Chapitre 55

Bayezid regrette d'être parti seul en pleine nuit. Le garçon avance en essayant de faire attention où il pose ses pieds. La lumière de la lune est sa seule alliée à ce moment là. Le garçon serre les mains dans les poches de son kaftan en priant pour retourner au palais rapidement.

Il espère être sur le bon chemin.

Bayezid n'a pas réussi à avoir son cerf. Pour dire vrai, il n'a vu aucun animal en chemin. Il a seulement entendu des hurlements de loups au loin. La nuit est silencieuse. Il est le seul à générer du bruits notamment en marchant sur des brindilles ou des feuilles mortes.

Bayezid se promet à chaque centaine de mètres qu'il ne retentera plus une aventure de la sorte.

La nuit commence à entrer sous son kaftan. Le garçon a froid. Il claque des dents tout en essayant de se donner du courage à avancer.

Il ne comprend pas pourquoi il n'est pas encore arrivé au palais. Normalement depuis le temps qu'il marche, il devrait déjà être arrivé.

C'est alors que le Shezade aperçoit la lumière d'une lampe torche au loin. Le garçon sourit tout en accélérant le pas. Il se dit que la libération est proche.

Quel est son étonnement lorsqu'au lieu d'arriver au palais, il se retrouve dans un camp d'hommes habillés tout en noir. Les individus se tournent vers lui en le voyant. Ils portent des turbans noirs sur leur tête et leur visage est à moitié caché par un foulard recouvrant leur bouche.

Bayezid a un mouvement de recul et tente de se justifier :

– Excusez-moi, je me suis trompé...

Il va pour partir mais l'un des hommes lui barre la route en posant ses mains sur ses hanches. Bayezid lève la tête pour le voir et manque de tomber en arrière.

– Qui es-tu gamin ? Demande un homme derrière lui avec une voix grave.

– Je suis le Shezade Bayezid, répond l'enfant avec une voix qu'il espère confiante, je me suis perdu dans la forêt.

L'homme face à lui hausse les sourcils par surprise en entendant le mot « Shezade ». Il se penche en avant pour regarder l'enfant de près. Ses yeux tombent alors sur une broche en or accrochée à son turban bleu nuit. L'homme tend sa main pour la toucher mais Bayezid l'en empêche.

– Ne me touchez pas !

L'homme esquisse un sourire avant de s'adresser à ses compagnons :

– Je crois que nous avons trouvé notre monnaie d'échange les amis !

Bayezid se retrouve alors encerclé par trois hommes qui lui attachent une corde autour des mains avant de l'asseoir. Ses pieds sont par la suite menottés. Le Shezade regarde ses ravisseurs avec inquiétude.

– Qui êtes vous ? Qu'allez vous me faire ? Vous ne pouvez pas me faire du mal ! Je suis le fils du Sultan Mehmet ! Crie le garçon en essayant de se débattre.

L'homme qui avait voulu toucher sa broche s'approche de lui et se met à sa hauteur avant de lui dire :

– Nous ne reconnaissons pas le Sultan Mehmet, nous voulons être dirigés autrement. Grâce à toi, ton père va devoir céder à nos revendication s'il veut te retrouver vivant.

Une corde est alors placée dans sa bouche pour l'empêcher de parler. Bayezid se dit qu'il aurait vraiment dû rester au palais.

– On lève le camp, annonce alors celui qui semble être le chef du groupe.

Un homme attrape Bayezid et le dépose sur un cheval avant de monter derrière lui. Le groupe prend alors une direction opposée au palais. Le turban du garçon est la seule preuve restante de sa présence à cet endroit.

Non loin de là, les hommes du Sultan et lui-même sont toujours à la recherche du Shezade. La nuit est bientôt terminée et le jour commence à pointer à l'horizon. Mehmet est dominé par son inquiétude. Ses gestes sont saccadés, sa respiration hachée. Il a l'impression de voir son fils entre chaque arbre.

– Votre Majesté ! Les chiens ont reniflé l'odeur du Shezade, l'informe alors un janissaire.

Mehmet se rue vers le groupe avec les chiens et appelle Hassan Bey et Beynam Agha pour qu'ils le rejoignent. Les hommes suivent la piste des chiens de chasse et tombe dans une petite clairière. Au centre, des restes d'un feu sont toujours en train de fumer.

– Ceux qui étaient là sont partis depuis quelques heures à peine, analyse Beynam Agha en tâtant la cendre encore légèrement chaude.

– Votre Majesté ! Appelle alors Hassan Bey depuis un autre endroit.

Mehmet le rejoint et ses yeux se posent sur une petite broche en or posée dans sa main. Mehmet la prend dans la sienne et la caresse du doigt avant de souffler :

– C'est la broche de Bayezid, il était là.

– Cherchez des traces de chevaux ! Ordonne alors Hassan Bey aux janissaires. Le Shezade est passé par là !

– Votre Majesté, le Shezade Bayezid a sûrement été enlevé, comprend Beynam Agha en regardant son Sultan avec un air grave.

Mehmet en est arrivé à la même conclusion. Les deux hommes n'ont pas besoin de citer le nom des traîtres qui ont commis cet actes. Ils savent très bien qu'il s'agit des rebelles de la région. Un groupe d'hommes qui refuse la soumission à un Sultan.

Ce groupe n'a pas été très actif auparavant. Mais s'en prendre à un fils du Sultan signe leur arrêt de mort.

– Les traces partent par là ! Annonce alors un janissaire en montrant un chemin de la main.

Les hommes de Mehmet se mettent alors en chemin.

Bayezid est déposé sans ménagement dans de la paille. Le groupe s'est arrêté dans une petite grange abandonnée à l'orée de la ferme. La bâtisse tombe en ruine mais seul le versant sud est encore protégé de ses quatre murs.

Un feu a été fait pour faire chauffer un repas rudimentaire et le chef du groupe s'approche de l'adolescent. Il lui enlève la corde qu'il avait dans la bouche et le regarde s'humecter les lèvres. Le fil rugueux a légèrement blessé la commissure de ses lèvres et le jeune garçon saigne un peu.

– Quand mon père va savoir ce que vous avez fait, il va vous tuer, menace le jeune garçon en ayant gagner un peu d'aplomb.

Cette remarque fait rire l'homme qui lui tend une gourde d'eau pour boire.

– Bois un peu petit Shezade, on va avoir besoin de toi vivant.

Bayezid tente de résister mais sa soif l'oblige à accepter. Il boit goulûment avant que la gourde ne lui soit enlevée de la bouche.

– Ton père a dû trouver notre campement, explique alors l'homme en s'asseyant devant lui. Il va trouver ta broche. Puis il suivra sans difficulté les traces des chevaux. Nous l'attendons ici. Nous allons lui tendre un piège.

Bayezid sent la peur s'emparer de son corps. Un frisson lui parcourt alors le dos.

– Toi tu vas être notre appât, continue l'homme avec un air mauvais. Un gentil appât.

– Je ne ferai rien pour vous ! Se rebiffe Bayezid en essayant de se détacher.

– Vraiment ?

L'homme s'approche plus près du garçon pour pouvoir lui montrer un groupe montant à cheval.

– Tu vois ces hommes ? Ils vont aller au palais de la forêt. On sait que ton frère est resté dans le palais. Ton père ne l'aurait pas mis en danger pour venir te secourir.

Les pensées de Bayezid se tournent vers son frère Murat. Il gigote plus vivement afin de se libérer.

– Mes hommes ont un ordre très simple. Ton frère va servir de deuxième otage mais également de garantie pour ma vie. Si ton père réussit à me tuer et que je ne suis pas à notre point de rendez-vous demain, ils le tueront.

Bayezid laisse échapper un « non » terrifié. Une envie pressante secoue alors son corps mais il se refuse à se laisser aller devant cet homme. Le Shezade ne répond rien. Il ne sait pas quoi dire. Il est totalement terrorisé.

Il entend alors les chevaux hennir et le groupe montré précédemment par l'homme en noir prend la direction du palais.

L'homme se relève puis se dirige vers d'autres hommes en le laissant seul avec ses pensées.

Bayezid se met à se débattre afin de se libérer.

Il faut à tout prix qu'il aille sauver son frère.

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