Chapitre 32
Le dernier mois de l'année est arrivé et avec lui les flocons de neige. Istanbul en hiver est plutôt fraîche. L'eau du Bosphore gèle légèrement mais un filet d'eau reste disponible pour permettre aux bateaux de circuler sur le fleuve. Les maisons de la ville ont le toit recouvert de neige.
Dans le palais, le feu crépite dans les cheminées de toutes les pièces. Le soleil ne s'est pas encore levé sur Istanbul mais déjà des premiers oiseaux commencent à chantonner.
Leyla et Mehmet sont endormis bien au chaud des draps du lit de la Chambre privée du Sultan. Cette chambre est comme la seconde chambre de Leyla vu le nombre de fois où elle y dort. Mais ce matin là ne va pas être un matin comme les autres. Leyla arrive au terme de sa grossesse.
Une première douleur réveille la jeune femme presque en sursaut. Elle applique ses mains sur son ventre bien arrondi par la grossesse.
Une autre douleur s'empare d'elle et elle sent un liquide couler entre ses jambes avant qu'un cri de douleur ne crispe son visage.
Mehmet se réveille alors en sursaut et découvre sa concubine pliée de douleur.
– Leyla ? S'inquiète-t-il.
La jeune femme lève les yeux vers lui avant de pousser un autre cri de douleur.
– Il arrive, réussit-elle à articuler entre deux gémissements.
Mehmet saute du lit tout en appelant les gardes. L'un d'eux entre précipitamment dans la chambre alors que Mehmet crie :
– Allez chercher la sage-femme immédiatement ! Vite !
L'Agha ressort de la chambre pour faire ce qu'il lui a été demandé et Mehmet vient se mettre à côté de Leyla pour lui prendre la main.
– Je suis là, lui murmure-t-il en essayant de la réconforter. Tu vas y arriver.
La jeune femme tente bien que mal de maîtriser sa respiration et Mehmet l'aide à s'allonger pour être mieux.
Esra Hatun, Fatma Hatun et les sages-femmes finissent par arriver et Fatma Hatun attrape délicatement le Sultan par les épaules pour lui faire quitter la pièce.
– Mehmet ! Appelle Leyla rougie par la douleur.
– Je suis là ! Répète-t-il tout en quittant la pièce. Je suis avec toi !
La cheffe Kalfa ferme la porte derrière lui en s'excusant. C'est alors que la Sultane Samira arrive à son tour d'un pas pressé. La Sultane a un grand sourire et s'empresse d'embrasser son fils qui lui est inquiet.
– Les femmes accouchent depuis la nuit des temps mon fils, le rassure-t-elle sagement. Elle va y arriver.
Mehmet hoche doucement la tête puis fait les cent pas devant la porte de sa chambre tandis que la Sultane entre pour assister à l'accouchement. Leyla a les jambes écartées et repliées et la sage-femme a positionné ses mains afin d'accueillir l'enfant naissant.
– Poussez Sultane, lui ordonne-t-elle gentiment en fixant la tête du bébé en train de sortir.
À côté de Leyla, Esra Kalfa lui humecte le front avec un linge blanc tandis que les autres sages-femmes se tiennent prêtes à prendre en charge le bébé.
– Courage Leyla ! L'encourage la Sultane Samira. Vous y êtes presque !
Leyla respire rapidement puis prend une grande inspiration avant de pousser une dernière fois. Un pleurs de bébé se met alors à résonner dans la grande chambre du Sultan et l'une des sages-femmes qui était debout attrape le nouveau né pour le nettoyer. Leyla halète tout en ayant malgré elle les larmes aux yeux. Elle vient de mettre au monde son premier enfant.
– C'est une fille Sultane, félicitation.
La nouvelle coupe le souffle de Leyla. Une fille...
La sage-femme nettoie le nourrisson tandis qu'Esra Kalfa continue de nettoyer le front de Leyla.
– Ce n'est pas grave Sultane, l'appelle-t-elle ainsi désormais. Vous aurez un Shezade la prochaine fois.
Leyla est visiblement déçue par cette nouvelle. Néanmoins elle est devenue mère et doit s'occuper de sa fille, une Sultane. Alors qu'elle tend les bras vers la sage-femme afin qu'elle lui donne le bébé, une nouvelle contraction se fait sentir. La sage-femme qui l'a accouché et qui était en train de ranger ses affaires se rue vers elle avec surprise.
Leyla pousse un cri de douleur en recommençant à pousser.
– Que se passe-t-il ? Veut savoir la Sultane Samira à qui on a donné le bébé.
– Il y en a un deuxième Sultane, lui répond la Chef sage-femme en remettant ses mains pour attraper le nouveau bébé.
Esra Kalfa prend la main que Leyla lui tendait et l'encourage à pousser. La jeune Sultane, fatiguée par son premier accouchement, a du mal à pousser pour ce second bébé. La jeune femme n'était pas préparée à avoir des jumeaux. Personne ne lui a dit qu'elle en attendait. Elle est à bout de force.
– Sultane encore un effort, lui demande la sage-femme avec une voix emprunt de sagesse. Vous y êtes presque.
– Je... vais... pas... y arriver... bégaye Leyla les yeux à moitié ouverts.
La Sultane Samira pose le nourrisson qu'elle tenait dans un berceau qui a été amené puis vient de l'autre côté du lit afin de prendre la main libre de Leyla. La Sultane force la jeune fille à la regarder dans les yeux avant de l'encourager :
– Le bébé est presque sorti. Vous allez y arriver. Encore un effort.
Puis la Sultane se met à guider la jeune femme dans sa respiration et Leyla l'imite en ne quittant pas des yeux la Sultane Valide.
Dans un dernier effort ponctué d'un long cri, elle parvient à faire sortir entièrement le bébé. La Sultane Samira la félicite en se redressant pour voir le bébé pleurant. Esra Kalfa lui éponge la tête et lui enlève ses cheveux mouillés par l'effort des yeux.
– C'est un garçon, annonce la sage-femme en souriant à Leyla. Félicitation Sultane, vous avez un Shezade.
Le bébé est nettoyé par les sages-femmes tandis que la petite Sultane est tendue à Leyla. Celle-ci l'accueille d'une voix douce avant qu'on ne lui passe son frère. Et c'est avec ses deux enfants près d'elle que Mehmet la découvre par la suite. Le Sultan s'attendait à voir un bébé, il se retrouve avec une paire de jumeaux.
– Félicitation Votre Majesté, s'inclinent les sages-femmes, vous avez un Shezade et une Sultane.
Mehmet n'en revient pas ses yeux et il s'approche doucement de sa jeune concubine encore essoufflée. Son teint olive est rougi par l'effort mais Mehmet la trouve magnifique.
– Oh ma Leyla, s'extasie-t-il. Tu ne me donnes pas un mais deux magnifiques enfants...
– Je crois que celui que l'on a perdu voulait quand même venir, sourit la jeune femme tandis que Mehmet lui embrasse tendrement le front.
– Dieu nous l'a rendu Leyla... continue Mehmet avant de se tourner vers Esra Kalfa qui lui tend son fils.
Mehmet le prend doucement dans ses bras et commence à réciter une prière avant de la ponctuer par :
– Tu t'appelles Murat, tu t'appelles Murat...
La Valide Sultane ponctue cela par un « Amen » avant de prendre le nourrisson. Esra Kalfa lui tend alors la petite Sultane et cette dernière baille dans les bras de son père avant qu'il entonne sa prière.
– Haya, notre miracle. Tu es Haya, notre miracle, répète-t-il avant d'embrasser le bébé sur le front.
Leyla laisse couler ses larmes avant que Mehmet ne donne le nourrisson à Esra Kalfa.
La jeune Sultane est aux anges.
S'il y a une personne qui ne célèbre pas ces naissances comme le fait par la suite le reste du palais, c'est bien la Sultane Safir. Son fils, Bayezid, a maintenant deux mois et malgré les visites quasi quotidiennes de Mehmet, Safir n'a jamais partagé un moment d'intimité avec lui. Et maintenant que sa rivale Leyla a également un fils, elle a peur pour l'avenir du sien.
Aussi, la Sultane Safir se prépare et fait préparer son fils afin de visiter sa grand-mère, la Sultane Samira. Cette dernière adore son nouveau statut de grand-mère et se fait une joie à chaque fois que Safir vient avec son enfant.
La jeune Sultane se fait annoncer dans la chambre de la Sultane Valide puis entre en tenant son fils dans les bras. Le jeune Shezade commence à avoir des cheveux auburn, un mix entre la couleur brune de son père et celle rousse de sa mère.
– Valide, s'incline doucement Safir avant de se redresser.
– Safir ! S'exclame Samira en se levant en souriant. Et mon petit Shezade !
Safir tend le nourrisson à la Sultane et celle-ci lui indique un gros coussin en velour pourpre où elle s'assoit.
La Valide Sultane sourit au bébé tout en lui caressant le ventre.
– Bayezid est toujours calme avec vous, ment-elle en souriant. Il vous adore je crois.
Samira sourit face à cette flatterie avant de poser ses yeux sur la jeune sultane.
– Il commence à dormir la nuit ? L'interroge la Sultane pour faire la conversation.
– Pas tout à fait, la nourrice vient plusieurs fois dans la nuit pour le nourrir.
– C'est vraiment dommage que tu n'ais plus de lait, la plaint Samira.
– Oui très.
En réalité, Safir a fait croire qu'elle n'avait plus de lait car elle en pouvait plus de se réveiller presque toutes les heures pour donner le sein. Une nourrice est bien plus reposant.
– Je voulais vous voir par rapport à quelque chose Valide, embraye Safir en prenant un air gêné.
La Sultane lève un sourcil en se demandant ce que peut bien avoir à lui dire la concubine.
– J'ai peur qu'avec la naissance de son frère et de sa sœur, Bayezid soit mis de côté par sa Majesté...
Safir prend un air vraiment très peiné si bien que la Sultane Samira se sent obligée de dire.
– Ne t'inquiète pas, je suis sûr que Mehmet est capable d'aimer tous ses enfants identiquement Safir. Je ferai en sorte qu'il n'en laisse pas un de côté.
Safir sourit de façon naïve avant de se relever en disant :
– Bayezid doit aller faire sa sieste Sultane, veuillez nous excuser.
La Sultane lui tend le bambin en souriant puis Safir quitte la pièce en fixant devant elle. À peine les portes sont fermées qu'elle donne le bébé à Irina qui l'attendait à la porte.
– On y va, annonce-t-elle froidement.
Ce n'est que le début du plan. Safir a encore beaucoup de travail.
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