François et Juliette.
Elisabetha marquait des pauses entre chaque phrase, comme si elle attendait que Jonathan continue à sa place ou lui demande d'arrêter.
- Là notre famille à quitter la région et ils ont stoppé tout contact. On ne savait pas qui blâmer pour ça ou qui haïr, mais on ne pouvait pas rester en bon terme après tout ce qui c'était passé, ni avec les loups, ni avec les sorciers alors nous sommes partis.
Elisabetha posa les yeux sur moi et poussa un long soupire, comme pour dire qu'elle était désolée de me l'avoir caché.
- Je croyais qu'un vampire ne pouvait aimer qu'une personne dans sa vie, dit Kaleb avant de boire une gorgée de son soda.
- Un vampire ne voit plus qu'une personne à partir du moment où il lui dit qu'il l'aime. Et je ne l'ai pas fait avec elle. J'attendais.
Jonathan avait enfin pris la parole et sa voix enrouée exprimait en un sens la véracité des dires d'Elisabetha. Rachel resserra ses mains autour de sa tasse fumante, le regard perdu dans le vide, elle n'était visiblement pas au courant. Elle portait la boisson à ses lèvres quand Jonathan l'arrêta.
- Ne la bois pas, il a mis de ses herbes dedans.
Le sorcier et le vampire se fixait maintenant avec défi.
- Ça empeste la jubilla. Tu en avais vraiment besoin ?
- Je voulais la vérité, est-ce un mal ?
- T'as drogué nos boissons ? l'interrogea Kaleb en se penchant en avant pour avoir le sorcier dans son champ de vision.
- J'ai juste glissé un peu de poudre d'une plante qui empêche la personne qui en consomme de mentir lorsqu'on lui pose une question dans l'eau de la cafetière et de la théière. Encore une fois je voulais juste la vérité.
- Maintenant tu sais ce que tu voulais savoir, tout le monde sait d'ailleurs, grinça Jonathan sans le quitter des yeux.
Gat plissa vaguement les yeux tout en s'appuyant sur le dossier de sa chaise.
- A quel point Beth et toi étiez proches ?
Jonathan n'avait pas bu, aussi je fus surpris, autant par sa franchise que par la réponse en elle-même.
- J'allais la demander en mariage.
Rachel laissa échapper la tasse qu'elle avait toujours en main et Elisabetha la rattrapa avant qu'elle ne se renverse. Jonathan se leva et quitta le café aussi rapidement que le public humain le lui permettait.
- Bah merde, souffla Kaleb en posant les yeux sur son soda.
Rachel se leva à son tour mais Elisabetha l'arrêta.
- Laisse-le un peu.
- Je vais juste voir mes parents, répondit la jolie blonde d'une voix vide d'émotion.
Elle quitta elle aussi le café avec précipitation.
- Bah merde, répéta Kaleb.
Le bruit de la porcelaine que l'on casse venant de la table du fond, à laquelle les deux amoureux transis se murmuraient auparavant des mots doux, nous encouragea à nous retourner. La jeune femme se levait de table en remettant son écharpe avec fureur tandis que son conjoint affichait un air penaud, visiblement perdu.
- Tu n'aimes pas que moi !? Tu préfères ton autre pétasse d'Emy !? Parfait ! Je me casse, connard !
- Non mais je comprends pas ! Attends !
- Je te demande si tu n'aimes que moi et tu me réponds non et tu penses que tu peux encore dire quelque chose !?
La jeune femme traversa le café et en sortit en claquant la porte, maltraitant la clochette suspendue à côté de celle-ci au passage. Gat nous offrit son sourire le plus faussement désolé.
- Ils ont dû prendre du café.
Il sortit une flasque de sa veste, la dévissa et versa une partie de son contenu dans la tasse avant de boire une grande gorgée.
- Le meilleur chocolat chaud ! sourit-il.
Hey ! J'espère que vous allez bien et que ce chapitre vous a plu ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé en commentaires !
Que pensez-vous : - du passif de Beth et Jonathan ?
- de Gat ?
- de ce que devrait faire Matthew ?
Pour une fois je ne suis pas en retard pour poster mon chapitre ! Encore une fois, je posterai un chapitre tous les vendredis.
Je me demandais, qu'attendez-vous -sérieusement- comme retournement de situations, rebondissements, péripéties dans ce tome ?
Je voulais vous remercier pour tous vos votes, vos vues et vos commentaires ! Je sais que ça a été compliqué de reprendre après tant d'absence, moi-même je n'étais plus vraiment plongée dans l'univers de l'histoire mais je recommence à prendre mes marques. En tout cas merci infiniment ! Je vous AIME !

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