Chapitre 37

Mehmet est à cheval en route pour Edirne. Le Shezade Osman et Hasan Bey l'accompagnent en plus de quelques janissaires. Le temps est doux dans la forêt. Une légère brise fait voler les queue et la crinière des animaux. Mehmet discute avec son frère en chemin tandis qu'Hasan Bey les suit derrière. Le Sultan est ravi de cette proximité avec son frère et est heureux de voir que sa mère s'inquiète pour rien. Il se souvient encore de la discussion avec la Sultane Samira juste avant le départ. La Sultane est vraiment inquiète quant à cette proximité soudaine et accuse le Shezade de ne pas être honnête avec lui. Il est fier de voir qu'il a eu raison de lui tenir tête.

Le voyage a duré trois jours durant lesquels les deux frères ont été proches. Arrivés à Edirne, Mehmet est allé chasser avec son frère et Hasan Bey. Le séjour s'annonce idyllique.

Au palais de Topkapi à Istanbul, la vie poursuit son cours malgré l'absence du Sultan. Leyla continue sa vie qu'elle rythme selon ses enfants. Elle se lève dès leurs premiers pleurs pour les allaiter et puis profite des débuts de matinées pour aller se promener dans les jardins luxueux du palais. S'en suit le repas et puis un temps consacré à la musique dans le harem. La Sultane aime beaucoup écouter les concubines jouer des instruments : l'oud (une sorte de luth), le ney (une flûte) ou le kanun (une cithare).

Néanmoins la Sultane se sent isolée quand le Sultan n'est pas dans le palais. La Sultane Safir a réussi à retourner la Valide Sultane contre elle et par conséquent, elle ne peut pas profiter de sa présence avec ses enfants. Généralement la Sultane Samira attend de savoir que Leyla n'est pas dans sa chambre pour aller voir ses petits-enfants.

Un soir, alors que le dîner vient d'être servi dans sa chambre, Leyla s'adresse à Esra Kalfa :

– Comment je dois faire avec la Valide Sultane ?

La Kalfa s'approche doucement avant de lui répondre :

– La Sultane Safir a retourné la tête de la Valide Sultane. Peut-être en lui montrant que vous n'êtes pas comme la Sultane vous décrit.

Leyla ne répond pas, elle réfléchit aux paroles d'Esra en se demandant si elle a raison.

Safir de son côté passe ses journées en compagnie de la Valide Sultane. Elle apprécie finalement de plus en plus la Sultane qu'elle souhaitait utiliser au départ. La Sultane se montre particulièrement maternelle avec elle, lui prodiguant des conseils pour le harem et l'éducation de son fils. Safir se sent bien accompagnée même si elle sait qu'elle ne doit pas trop s'attacher à la Sultane. Dans le Harem, la position de chacune peut basculer du jour au lendemain. Safir imagine à quoi son fils ressemblera quand il deviendra Sultan et qu'elle aura alors le plus haut grade du Harem : Valide Sultane.

Un jour, alors qu'elle marche dans les couloirs du Harem, elle croise Leyla accompagnée d'Esra Kalfa. Les deux Sultanes se saluent poliement mais alors que Leyla allait continuer son chemin, Safir l'interpelle :

– C'est vraiment dommage que la Valide Sultane ne t'apprécie pas. Tout le monde sait que l'appui de la mère du Sultan est indispensable pour réussir dans ce palais.

Etrangement, alors qu'elle pensait que Leyla n'allait pas répliquer, la jeune Sultane se tourne vers elle. Safir détaille du regard sa robe orangée et son teint olive qui plait particulièrement au Sultan. Les yeux émeraudes de Leyla transperce Safir et sa robe rouge.

– Je suis là pour Sa Majesté, c'est de son appréciation que je m'intéresse. Quand est la dernière fois que le Sultan t'a fait demander ?

Safir bouillonne intérieurement alors que Leyla reprend son chemin d'un pas assuré et souple. Encore une fois elle n'a pas réussi à remporter l'affrontement. Safir sait très bien qu'elle n'a pas été appelée depuis un bon moment. Cela remonte même à avant sa grossesse. Safir repart en bougonnant intérieurement.

Elle ne va pas se laisser humilier de la sorte !

Keymal Agha est assis sur un petit tabouret devant une échoppe servant le café. Il boit son café doucement tout en regardant autour de lui. Ses yeux perçants scrutent autour de lui tandis que de sa main libre, il lisse sa barbichette.

C'est alors qu'un homme s'installe derrière lui, pose quelque chose sur sa table, puis repart. Kemal termine son café d'un cul sec et se lève à son tour en récupérant le morceau de papier laissé sur la table derrière lui. Il s'éloigne tranquillement puis va se mettre dans une ruelle isolée pour le lire.

Les rebelles sont en chemin. Il devraient arriver en ville d'ici la fin de la semaine. Tiens toi prêt à faire ce dont on a parlé.

S.O

Keymal froisse le papier avant de le glisser dans un feu pour le faire disparaître. Il doit aller retrouver des hommes pour préparer à exécuter les ordres de son futur Sultan.

Mehmet est en pleine partie de chasse avec Osman et tous les deux ont réussi à chasser un beau cerf. Ils chargent l'animal sur l'un des chevaux et repartent en discutant. Au palais, l'animal est amené en cuisine afin d'être préparé pour le repas du soir et Mehmet regagne sa chambre. Il s'installe à son bureau et Hasan Bey se fait annoncer.

– Entrez, autorise Mehmet tout en relisant une lettre envoyée par Leyla.

Hasan Bey s'approche du Sultan et s'incline devant lui.

– Votre Majesté, commence-t-il en tendant une boite richement ouvragée, j'ai trouvé ce que vous m'avez demandé.

Mehmet sourit face à son fidèle ami et se lève pour prendre ce qu'il lui tend. La boite est faite dans une matière assez riche avec de petites pierres précieuses bleues. Mehmet ouvre délicatement la boite et sourit en voyant la parure en or et en émeraude qu'il a commandé à un bijoutier d'Edirne. La parure est réalisée avec les émeraudes mais comporte également de jolis filets d'or ouvragés en spirale. La paire de boucle d'oreilles est réalisée de la même manière.

– C'est parfait, annonce Mehmet, Leyla va adorer.

Il pose la boite sur son bureau puis retourne s'asseoir devant.

– Merci Hasan, tu peux te retirer.

Le Bey s'exécute après s'être incliné et laisse Mehmet seul. Le Sultan attrape alors une feuille vierge et commence à rédiger une lettre pour Leyla.

Quelques jours plus tard, Esra Kalfa se fait annoncer dans la chambre de Leyla avec un sourire. La Sultane l'a fait entrer et Esra s'incline doucement avant de tendre une lettre et une boite à bijoux à la Sultane.

– Sultane, le Sultan vous a envoyé cela.

Le visage de Leyla s'ouvre avec un sourire radieux et elle prend tout d'abord la lettre afin de la lire :

– Ma Leyla, lit-elle en souriant et jetant quelques regards à Esra. Ta missive pleine d'amour a émerveillé ma journée rythmée par la chasse et les chevauchées. Je me languis du temps passé avec toi et j'ai hâte de te retrouver pour te serrer dans mes bras. Tu trouveras dans cette boite à bijoux une parure dessinée et confectionnée rien que pour toi. Je souhaite qu'elle te rappelle combien tu comptes pour moi chaque fois qu'elle ornera ta beauté. Que les pierres précieuses qui la composent brillent comme les étoiles en mon absence. Avec tout mon amour, Mehmet.

Le sourire ne quitte plus le visage de la Sultane qui pose la lettre sur un petit guéridon avant de prendre la boite tendue par Esra et de l'ouvrir. Une magnifique parure aux émeraudes éblouissantes s'offre aux yeux de Leyla qui n'a de cesse d'exprimer sa joie. Elle attrape le collier et demande à Esra de lui retirer celui qu'elle portait pour mettre celui-là. La Kalfa s'exécute rapidement en souriant puis aide Leyla à enfiler les boucles d'oreilles assorties. Leyla s'admire quelques instants dans le miroir.

– C'est magnifique, complimente Esra derrière elle.

Leyla approuve puis se met en chemin pour le harem. 

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