Chapitre 33
L'année XX22 a bien avancé et le printemps est revenu sur Istanbul. Les petits Shezade et la petite Sultane grandissent doucement dans le palais impérial. La Sultane Samira prend plaisir à pouponner ces bambins. Elle est très reconnaissante de Safir qui lui amène le Shezade Bayezid tous les jours lors de ses visites. La Sultane Samira se dit qu'elle a mal jugé la concubine. Safir s'avère être une jeune femme très agréable et de grande écoute. Elle ne s'oppose en rien à la parole de la Sultane et lui est devenue une oreille fidèle avec le temps. Samira voit ainsi plus souvent Safir et Bayezid que Leyla et les jumeaux. La favorite du Sultan est souvent dans la chambre de ce dernier avec leurs enfants.
La Sultane a missionné Mustafa Agha pour lui faire un contre-rendu des visites de la favorite et il s'avère qu'elle passe presque des journées entières avec le Sultan. Petit à petit, Samira commence à ressentir de la pitié pour le petit Bayezid qui lui ne voit pas son père aussi souvent. Elle commence à craindre que son fils ne fasse de favoris parmi ses enfants malgré ce qu'elle a assuré à Safir quelques mois auparavant.
C'est pour cette raison que la Sultane Samira, élégamment vêtue d'une robe bleue nuit et coiffée de son diadème à émeraudes, se trouve devant la chambre privée du Sultan. Elle a demandé à être annoncée au Sultan par les Aghas malgré la présence de Leyla dans la chambre. L'agha revient vers la Sultane et se décale pour la laisser passer.
Samira entre dans la chambre la tête haute et Mehmet s'approche d'elle en souriant avant de prendre la main qu'elle lui tend pour l'embrasser.
– Valide, bienvenue, la salue-t-il en relevant la tête.
Samira tourne la tête vers Leyla portant la petite Haya. La jeune femme s'incline docilement face à la Sultane.
– Votre Majesté, commence alors Samira en s'adressant à son fils selon les convenances, il faut que je te parle.
Mehmet arque un sourcil surpris.
– Oui ?
– Seul, lui indique la Valide Sultane sur un ton légèrement froid.
Mehmet regarde sa mère avec surprise. Il se tourne alors vers Leyla et lui demande de se retirer avec les enfants. Leyla garde Haya dans les bras tandis qu'une concubine prend le petit Murat qui était couché dans un berceau.
La Sultane Samira attend qu'ils soient sortis de la chambre pour commencer sur un ton accusateur :
– Qu'est-ce que tu fais Mehmet ?
Mehmet s'assoit sur un divan tout en ne comprenant pas ce dont veut parler sa mère.
– Comment ça ?
La Sultane se pose devant lui tout en restant debout.
– On dirait que tu n'as que deux enfants. Tu ne peux pas priver Bayezid de ton attention tout ça parce qu'il a une mère qui n'est pas ta favorite.
Il est rare que la Sultane Samira utilise un ton de reproche face à son fils. Elle sait qui il est et elle connaît sa place. Pourtant, là elle ne peut se retenir.
– Tu passes tes journées avec eux tandis que moi j'essaie de combler le vide dans la petite vie de Bayezid.
Mehmet se lève et tourne le dos à sa mère tout en affirmant :
– Je rends aussi visite à Safir et Bayezid.
– Une fois tous les trois jours, oui, continue-t-elle de l'attaquer.
Mehmet tourne la tête vers elle. Décidément rien ne se passe dans ce palais sans qu'elle soit au courant.
– Je n'ai pas à répondre de mes actes devant vous Valide. Si Safir n'est pas satisfaite de mes visites, elle est libre de m'en parler.
– Le soucis c'est que Safir est trop docile pour oser se plaindre à son Sultan, essaie-t-elle de lui faire entendre. Je t'en conjure Mehmet, occupe toi équitablement de tes enfants comme un Sultan est censé le faire.
– Je sais très bien comment m'occuper de mes enfants ! Se met-il à crier. Merci pour les conseils Valide mais vous pouvez vous retirer.
La Sultane Samira ouvre la bouche pour dire quelque chose mais le geste de main de son fils lui fait changer d'avis et aller toquer à la porte pour que l'on lui ouvre.
Décidément, elle commence à apprécié de moins en moins cette concubine qui a fait perdre la raison et le sens des responsabilités à son fils.
Plus tard dans la semaine, la Sultane Samira est dans le jardin du palais en compagnie de Safir et du petit Bayezid. Les Sultane profite du beau temps pour prendre l'air et sont posées à l'abris d'une tonnelle. La Sultane Samira est assise sur un fauteuil en velours violet et elle tient le bambin qui gazouille. La Sultane Safir est quant à elle assise sur un gros coussin de la même couleur. Les deux femmes discutent du jeune Shezade qui grandit de jours en jours.
Leyla se promène également dans le jardin avec ses enfants. Elle tient le petit Murat tandis qu'Elena tient Haya dans ses bras. Leyla aperçoit alors la Sultane Valide et se décide à aller la saluer. Lorsqu'elle arrive dans la vue de Samira, cette dernière se tait et observe la jeune concubine s'approcher en souriant. Leyla s'incline doucement devant la Sultane avant de dire :
– Valide Sultane.
– Bonjour Leyla, lui répond la Sultane dont le visage reste neutre.
Leyla trouve la Sultane différente depuis quelques temps. Elle qui était si avenante avant avec elle l'est beaucoup moins depuis quelques mois. Leyla s'est même demandé si elle avait fait quelque chose qui aurait pu la contrarier mais elle n'arrive pas à savoir quoi.
– Quel temps magnifique aujourd'hui, lance Leyla pour faire la conversation.
La Sultane répond par un petit hochement de tête tout en gardant son regard sur le petit Bayezid sur ses genoux.
– Peut-être voudriez vous tenir un peu Murat ? Propose Leyla. Cela fait longtemps qu'il ne vous a pas vu, vous lui manquez vous savez.
– Le monde n'est pas tourné que sur tes enfants et toi, s'énerve la Sultane Samira. Tu ne vois donc pas que j'ai déjà un enfant sur les genoux ?
Leyla recule d'un pas sous la surprise avant de baisser les yeux.
– Si bien sûr...
La Sultane reporte son attention sur le bambin qui se met à rire. Leyla s'incline doucement avant de tourner les talons suivie par Elena et d'autres concubines.
La jeune femme est choquée par l'attitude de la Sultane. Elle ne l'avait jamais vu en colère comme ça.
– Safir a dû bien lui retourner le cerveau, réagit-elle en s'adressant à Elena.
La concubine s'approche de Leyla avant de dire.
– Elle a dû se faire passer pour une victime vu que Sa Majesté ne la visite pas beaucoup.
Leyla se dit qu'elle a raison.
– Il faut que l'on fasse attention alors, prévient Leyla en parlant à voix basse. Si la Sultane Samira est du côté de Safir, elle risque d'essayer de nous discréditer devant le Sultan. Il va falloir faire attention à chacun de nos gestes et nos paroles pour ne pas lui donner ne serait-ce qu'une raison de nous faire accuser de n'importe quoi.
Elena hoche la tête doucement tandis que les deux femmes croisent alors Hassan Bey. Ce dernier salut la Sultane Leyla. Cette dernière a alors une idée...
Mehmet galope dans la forêt en compagnie d'Osman. Son cheval devance celui de son frère et ils finissent par s'arrêter au bord d'un ruisseau pour faire boire les chevaux. L'air est plutôt agréable en cette période de l'année. Autour d'eux la végétation commence à reprendre.
– Tu as encore gagné, s'avoue vaincu Osman en sortant sa gourde pour boire également.
Les deux hommes sont à terre et Mehmet imite son frère avant de répondre :
– Mon cheval est le plus rapide de l'Empire il m'a été offert par une famille de Pasha connue dans l'Est pour son dressage de chevaux. Je n'ai jamais vu un cheval aussi bien dressé que celui-ci.
Il appuie ses dires en caressant la robe alezane de l'animal.
– Je ne peux pas rivaliser, assure alors Osman en souriant.
Mehmet rend son sourire à son frère en se disant qu'il est content que leur relation soit redevenue aussi simple que lors de leur jeunesse. Il apprécie ces moments passés avec lui.
Les deux hommes vont s'asseoir sur une souche d'arbres et discute de pleins de choses ensemble. Puis, au bout d'un moment, Osman se tourne vers son frère avant de demander :
– J'aimerais pouvoir retourner voir ma mère quelque jours. Si bien sûr vous me l'autorisez.
Mehmet fixe son frère aîné avant de l'interroger :
– Combien de temps ?
– Comme vous jugerez convenable.
Mehmet se lève avant de remonter sur son cheval. Osman l'imite en se demandant s'il va obtenir une réponse. Ce n'est qu'une fois les deux hommes en selle que Mehmet reprend la parole :
– Hassan Bey t'accompagnera, lui annonce-t-il. Vous partirez demain matin et vous serez de retour pour la cérémonie de présentation de mes Shezade.
Osman calcule rapidement dans sa tête et se rend compte qu'il aura un peu plus d'une semaine avec sa mère. C'est peu, surtout si Hassan Bey le surveille, mais il devra s'en contenter.
– Merci votre Majesté.
Mehmet ne répond pas et les deux hommes reprennent le chemin du palais.
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