Chapitre 15 : Vérité cachée
Le plus vite possible, pense-je. J'en avais assez de tout ça. De toute cette merde accumulée au fur et à mesure de mon cursus scolaire, même à l'université. Cela va trop loin, c'est insupportable, c'est... Inimaginable.
Je m'assieds sur le siège gris, un verre d'eau à la main, je regarde toutes les deux minutes l'heure espérant que le temps passe vite. Mais il ralentit à chaque fois que mes yeux sont rivés sur l'horloge. Je repasse en boucle cette scène. J'avais eu l'impression de vivre dans un film d'action. Je n'y ai même pas cru. Je me lève de mon siège et observe les divers lits qui passent sous mon nez. Je marche de droite à gauche. Après Phil, voilà que c'est au tour de Stevie, et ensuite ce sera quoi ? Mon tour, oui. Je m'arrête devant une chambre. Un petit garçon d'environ huit ans, assis sur un tabouret, en train de se faire ausculter.
— Je ne sais pas ce qu'il s'est passé... Je l'ai récupéré comme ça en urgence à l'école, sa maîtresse m'a appelé, et m'a dit de ne pas m'affoler. Que ce n'était rien de grave. Dit le mère du petit, à bout de souffle, les yeux rivés sur son fils complètement sous le choc.
La tempe ouverte, les veines bleues, le sang dégoulinant le long de son front. Ce n'a rien à voir avec une bagarre. Quelqu'un l'a fait – malheureusement – exprès... Il se fait sans aucun doute harcelé aussi.
En voyant l'état du petit garçon, je me dis qu'il fallait que j'agisse le plus rapidement possible, par tous le moyens... Mais voilà que la voix d'un médecin me rappela que j'étais dans les hôpitaux, guettant la réponse d'un médecin. Et que mon but précis, à cet instant était de savoir si Stevie était bien. Je partis me rasseoir sur un siège, où toute une foule était installé. Cela s'était très rapidement rempli. Mon téléphone se mit à vibrer : Un message de Phil ;
« Summer, ça va ? Tout ce passe... Comment va-t-il ? »
Sans même prendre le temps de lire attentivement le message de Phil, je range immédiatement l'appareil dans la poche arrière de mon pantalon. Je n'avais aucune envie de recevoir des messages de pitié, ou bien que l'on essaie de me remonter le moral. Et puis, pourquoi ne vient-il pas ? Stevie c'était bien déplacé quand il avait eu son accident. Je passe la main dans mes cheveux et les détaches de l'élastique qui les tenaient. Un mal de crâne. C'est pas possible... Pas maintenant. Je sors un peu, histoire de me rafraîchir les idées. La nuit est déjà tombé, il fait noir, je scrute ma montre où il y est indiqué ; vingt-et-une heures trente. Je m'assieds sur un banc qui est installé derrière les hôpitaux et souffle un énorme coup.
— Ça va allez, dit un jeune de mon âge, cigarette à la main.
— Quoi ? Dis-je.
Il se rapproche de la lumière et je distingue son visage.
— Phil ? Tu es venus ?
— Oui. Répond-il. Je n'allais pas laisser mon pote seul... Et toi aussi.
Il prend place à mes côtés. Le silence règne. Personne de nous deux ne peut y croire. Après Phil, Stevie... Un mot frappa alors mon esprit : « mon pote. » Alors ça y est ils se considèrent comme ami, il n'y a plus de guerre entre eux ? Plus de gamineries plutôt. Je laisse rouler une larme sur ma joue toute glacée. Je suis émue par la façon dont ils se considèrent à présent, puis il y aussi une part d'accumulation incessante : encore et toujours des coups, des histoires... Si seulement tout pouvez cesser et cela pour toujours. Mais pourquoi est-ce si impossible ? Pourquoi je crois pouvoir aider tout le monde, alors que ce fardeau cours d'année en année. Je crois pouvoir tout cesser, tout arrêter d'un seul coup. Je n'ai aucun pouvoir magique, sinon tout aurait été facile, en un claquement de doigt tout esprit nocif aurait déjà disparu depuis bien longtemps.
Je tourne ma tête vers le visage de Phil. J'imagine, lui, Stevie et moi en train de discuter autour du comptoir du bar du père de Stevie et lui. Rire de chose et d'autre. Se confier quelque truc... S'avouer des tas de choses... Se faire découvrir de nouvelle passion. Des tas de choses. J'avais enfin trouvé mon équilibre ici, je pensais que j'allais être si bien ici, mais en fin de compte ; changer d'établissement ne veut pas dire que tout cessera, non ? De partout il y a des imbéciles immatures, c'est ce que l'on peut appeler la vie. J'étais partis d'un si bon point. Hailee, Stevie puis Phil. Mais voilà que nous trois sommes victimes d'harcèlement.
— Summer ? M'appelle Phil.
— Oui ?
— Je suis entré pendant que tu t'étais légèrement assoupi, le médecin nous appelle.
— Très bien.
Je suis Phil qui passe les portes automatiques. Il appelle ensuite un ascenseur et nous voilà ensuite dans le deuxième étage. Je m'arrête demander à un médecin les informations nécessaires. Il nous indique ensuite le numéro de la chambre et nous voilà ensuite à la recherche de la numéro deux-cents trois.
— C'est là, dit Phil qui pointe du doigt la porte en question.
J'ouvre et entre la première suivit de très près par Phil qui referme immédiatement la porte derrière lui. Je marche vers le lit où repose Stevie. Il est encore endormie. Je pose ma main sur la sienne.
— Summer... Chuchote-t-il.
— Je suis là.
Je sers sa main gelée dans la mienne.
— Salut, dit Phil.
— Phil tu es ici aussi ? Je suis si content de vous avoir près de moi.
Il expire avec difficulté.
— Tout va bien ? Demande-t-il en redressant son lit et en ouvrant les yeux. Ses beaux yeux verts foncés...
— On peut dire ça, lâche-je.
Il sourit. Toujours charmeur ce petit sourire en coin.
— J'ai tellement mal à la mâchoire et à la cote...
Je caresse sa main de mon pouce.
— Je vais... Me prendre un café, dit Phil en ouvrant la porte les yeux rouges.
— Il va bien ?
— Chagriné, dis-je.
— Tu sais Summer... J'ai tellement de choses à te raconter...
— Dis-moi tout.
— Je suis victime d'harcèlement depuis l'année dernière...
Il inspire.
— C'est pour ça que je ne vais plus en cours...
Je ne dis rien et continue de l'écouter parler.
— Les raisons de mon harcèlement... Il avale un sanglot avant de reprendre : tout part de mon arrivée dans cette université. Je m'étais fait amis avec presque toute ma classe. Je venais à la base d'Angleterre, puis débarquer en Amérique tout d'un coup n'a rien faciliter... Une fille est tombé amoureuse de moi, du coup je nous ai laissé une chance...
Un médecin entra alors.
— Nous devons vous montez passer les radios puis voir ensuite s'il y a besoin d'opérer votre cote cassé.
Il me sourit, désolé de ne pas m'avoir raconté la fin de toute cette histoire. Alors que le médecin s'apprête à tirer le lit, Stevie attrape ma main et la sert fort dans la sienne.
— Summer... J'ai toujours voulu te dire quelque chose.
Je le regarde fixement, les yeux plongés dans les siens. Il est si beau...
— Allez dites au revoir à votre amie. On le ramène dans la salle vers onze heures/minuit. C'est un cas urgent.
J'hoche la tête en guise de « oui », et repars vers la salle d'attente rejoindre Phil qui est assis, les yeux en train de se fermer.
— Alors, qu'est-ce qu'il t'a dit ?
— Oh, des choses...
Je ne sais pas si j'ai le droit d'en parler, Stevie ne m'a absolument rien précisé... Je ne savais rien de ce qu'il avait à me dire, de ce secret qu'il avait caché sur plusieurs années...
Je prends la boisson que me tend Phil et l'avale d'un trait. Je suis beaucoup trop stressée pour avaler quoi que ce soit, hormis bien sûr à boire.
*
Je fixe l'heure, une heure du matin pile. Peut-être que mon téléphone est en avance de deux/trois minutes ? Je fixe l'horloge placé au-dessus de moi et constate qu'il est effectivement une heure du matin. Phil s'est assoupi sur le fauteuil. Je n'ai pas pu fermer l'œil ne serait-ce que pour deux secondes, j'ai peur qu'un médecin passe et n'ose pas nous réveiller pour nous donner des nouvelles de Stevie. Je repense à ce qu'il allait m'avouer. Une fois sortie de l'hôpital il pourra tout me dire, me faire confiance.
Bien dix minutes plus tard, j'entends quelques voix provenant du couloir en face de moi. Je m'assieds correctement et attends que les voix se rapprochent. Les médecins s'approchent et s'arrêtent me voyant.
— Summer Jones ?
— Oui...
— Pour Stevie Adams ?
— C'est cela.
— Nous lui avons tous fait : radios, opération. Il est en salle de réveille.
Je souffle soulagée.
Le docteur regarde l'autre du coin de l'œil.
— Je crains de vous annoncer... Qu'il n'a pas survécu lors de l'opération...
Le monde s'écroule autour de moi... Le premier que j'ai rencontré ici, auquel j'avais donné toute ma confiance, celui qui allait me dire la vérité sur son cauchemar vivant, avec qui je m'entendais si bien... M'a quitté... Je m'effondre en larme... Ce n'est pas vrai. J'ai envie d'hurler de souffrance... J'enfouis mon visage entre mes mains et laisse échapper des millions de sanglots... Stevie n'est plus de ce monde...
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