-10-

  - Aloooooors ?

  - Tais-toi, l'arrêta Jughead en rigolant tout de même un peu.

  - Raconte-moi ! le supplia Lya. Comment ça s'est passé, avec Betty ? Tu vas l'aider pour le Blue & Gold ?

  - Probablement, oui. J'ai déjà une mission, d'ailleurs ! se vanta le jeune homme.

  - Ah bon, et quelle est-elle, Mr. Bond ?

  - Il faut que je pose quelques questions à Dilton Doiley.

  - Celui qui a trouvé Cheryl avec ses scouts, le 4 juillet ?

  - Celui-là même, figure-toi ! Si Cheryl et Archie ont tous les deux entendu un coup de feu, il doit forcément l'avoir entendu, lui aussi. Or...il n'a rien dit de tel au shérif Keller.

  La brune souriait tendrement devant l'enthousiasme nouveau de son meilleur ami : il semblait avoir trouvé un autre passe-temps. Toutefois, quelque chose préoccupait Lya.

  - Dis, Jug, tu vas continuer à écrire, pas vrai ? lui demanda-t-elle alors, confiante.

  - Évidemment, qu'est-ce que tu crois ?

  - Je n'en doutais pas, mais j'ai préféré vérifier. De toute façon, ajouta-t-elle, le jour où tu arrêteras d'écrire a intérêt à ne pas arriver de si tôt, mon petit Truman !

  Jughead laissa naître un sourire sur son visage en entendant la référence de son amie, puis il la prit dans ses bras. Lya se demandait ce qui lui prenait -il n'était pas le genre de personne qui montrait si facilement son affection- quand elle comprit enfin. Le brun, tout plaisantin qu'il était, lui frotta le dessus du crâne avec son poing, la décoiffant au passage, avant de la relâcher.

  - Jug ! Pourquoi t'as fait ça ? Mes cheveux sont complètement décoiffés !

  - Ah, parce qu'ils étaient coiffés ?

  - T'es vraiment...

  - T'es incapable de me faire mal, Lya, s'esclaffa-t-il en voyant la main qu'elle levait vers lui.

  En guise de réponse, Lya lui tira la langue comme une enfant. Ils partirent ensuite sur le chemin du retour dans un grand fou rire interminable. Lorsqu'ils arrivèrent enfin chez les Bennet, la femme de Dave était là, un sourire gêné plaqué aux lèvres.

  - Tiens, salut, vous deux. Vous avez passé une bonne journée ?

  - Excellente, répondit sèchement Lya qui s'apprêtait à monter dans sa chambre.

  - Attends, j'ai eu le Docteur Meriway au téléphone.

  - Ah. Et ? l'interrogea-t-elle avec appréhension.

  - Il demande si tu prends toujours tes...tu sais...

  - Mes médicaments ? Oh, oui, je prends toujours mes petits cachets, Nelly, ne sois pas gênée d'en parler devant Jughead. Tu n'as pas à avoir honte de mes problèmes devant lui.

  Une fois sa petite pique bien envoyée, Lya se retourna le plus vite qu'elle put et fila dans les escaliers, suivie de près par Jughead. Pourquoi cette bonne femme devait-elle sans cesse lui rappeler toutes les erreurs qu'elle avait commises ? La jeune fille était épuisée par ce secret qu'elle portait depuis un an, elle n'en pouvait plus. Elle pensa à la petite boîte en métal enterrée au fond du jardin et à son contenu. Elle n'y avait jamais plus touché depuis qu'elle et Jughead l'avaient enfouie dans le sol, et elle en était fière. Elle suivait son traitement à la méthadone de la manière la plus assidue qui soit. Assise à même le sol, contre le mur, elle pleurait ; c'était la pression accumulée qui s'évacuait, et Jughead comprenait. Il se contenta de s'assoir à côté d'elle, sans parler, au début. Quand Lya respira plus calmement et sanglota moins bruyamment, il comprit qu'était venu le temps des paroles de réconfort.

  - Tu sais, il fait juste son boulot de toubib, en appelant ici. Il ne doute pas de toi, mais c'est une sorte de...procédure, ou un autre truc du genre. Et puis, je ne connais personne d'aussi courageux que toi, Lya. T'es allée jusqu'en Enfer et t'en es revenue, t'es la seule à en être capable. Tu t'en es plutôt bien sortie, parce que t'en avais envie. Alors t'as beau croire que ta sœur t'a abandonnée, que ta mère a fait pareil et que tes amis n'ont pas fait mieux, mais y a une personne qui a toujours cru en toi, et crois-y ou non, mais t'es assise à côté d'elle en ce moment-même.

  Lya releva la tête doucement, plus heureuse que jamais d'avoir Jughead à ses côtés. Elle ne le remercia pas, ce n'était pas nécessaire : son regard en disait long. Elle était prête.

  - Jug... Il est temps. Je veux m'en débarrasser.

  - Maintenant ?

  - Tout de suite.

  - Allez, viens.

  Il lui tendit sa main et l'aida à se relever puis ouvrit la fenêtre de la chambre d'Elyana.

  - Prête à descendre l'échelle de la fraude ?

  - Toujours, parvint-elle à dire en rigolant tout doucement.

  Ils descendirent prudemment et une fois les pieds bien ancrés sur le sol, ils marchèrent ensemble vers l'arbre déprimé qui trônait au fond du jardin. Ils s'accroupirent tous les deux et, après avoir cherché le moindre signe d'hésitation dans le regard de sa meilleure amie, Jughead s'empara d'une pelle qui traînait non loin de là.

  - Tu veux le faire ? lui proposa-t-il.

  Elle secoua la tête, alors il creusa. Après avoir recueilli l'objet dans un sac en toile, ils s'enfuirent ensemble jusqu'au bord de la Sweetwater River. Assise sur une souche encore humide, la boîte posée sur ses genoux, Jughead à côté d'elle, Lya se tenait immobile. Elle expira longuement et souleva le couvercle gris et glacé, révélant le contenu du récipient en métal. Elle souleva le petit sachet de poudre blanche devant ses yeux, encore humides, eux aussi. Elle se leva, le sachet dans une main, celle de Jughead dans l'autre. Elle laissa le bout de ses bottines toucher l'eau, puis, d'un coup, jeta l'héroïne dans la rivière. Elle se retourna immédiatement pour se réfugier dans les bras du brun qui la serra contre lui pendant d'interminables minutes. Entre larmes et hoquets, Jughead se pencha un peu plus pour murmurer à l'oreille de son amie.

  - Tori aurait été fière de toi.

***

  - Alors, comment ça s'est passé avec Chuck ? demanda Kevin, curieux.

  - Chuck a un corps de rêve, mais sa conversation n'est pas comparable à celle d'Oscar Wilde ou de Diablo Cody, répondit Veronica.

  - Tu as aimé le sirop d'érable, hier soir ? lui demanda une lycéenne au sourire mesquin.

  - Le quoi ? s'étonna la jolie brune.

  - Le sirop d'érable de Chuck ; ça t'a plu ? ajouta une deuxième.

  - On a pris un brownie, si c'est ce que vous voulez dire, répondit-elle, ne comprenant pas où voulaient en venir ces deux filles.

  Lya, elle, à côté de Betty, redoutait le moment où elle comprendrait.

  - Oh mon Dieu ! s'exclama soudain Kevin en regardant son téléphone.

  - Quoi ?

  Veronica s'empara du portable du garçon pour voir ce qui l'étonnait tant. La photo de Chuck et Veronica, affublée d'un filet de sirop d'érable, tournait sur les réseaux sociaux. Elle entra dans une colère folle, dégoûtée par le comportement de Chuck. Betty tenta de la raisonner ; elle pouvait tout à fait le dénoncer dans le Blue & Gold.

  - Tu parles comme une fille qui respecte le règlement, la coupa-t-elle. Moi, je fixe mes propres règles et je les transgresse quand il le faut.

  Elle entraîna alors Betty dans les couloirs. La blonde lança un regard désespéré à Lya qui décida donc de les suivre. Elle n'imaginait pas une seconde que cela la mènerait dans les vestiaires des garçons. Veronica venait juste de convaincre quelqu'un de la laisser passer. Ce quelqu'un, c'était Archie. Un Archie qui portait uniquement une serviette nouée autour de sa taille. Inutile de le nier : il était vraiment devenu canon. Lya secoua la tête et se rendit compte que si Veronica et Betty confrontaient Chuck depuis un petit moment, elle était restée bloquée devant le rouquin.

  - Lya, tu m'expliques ?

  - Euh...en fait...Chuck...Veronica...enfin...

  Elle baissa les yeux, cherchant quelque chose à dire, mais un Reggie (habillé, lui) l'en empêcha en l'entraînant dans le couloir. Hors du vestiaire, Lya dégagea son bras de la poigne du brun et manqua de le gifler une deuxième fois au passage.

  - Qu'est-ce que tu veux, encore ?

  - Que tu reviennes. Tu m'expliques pourquoi t'as calé devant Archie, y a deux minutes ?

  Il était énervé, très énervé, c'était indéniable.

  - Mais t'hallucines, mon pauvre ! Laisse-moi tranquille ! Je vois pas ce qui est compliqué à comprendre, là-dedans.

  - Sois plus claire, aussi ! s'écria-t-il, attirant l'attention d'Archie qui écouta attentivement la suite.

  - Tu trouves que je ne suis pas assez claire ? Et bien j'espère que ce que je vais dire maintenant sera limpide, tu m'entends ? C'est fini, Reggie. Je ne sais pas ce qui m'a pris, quand j'ai cru que tu pouvais changer. Je ne veux plus jamais avoir affaire à toi, c'est compris ?

  Un silence de quelques secondes suivit les paroles destructrices de la jeune fille avant que Reggie n'achève leur conversation.

  - C'est clair comme de l'eau de roche. T'es plus avec moi, parfait. Mais ne reviens pas en rampant quand t'auras compris ton erreur, c'est clair ? Pauvre junkie.

  Il cracha ces deux derniers mots avec tant de haine qu'Elyana ne sut même pas répliquer. Archie, lui, ce fut son tour de se mettre en colère. Il ouvrit la porte et regarda le visage meurtri de la brune.

  - Ne lui parle plus jamais comme ça, pauvre con ! cria-t-il à Reggie, déjà loin dans le couloir.

  Il se tourna vers Lya qui fixait toujours le mur en face d'elle, stupéfaite. Elle tourna ses yeux vers Archie, le remercia en hochant la tête, puis s'éloigna à son tour, ne souhaitant pas être suivie. Elle savait bien que ses petits problèmes d'addiction n'étaient pas si secrets que ce qu'elle aimait croire. Pourtant, personne ne lui en parlait jamais, personne ne lui faisait jamais la moindre réflexion. Reggie venait de dépasser une limite, sa limite, et ça, c'était beaucoup trop à supporter.

***

Holà ! Vous allez bien ?
Comme promis, un chapitre 10 arrivé rapidement.

Donc, ici, on en apprend plus sur l'année durant laquelle Lya s'est
renfermée sur elle même. Qu'en pensez-vous ? Et la réaction de Reggie, 
elle vous met dans quel état ?

Dites-moi tout ce que vous pensez dans les commentaires !

À très vite, 

-Cxlxnx13

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top