Chapitre 28

Quelques semaines ont passé depuis le départ en expédition du Sultan. La Sultane Samira veille sur la capitale et le Palais avec l'aide de Ibrahim Pasha. La Sultane est une femme intelligente et elle n'hésite pas d'user de son temps pour recevoir les complaintes des habitants et essayer de les résoudre.

Leyla de son côté continue tranquillement sa vie dans le palais en compagnie de Esra Kalfa et de Elena. La jeune femme essaie d'occuper ses journées comme elle le peut afin de se changer les idées. Elle n'arrête pas de penser à Mehmet et prie toutes les nuits qu'il revienne sain et sauf.

– Leyla Hatun, l'interpelle alors Fatma Hatun alors qu'elle était dans ses pensées, assise sur le divan de sa chambre.

Leyla se tourne vers la vieille femme.

– Oui Fatma Hatun ?

– La Sultane Samira te fait demander dans sa chambre, lui indique la Cheffe Kalfa.

Leyla opine et se lève pour suivre la femme. Elles marchent dans le couloir en discutant légèrement puis Fatma Hatun toque à la porte de la Sultane Samira.

Cette dernière leur indique de rentrer et Fatma Hatun précède Leyla dans la chambre. La Sultane est habillée élégamment comme toujours et a coiffé ses cheveux différemment en un chignon bas créé avec de tresses.

Elle est assise sur son divan et sourit à Fatma Hatun pour la remercier.

– Sultane, s'incline doucement Leyla Hatun avec politesse.

La Sultane lui fait un signe de se relever avant de dire dans une voix plutôt enjouée :

– J'ai une bonne nouvelle Leyla.

Leyla arque un sourcil en se demandant ce que peut être sa bonne nouvelle. Il est bien trop tôt pour que la Sultane annonce le retour du Sultan.

– Les concubines qui se sont occupées de ton lit ont remarqué que tu n'avais pas saigné ce mois-ci, continue la Sultane avec un sourire.

Leyla est étonnée que cette information revienne aux oreilles de la Sultane. Mais après tout, en tant que Valide Sultane, elle se doit d'être au courant de tout dans le Harem. Leyla effectue un calcul mental afin de se rappeler de la dernière fois où elle a eu ses menstruations. Elle réfléchit un dernier moment avant de se rappeler : cela est arrivé deux semaines après sa fausse couche. Ce qui veut dire qu'elle aurait dû saigner il y a trois semaines déjà ?!

Leyla écarquille d'un coup les yeux.

– Je pense que tu es enceinte Leyla, reprend la Sultane en ne masquant pas sa joie.

Leyla ose rencontrer son regard avant de demander :

– Vous croyez Sultane ?

La Sultane se lève avant de dire chaleureusement :

– Si cela ne te gêne pas, nous allons vérifier ça tout de suite, j'ai fait venir la physicienne.

Leyla hoche la tête en en sachant pas quoi faire d'autre. Elle n'imagine pas être enceinte. Elle ne sait pas comment réagir face à cette nouvelle.

La Physicienne en question apparaît dans la chambre de la Sultane après que Fatma Hatun lui ait ouvert la porte.

Fatma Hatun et la physicienne accompagne la jeune concubine jusqu'au lit où elles lui indiquent de se relever. La Sultane Samira se tourne afin de laisser un peu d'intimité à la jeune femme tandis qu'elle se fait ausculter par la physicienne. Leyla vit cette auscultation avec une légère appréhension. Au fond d'elle elle aimerait vraiment que la physicienne lui annonce sa grossesse, cela lui permettrait vraiment de tourner la page face à son enfant perdu. Mais d'un autre côté, elle craint de vivre la même chose avec celui-ci et de ne pas arriver à le faire naitre.

– Félicitation Sultane, annonce alors la physicienne, vous attendez un enfant.

Leyla n'a pas fini de se redresser qu'elle sent les larmes lui monter aux yeux. La Sultane se retourne alors avec un grand sourire.

– Je le savais ! Félicitation Leyla, que cet enfant naisse en bonne santé.

– Merci Sultane, répond Leyla entre joie et larmes.

La jeune concubine ne peut s'empêcher d'essuyer quelques larmes qui coulent sur ses joues. Elle a honte de pleurer comme cela devant la Sultane mais elle n'y peut rien.

Fatma Hatun remercie la physicienne et la fait renvoyer tandis que la Sultane s'approche de la jeune concubine tout en lui tendant un mouchoir.

– Allons, il ne faut pas se mettre dans des états comme celui-ci voyons... Vous méritez ce bonheur après le malheur que vous avez ressenti.

– Et si je n'arrive pas à le garder celui-là aussi ? Sanglote la concubine en relevant les yeux vers la Sultane après avoir pris le mouchoir tendu.

– Vous y arriverez Leyla, j'en suis sûr. Nous serons là pour vous aider, ne vous inquiétez pas.

Face au sourire rassurant de la Sultane, Leyla finit par assécher ses larmes. Elle se tamponne le visage avec le mouchoir puis remercie dans un murmure cette femme formidable.

Après un petit temps à se remettre Leyla se lève d'un bon du lit en annonçant :

– Il faut que j'aille écrire à sa Majesté pour lui annoncer la bonne nouvelle !

La Sultane lui fait signe qu'elle peut disposer dans un sourire et Leyla sort de la chambre après l'avoir salué. Un sourire parcourt son visage durant son trajet jusqu'à sa chambre. La jeune femme est tellement dans une joie extrême qu'elle ne fait pas attention à Safir qui l'observe de loin en compagnie d'Irina.

Leyla arrive à sa chambre et se pose à un bureau pour commencer sa lettre au Sultan.

« Cher Sultan de mon coeur,

Il ne se passe pas un jour sans que mon coeur ne vous accompagne. Mes pensées ne vous quittent pas, nuits et jours.

Le printemps a fini par s'installer à Istanbul et avec lui la nature des jardins renait d'une façon merveilleuse. Le printemps a toujours été ma saison préférée : saison du renouveau et de la renaissance. C'est comme si grâce au printemps, tous les problèmes disparaissaient.

Aujourd'hui j'ai appris une bonne nouvelle que je m'empresse de partager avec vous. Mon hiver s'est achevé et le Seigneur m'accorde une seconde chance. Je porte en moi un nouvel espoir, une nouvelle vie. Je prierai chaque jour pour que cet enfant que je porte vienne au monde en bonne santé.

Mon coeur et mon âme sont avec toi Mehmet. Que ce bonheur t'apporte la force et la sérénité dans ta campagne. Reviens nous vite sain et sauf.

Je t'embrasse et je pense à toi,

Ta Leyla. »

Mehmet vient de relire la missive reçue à l'instant au moins dix fois. Le sourire ne quitte pas son visage. Mehmet range sa lettre dans un coffre sur son bureau tandis que Hassan Bey entre dans la tente en compagnie d'Osman. Les trois hommes portent leur uniforme de combat.

– Ma Leyla attend un enfant, s'empresse de partager sa joie Mehmet en souriant.

Hassan Bey esquisse un sourire ravi tandis qu'Osman s'incline en usant de formalité neutre :

– Félicitation Votre Majesté.

– Que cet enfant nous apporte la victoire sur le champ de bataille, continue Hassan Bey.

– Amen, répond Mehmet aux anges.

Hassan Bey vient déposer par la suite une carte de la zone sur le bureau du Sultan. Il fait par la suite le point sur l'avancée des troupes commandées par différents vizirs du Sultan.

– Nous avons une avancée pour nous approcher du château de Winnica, explique le Bey avec Mehmet et Osman autour de la table. Une fois le château atteint, nous pourrons l'encercler et faire tomber le roi qui a osé vous défier.

Mehmet observe la carte tout en réfléchissant.

– Nous avons déjà bien avancé pendant les semaines où nous avons été là, analyse Mehmet d'un regard concentré. Nous n'avons pas subi beaucoup de pertes.

– Votre plan d'attaquer les polonais par un marais où ils ne nous attendaient pas a été un franc succès Votre Majesté, commente Osman.

Mehmet lui accorde un regard rapide avant de se redresser vers Hassan Bey :

– Allez chercher Yahya Pasha et Sélim Pasha.

– Tout de suite votre Majesté, obéit Hassan Bey avant de sortir rapidement de la tente.

Mehmet se retrouve seul en compagnie de son frère et décide de rester focalisé sur la carte. Il n'a jamais vraiment discuté avec lui depuis leur départ en expédition. Mehmet ne saurait pas trop quoi lui dire.

– Les polonais ne mettront pas longtemps à se rendre une fois le château de Winnica encerclé, meuble Osman pour faire la conversation.

Mehmet ne répond rien alors Osman tente un nouveau sujet de conversation.

– Comment va la Sultane Samira, l'interroge-t-il gentiment.

Mehmet relève les yeux surpris qu'il lui demande de ses nouvelles.

– Très bien merci.

Il cherche quoi dire avant de demander à son tour.

– Et la Sultane Nuran ?

Mehmet n'a jamais apprécié cette femme de sa vie. Déjà enfant, elle ne lui accordait pas un regard et les seuls échanges qu'elle a eu avec lui étaient remplis de dédain envers sa personne.

– Valide se porte bien, répond Osman.

Le Shezade semble lui aussi chercher ses mots car un silence s'installe entre les deux hommes.

– Je voulais vous dire, reprend alors Osman en cherchant comment tourner ses pensées, merci de ne pas m'avoir exécuté...

Mehmet croise alors les yeux de son frère. Ceux-ci démontrent la sincérité dans ses paroles.

– On a grandi ensemble mon frère, explique Mehmet, je ne vois pas comment j'aurais pu le faire.

Osman hoche la tête et c'est à ce moment là que Hassan Bey revient dans la tente en compagnie des deux hommes demandés par le Sultan.

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