Chapitre 39
Dans la ville, les partisans d'Osman saccagent les échoppes des commerçants et certaines maisons de dignitaires proches de la Dynastie. Des cris résonnent dans les rues d'Istanbul et les janissaires présents, trop peu, sont submergés face à l'armée de rebelles qui déferlent.
Davut Agha, le chef des janissaires, un homme à la carrure imposante formé pour la guerre, crie ses ordres à ses hommes afin de repousser au maximum les rebelles. Ses yeux luisants mitraillent chaque homme approchant et l'homme décoche ses flèches rapidement sur les ennemis sans jamais les loupés. Son visage est tiré par la gravité de la situation et son équipe et lui font de leur mieux pour protéger les quartiers d'Istanbul les plus proches du Palais impérial.
Malheureusement, le grand nombre de rebelles fait que Davut Agha ne réussit pas à protéger l'accès direct au palais. Ses hommes et lui se font rapidement encerclés par les rebelles puis massacrer sans sommation. Les rebelles ont maintenant le champ libre jusqu'au palais où une minuscule compagnie de janissaires ne leur résiste pas longtemps.
La Sultane Nuran se trouve sur une colline surplombant Istanbul. Elle a revêtu une robe rouge flamboyante mettant en valeur ses attribus et sa chevelure sombre. Ses yeux bleus percent l'horizon. À ses côtés, Omer Pasha lui détaille l'enchaînement des actions qui se passent dans la capitale. L'homme a été choisi par la Sultane pour devenir le futur Premier Vizir de son fils une fois celui-ci déclaré Sultan.
– Sultane, lui relate le Pasha, Yusuf Pasha et ses hommes se rendent chez Ibrahim Pasha pour le capturer et l'empêcher de demander de l'aide. Nous allons retenir le Pasha dans la grande prison.
La Sultane acquiesce d'un hochement de la tête avant de demander :
– Vous avez bien dit à vos hommes de tuer tout le monde dans le palais ? Il ne faut pas que les héritiers du Sultan Mehmet ne s'enfuient.
Yusuf Pasha hoche la tête avant de répondre :
– Cela a été fait Sultane, les héritiers du Sultan seront tués sur place et ses concubines également. Quant à la Sultane Samira, nous l'amèneront devant vous comme vous l'avez demandée.
– Très bien, conclut la Sultane avant de se détourner pour rejoindre son carrosse. Je veux voir la vie de Samira quitter son corps.
Le Pasha s'incline devant elle puis se dirige vers son cheval avant de partir au galop rejoindre le Palais.
Les rebelles ont réussi à rentrer dans le château et Beynam Agha parvient seulement à amener les Sultanes et les bébés dans les caves. Le Chef de la sécurité a positionné ses hommes sur leur chemin afin de créer des obstacles pour les rebelles. Beynam Agha sait très bien qu'ils seront peu nombreux face aux rebelles mais cela leur donnera du temps pour emmener en lieu sûr la famille impériale.
Car Beynam Agha connaît un passage secret permettant de quitter le palais en toute discrétion. Pour cela ils doivent atteindre le fond de la cave et bouger deux pierres qui ouvriront une trappe.
Des cris commencent à leur parvenir aux oreilles et les concubines accompagnant les Sultane laissent échapper des cris de frayeur. Mustafa Agha ferme leur marche et ils pressent les jeunes filles d'avancer le plus vite possible.
Dieu sait ce qu'il se passe à l'étage.
– Mon Dieu protégez nous, chuchote la Sultane Samira en suivant Beynam Agha.
Ils arrivent à un embranchement assez proche du fameux passage secret du chef de la sécurité.
– Courage Sultanes, les motive ce dernier, nous sommes presque arrivés.
Leyla et Safir marchent côte à côte chacune avec leur enfant dans les bras. Esra Hatun tient de son côté la petite Haya tandis qu'Irina et Elena tiennent des couvertures et des lampes.
Un grondement sourd se fait entendre derrière eux et la troupe comprend que les rebelles sont entrés dans le sous-sol de la cave. Ils doivent accélérer pour ne pas se faire rattraper.
Le mur du passage secret est enfin visible et Beynam Agha se dépêche de trouver les deux pierres mouvantes permettant d'ouvrir un passage secret. Un bruit de pierres se fait entendre et le chef de la sécurité pousse de toute ses forces le mur pour ouvrir le passage. Il donne par la suite un sabre à Mustafa Agha avant de lui ordonner :
– Sortez le premier vérifier que l'endroit est sûr, normalement un carrosse doit attendre pas loin de la sortie.
Mustafa Agha regarde l'homme avec appréhension.
– Dépêchez vous ! Ajoute la Sultane Samira.
Le Chef des Eunuques finit donc par passer la fente avant de pénétrer dans la pénombre de l'extérieur. Ils se trouvent derrière une rempart du palais et en effet, un carrosse attend discrètement. Mustafa Agha regarde de tous les côtés, le coeur battant à tout rompre, mais aucun bruit ne se fait entendre.
Il se tourne alors vers la fente pour dire que la voie est sûr.
– Faites sortir les Sultanes et les enfants, commande Beynam Agha en se mettant derrière tout le monde pour faire rempart avec son corps si jamais les rebelles arrivaient.
La Sultane Samira passe la première puis elle se tourne vers la fente avant de passer ses mains en disant :
– Passez moi Bayezid Safir, je vais le tenir pendant que vous traversez.
La Sultane lui tend délicatement son enfant regardant autour de lui avant de traverser à son tour.
Fatma Hatun s'adresse alors à la Sultane Leyla en lui disant :
– Sultane tendez le Shezade Murat à la Sultane Safir pour pouvoir passer.
Leyla a son regard qui croise celui de Safir à cet instant. Les deux rivales se fixent un court instant qui paraît assez long. Leyla hésite à tendre son fils à cette femme qui la haït. Mais elle n'a pas vraiment le choix à cet instant. À contre coeur, elle lui tend son enfant et Safir l'attrape délicatement, comme s'il avait été le sien dans ses bras. Leyla passe à son tour puis se tourne pour attraper sa fille qu'Esra Hatun lui tend.
Des cris de guerre résonnent de façon proche et les Kalfas et concubines passent la fente le plus rapidement possible avant que Beynam Agha ne le fasse à son tour. Mustafa Agha a commencé à guider les Sultanes jusqu'au carrosse tandis que le Chef de la sécurité appuie sur le mécanisme permettant de fermer le passage au moment où les rebelles arrivent.
– Dépêchez vous, crie-t-il aux femmes qui finissent de monter dans le carrosse.
Beynam Agha saute à côté du cochet puis lui ordonne de démarrer une fois tout le monde installé.
La troupe s'enfuit vers l'inconnu...
Hasan Pasha cherche le Sultan depuis une bonne heure maintenant. Depuis qu'il a vu le Shezade Osman quitter les lieux avec son cheval à vrai dire. Hasan Bey a toujours eu un mauvais pressentiment sur cet homme et il faut croire que ses craintes sont avérées.
Il parcourt l'ensemble de la forêt tout en appelant le Sultan mais en vain. L'homme scrute le moindre recoin de ses yeux perçants.
C'est alors qu'une masse sombre attire son regard et Hasan lâche la bride de son cheval pour courir vers le Sultan effondré au sol. Une flèche lui transperce toujours le dos et Hasan comprend immédiatement qu'il doit agir vite. Il attrape le corps de Mehmet puis le porte pour le poser à califourchon sur son cheval. Hasan monte par la suite derrière puis fait galoper l'animal le plus vite possible jusqu'au pavillon de chasse du Palais.
Là il appelle des Agha qui viennent l'aider à faire descendre le Sultan et le porter jusqu'à un divan où ils l'allongent sur le ventre. Hasan sait qu'il ne doit pas retirer la flèche tout de suite car cela risquerait de créer une hémorragie. Un Agha court appeler le chef physicien tandis qu'Hasan prend le pouls de sa Majesté. Il respire faiblement mais il est en vie. Hasan fait brûler la pointe de son sabre dans le feu avant de demander à un Agha de tenir le Sultan. Il n'a pas le temps d'attendre le physicien. Il doit agir maintenant. Hasan positionne sa main autour de la flèche plantée dans le dos du Sultan puis inspire fortement avant de retirer la flèche d'un mouvement net. Mehmet pousse un cri de douleur, le réveillant faiblement de son état d'inconscience. L'Agha continue à maintenir le Sultan tandis qu'Hasan lui retire son haut pour accéder à sa peau. Il attrape par la suite son sabre à la pointe rougie par le feu puis l'applique rapidement sur la plaie béante du Sultan. Ce dernier bouge sous la douleur et l'Agha a du mal à le maintenir en place. Hasan continue d'appuyer sur son sabre afin que la chaleur cautérise la plaie.
Par la suite, le physicien finit par arriver et à son visage couvert de sueur, Hasan voit qu'il a couru pour venir. L'homme de sciences s'installe avec sa mallette à côté du Bey puis d'un geste conciliant, l'invite à retirer la pointe de son sabre de la plaie de sa Majesté. Hasan se décale alors et réalise qu'il tremble de tous ses membres.
– Vous lui avez sauvé la vie, lui indique le physicien, à mon tour de le remettre sur pied.
Hasan reste assis contre le mur en respirant rapidement. Il a tellement eu peur...
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