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Déterminée a vivre le meilleur dans une situation assez cauchemardesque, j'avais décidé de passer ma première matinée avec des femmes rencontrées dans la salle de jeux. Elles parlaient de tout et de rien, mais je n'y prêtais réellement attention. Les gossips étaient plutôt crus. Une femme avait été retrouvée morte de vieillesse dans sa cellule, elle s'était en allée dans la nuit. Les jeunes femmes ne cessaient de répéter la chance qu'elle avait eu. Du bon dans du très mauvais finalement...

Mais cette dame avait-elle de la famille ? Sera-t-elle pleurée par quelqu'un ? Ou partir a-t-elle dans l'inconnu ?

Mon cœur commençait à s'accélérer alors que mes pensées s'orientaient vers le néant de la mort. Je m'étais donc doucement calmée en regardant autour de moi. Des Hommes écoutaient la télévision dans un coin, d'autres jouaient au Scrabble. Certains restaient silencieusement assis, à même le sol, perdus.

Je n'avais vu Gabriel depuis. J'avais eu l'occasion de croiser la vieille femme, dont le nom m'était inconnu. Un sourire de sa part avait suffi à me remonter le moral. Mais elle n'est certainement pas en prison pour son doux visage.

J'étais actuellement en train de jouer avec une quarantenaire. Elle m'avait proposée une partie d'échecs une bonne heure plus tôt. Son expression faciale ne cessait de s'illuminer au fur et à mesure qu'elle me contait des souvenirs. Que ce soit avec sa fille, qui était proche de mes âges. Ou alors avec son mari, son premier mari.

Mais je pense que la salle de jeux était une des raisons de cette chaleur intérieure que je ressentais. Elle ne ressemblait en rien aux autres pièces. Elle avait cinq fenêtres, le long du même mur. Les rayons lumineux, traversant les barrières de sécurité, me percutait. Je me sentais d'une façon libre. J'avais un élément rattaché aux êtres humains dehors, je pouvais aussi avoir cette discussion banale sur la pluie et le beau temps.

Un garde, dont le corps était raide, préparé et conditionné à la violence physique, surveillant nos moindres faits et gestes, venait de m'appeler, d'une voix grave qui faisait frissonner dans le dos. Je m'excusai auprès de la dame d'un sourire gêné et m'étais plantée devant lui, craintive, attendant qu'il daigne m'expliquer. Il m'avait attrapé le bras, faisant ressortir les veines de sa main pour ensuite emboîter le pas derrière moi. Il donnait des instructions pour m'orienter mais rien de plus. Le questionnement se lisait dans le regard des prisonniers que je croisais. Le trajet fut interminable mais il se finit devant une porte en bois. L'homme frappa, ouvrit la porte et le poussa légèrement d'une pression à l'épaule pour que j'y rentre.

Un homme était assis derrière un grand bureau. Je n'avais pu m'empêcher d'observer. Des dossiers étaient classés dans quatre étagères. Des plantes avaient été disposées de chaque côté du bureau. Sur ce dernier, une mappemonde en fer avait été positionnée à côté d'un imposant ordinateur Apple. Une lampe de bureau imitation Pixar s'y trouvait aussi. La décoration de la pièce était plutôt simple. Des cadres y étaient disposés, montrant des photos de l'homme en face de lui en - visiblement - très bonne compagnie ainsi que des diplômes.

Il me fit signe de m'asseoir sur une des deux chaises. Je pris celle à droite, la plus proche de la sortie. Sa carrure et son regard imposait m'effrayait. Je ne savais quoi m'atteindre. Est-ce une bonne personne ? Que me veut-il ?

Les questions étaient interminables. Elles concernaient ma relation avec Gabriel, son activité illégale, ma connaissance à ce sujet. Il s'agissait d'un réel interrogatoire. J'en avais déduit avoir été placée dans cette prison en attendant mon procès. Il n'avait donc aucune réelle force juridique sur moi et je pus enfin me détendre. J'eus même la force de demander la signification de cette entrevue.

- Pourquoi je t'ai fait venir ici, Lara ? Dit-il, en appuyant sur mon prénom. Je ne l'avais jamais entendu de cette manière, plus jamais. Je le fais avec tout le monde. C'est une sorte de rituel. Il avait prit une voix mélodieuse.

- Vous avez discuté avec Gabriel ?

Ma curiosité avait pris le pas sur la raison. J'étais gênée. Je ne cessais de changer de position dans le fauteuil, particulièrement désagréable. Va-t-il remettre toute la responsabilité sur mon dos pour écoper d'une moindre peine ? Puis-je avoir confiance en lui ?

- Je pense que tu devrais voir directement avec lui. Sa voix mystérieuse m'avait agacée. Ma jambe commençait à s'agiter d'impatience.

Peut-être l'avait-il remarqué mais peu de temps après, il s'était levé et m'avait raccompagnée à la porte. Une poignée de main très formelle fut échangée. Puis, je m'étais mise à vagabonder dans les couloirs. Je sentais mon rythme cardiaque accélérer. Je ne pouvais m'enlever l'idée qu'il ne me voulait pas du bien. J'essayais désespérément de retrouver mon chemin jusqu'à la salle de jeu. Mais je tournais en rond. Encore et encore. J'avais l'impression de tituber.

Enfin, je sentis le soleil traverser mes pores. J'avais fermé les yeux, comme pour inspirer les rayons, leur énergie. Il ne manquait que l'air. Il me manquait énormément. Je voulais sentir le vent frais fouetter mon visage d'une douce violence que seul lui maîtrisait. En vain.

Je me sentis percutée. D'une force que j'aurais pu comparer à un camion. Mes oreilles bourdonnaient. J'entendais mon prénom. Je sentais des bras me serrer les hanches. Je sus qu'il s'agissait de Gabriel quand mes bras s'étaient automatiquement enroulés autour de son cou. Mes pensées se vidaient. Une voix n'eut de peine à s'infiltrer dans mon esprit vide.

Qu'est-ce que je fais ici ?

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