Chapitre 189 : Temps limité
Malgré sa tentative, Barry ne parvint pas à vaincre Jack. Il réussit néanmoins à l'occuper pendant de précieuses minutes. Pendant ce temps, Cammy et Sonya vainquirent Steve. Avec l'aide d'Oggy, Berthold exploita tout le potentiel de son concept de la couleur et vint à bout de Jason. Le problème : chacun dépensa pratiquement toute son énergie, surtout Sonya et Cammy, qui ne sont plus en mesure d'utiliser leurs pouvoirs. Cette dernière discutait par télépathie avec une enfant qui n'était pas présente dans l'arène.
Le concept de la communication de Jack lui permet de se servir, par extension, de tout ce qui est en lien avec le papier.
***
L'averse qui arrosait la ville devient une fine pluie, comme pour annoncer l'approche du combat final. Jack s'apprête à partir à la recherche de ses cibles. Tout à coup, dix individus surgissent devant lui.
« Brigade anti-nigh, se présente sèchement l'un d'eux. On nous a rapporté de violents affrontements dans le coin.
− Je suis un humain, affirme Jack en levant innocemment ses bras. Je peux vous le prouver. »
Pendant ce temps, le brigadier s'approche de Barry pour vérifier qu'il respire toujours et lance un regard mauvais à son interlocuteur. Il rétorque aussitôt :
« Que tu sois un humain ou pas n'a aucune importance. D'après ce que je vois, tu t'en es pris à un de nos membres. Tu penses qu'on va laisser passer ça ? Tu vas venir avec nous. Barry nous racontera ce qui s'est passé à son réveil. »
Jack soupire d'exaspération. C'est à son tour de froncer les sourcils et de menacer :
« Je n'ai pas de temps à perdre avec vous ! »
S'ensuivent des cris de terreur qui sont étouffés aussi vite qu'ils résonnent.
***
Cammy et Sonya tiennent à peine debout. L'euphorie de la victoire ne dure que quelques secondes.
« On a gagné, dit Sonya, mais...
− Ouais, on n'est plus en état de se battre, confirme son interlocutrice. On ferait mieux de se mettre à l'abri... »
Au même moment, une voix résonne dans l'esprit de la télépathe depuis un autre quartier :
« Cammy. C'est bon, j'ai fini. Désolé, c'était lent.
− T'en fais pas pour ça, Chara ! Beau travail ! »
Sonya remarque l'enthousiasme sur le visage de son amie et se dépêche de l'interroger :
« Tu discutes avec Chara ? »
Cammy hoche la tête. Chara est devenue la disciple de Skill après avoir perdu ses parents. Malgré ses dix ans, elle a décidé de participer à la bataille à distance, uniquement en dernier recours. Son concept : la copie.
Toutefois, elle n'a pas encore suffisamment d'énergie pour assimiler un pouvoir complet. Skill lui a alors suggéré de reproduire des techniques spécifiques.
La fillette a donc copié plusieurs compétences de Cammy, dont la télépathie. Le processus fonctionne comme la duplication d'un énorme fichier, ce qui peut prendre des heures, voire une journée.
Grâce au pouvoir de Rose, contrôlant les organes, Chara peut voir tout ce qui se passe depuis chez elle par l'intermédiaire d'un œil microscopique.
Oggy et Berthold apparaissent. Ce dernier prend appui sur son partenaire.
« Vous voilà ! se réjouit Cammy.
− Vous n'avez donc pas eu besoin de notre aide pour vous débarrasser de ce type ? déduit l'adolescent en voyant le corps évanoui de Steve.
− Yay ! »
Alors qu'elle affiche un grand sourire et fait un V avec ses doigts, Cammy efface immédiatement son expression de joie. Derrière Berthold et Oggy, une ombre imposante surgit, prête à engloutir toute lueur d'espoir.
Jack, couvert de sang qui n'est pas le sien.
Tout le monde a les yeux écarquillés d'effroi. Cammy cherche sur-le-champ à gagner du temps :
« Qui est-ce que tu as zigouillé avant de venir ici ? Comment on peut être aussi inhumain ?! »
C'est plus fort que lui. Telle une IA, Jack ne peut s'empêcher de réciter froidement une dissertation :
« Inhumain ? Ce mot n'a aucun sens. Depuis que les Hommes existent, commettre des atrocités est leur spécialité. C'est tout à fait humain de se comporter comme un démon. »
Cammy souffle, outrée. Elle s'apprête à présenter l'antithèse, mais dès qu'elle écarte ses lèvres, Jack fonce sur elle.
La discussion ne l'intéresse plus. Il n'est là que pour une seule chose. Supprimer son ennemie.
L'usurier lève son poing. Sonya, Berthold et Oggy, affolés, tentent d'intervenir. Ils savent cependant qu'ils ne la protègeront pas à temps.
Soudain, une machette volante sépare Jack et sa proie. Après avoir esquivé, l'humain observe le gêneur. C'est Wood, un criminel recherché et prisonnier de l'arène.
« Toi... !! » s'exclame Cammy, aussi ébahie que les autres.
Les mains sur les hanches, fier de lui, le sauveur fanfaronne :
« Oui, c'est moi. La dernière fois, Jack m'a promis de m'accorder la liberté si je... »
L'intervenant n'a même pas le temps de terminer sa phrase que l'ennemi commun, exaspéré, se rue sur lui. Wood continue alors son raisonnement seul, dans son esprit :
« ... Si je t'éliminais. Mais après m'avoir vaincu, tu m'as épargné ! Jack m'a utilisé comme un vulgaire pion, alors que toi, gamine, tu m'as traité comme une vraie personne. Je serais idiot de me ranger à nouveau du côté de cet enfoiré !! »
Wood utilise son concept du forgeron. Il se crée une épée et s'apprête à accueillir son ennemi. Oggy, quant à lui, se sert du morceau d'arbre qu'il a extrait du cadre d'un lit.
Wood enchaine les coups tranchants, tandis qu'Oggy, sur le flanc de Jack, le bombarde de poings géants en bois. L'humain fait grossir sa main en papier et bloque tous les projectiles. Avec son autre membre, il désarme son adversaire en frappant le dos de la lame.
Wood recule. Il souffle une vague de feu aveuglante.
« Tiens, essaie de bloquer ça avec du papier ! »
Jack saute si vite qu'il disparait du champ de vision de son ennemi. En redescendant, il met tout son poids dans ses jambes afin de broyer le crâne de Wood.
En plein air, l'humain sent une menace. Un minuscule projectile se rapproche de lui à une vitesse effarante. Toujours aussi réactif, il saisit l'objet mortel entre ses doigts. Une balle de fusil.
Pendant ce temps, Oggy tire Wood vers l'arrière avec une grosse main en bois. En atterrissant, Jack provoque un torrent, forçant ses adversaires à prendre un bain de boue.
« Vous. Ne bougez pas. Je reviens dans quatre secondes », prévient l'humain avant de bondir dans le ciel.
Tout le monde, les yeux ronds, est dans l'incompréhension totale. Néanmoins, c'est une chance inespérée de fuir.
« Jessy... son concept est celui de la chasse, se souvient Jack. Je me doutais bien qu'elle aussi se cacherait dans les parages pour m'attaquer par surprise. La balle provenait... de cette direction ! »
Il repère le toit d'immeuble sur lequel la prisonnière de l'arène est couchée sur le ventre.
Une seconde.
Jack, dans les airs, surgit face à la jeune femme. Même armée d'un fusil, elle sait qu'elle n'aura pas le temps de viser pour tirer. Elle produit un filet afin de le capturer. Un énorme morceau de papier en forme de disque découpe le piège.
Deux secondes.
Les mains en avant, Jack se jette sur son ennemie comme s'il plongeait dans une piscine. Ses paumes broient la colonne vertébrale de Jessy, qui, crachant du sang, perd immédiatement connaissance.
Trois secondes.
Le toit ne résiste pas à la puissance du choc. Les deux adversaires chutent à l'étage inférieur dans un brouhaha infernal. Sa proie en main, Jack disparait par la fenêtre avant même que les décombres n'envahissent la pièce.
Quatre secondes.
L'usurier réapparait devant ses ennemis, n'ayant eu le temps de faire que quelques pas pour s'échapper. Chacun observe, ébahi.
« Cette fille... ! remarque Oggy.
− Elle était aussi dans l'arène ! » complète Cammy.
Jack place son gibier devant lui, comme pour se protéger avec.
« Sale bouse sur pattes... ! Tu comptes t'en servir comme otage ?! » s'écrie Cammy, voyant rouge.
Wood essaie tant bien que mal de masquer son sourire.
« Cet idiot, pense-t-il. Même si je me suis rangé de leur côté, je ne suis pas comme ces bisounours. Ça ne me dérangera pas de tuer cette fille si ça me permet de gagner... ! »
Brusquement, Jack balance le corps de Jessy sur Wood. Le crâne de la jeune femme s'enfonce dans le torse du forgeron. La collision brutale fait voler les deux individus dans la même direction. Les côtes de Wood se brisent tels des bâtons de craie. Son sang s'échappe de sa bouche comme le jus d'une tomate pressée. Il s'évanouit sur-le-champ.
« Vous m'avez rendu un grand service en pensant que j'étais du genre à me servir de boucliers vivants » se moque Jack.
Ce dernier n'ajoute aucune parole. Ses pupilles avides de destruction fixent Cammy, puis Sonya, Berthold et Oggy.
« Vu leur état, ils ne sont plus en mesure de se défendre », constate l'usurier.
Il regarde son fidèle compagnon, inconscient, avant de poursuivre sa réflexion :
« Très bon travail, Steve. Rassure-toi, je ne vais pas gâcher tes efforts. Je vais rester prudent pour assurer notre victoire. »
Jack lève son poing afin de frapper.
« Chara ! Maintenant ! » hurle la télépathe.
Cammy, Sonya, Berthold et Oggy se téléportent chacun dans un coin. Ils forment un carré autour de Jack.
« Elle m'a fait croire qu'elle ne pouvait plus utiliser son pouvoir pour s'en servir au dernier moment ? constate l'usurier. Bien pensé, mais m'y attendais... »
Chara exécute la dernière technique qu'elle a copiée. Jack bouge. Mobile, il devient immobile. Il est totalement figé.
Bien qu'un peu surpris, l'humain se ressaisit aussitôt. Il crée autour de lui une barrière d'électricité sphérique dévorant tous ses ennemis. Néanmoins, l'attaque n'a aucun effet.
« Est-ce que j'hallucine ?! se demande Jack, abasourdi. Bon-sang, comment ai-je pu oublier ? Berthold a la capacité de produire des illusions !! »
Le concerné et ses alliés ont été téléportés sur le toit d'un immeuble en face de l'ennemi. Oggy produit un morceau de bois de la taille d'une voiture.
« Maintenant ! Tous en même temps !!!! » leur indique Cammy par télépathie.
Déterminés au maximum, les quatre coéquipiers placent leurs mains sur le projectile, fusionnant leur Drive à l'intérieur. Le poing en bois est propulsé à toute vitesse sur l'adversaire, pris de court.
L'attaque traverse la barrière d'électricité. Jack encaisse le choc massif et tombe sur la chaussée.
Cammy, Sonya, Berthold et Oggy halètent. C'était leur dernière carte.
« Impressionnant », les félicite l'ennemi, le sourire aux lèvres.
La technique de Chara ne fonctionne que si la cible essaie de bouger. En restant volontairement immobile, elle l'annule. Jack se relève sans la moindre difficulté.
« Leur plan était quasi parfait. Mais ils n'ont pas pris en compte une donnée capitale. Ils sont tellement fatigués que leur attaque m'a fait l'effet d'une chatouille. »
Jack saute et rejoint ses adversaires sur le toit de la construction. Les quatre alliés grincent des dents. Leur sueur coule en même temps que les fines gouttes tombant du ciel. Si la pluie a perdu en intensité, les battements de cœurs atteignent un rythme fou.
Cammy s'écroule. Assise, elle n'a littéralement plus la force de bouger. Les trois autres rassemblent les maigres réserves d'énergie qui leur reste et foncent désespérément sur leur opposant.
Jack accueille Oggy avec un violent coup de coude dans le ventre. Ce dernier laisse couler de la bave et s'effondre. Tout en se baissant, l'usurier glisse sur la paroi mouillée et balaie brutalement la jambe de Sonya. La cheville de celle-ci se retourne comme la poignée d'une porte. Elle gémit de douleur et s'affale.
En se relevant, Jack attrape le col de Berthold pour l'attirer vers le sol. Le visage de l'adolescent entre en collision avec le béton. Une fois debout, l'humain déchaine un coup de pied féroce dans le crâne du garçon. Le concerné s'enfonce dans un ravin sur le goudron.
Berthold et Sonya sont hors d'état de nuire.
Jack fonce dans le but de s'occuper enfin de sa priorité. Oggy se relève tant bien que mal et s'interpose. Il s'enferme lui et Cammy dans une barrière en bois ressemblant à un œuf.
« Il ne me reste plus une goutte d'énergie... se dit le protecteur, le souffle saccadé. Je ne peux plus rien faire d'autre. »
Jack crée un dégrafeur géant. L'outil de bureau devient une arme mortelle. Les pointes en métal s'enfoncent dans la coquille qui se brise en un rien de temps.
« Je suis désolée, Cammy, s'exprime Chara. Je suis trop fatiguée. Je ne t'ai pas beaucoup aidée...
− Qu'est-ce que tu racontes, t'as été superbement géniale ! Grâce à toi, on a pu porter un coup au boss final, tu t'en rends compte ? Merci, vraiment... »
La télépathie s'interrompt.
Le dégrafeur traverse le bouclier d'Oggy. Telles les dents d'un requin, les piques de fer lacèrent les mains du protecteur. Les paumes de ce dernier saignent en même temps que le cœur de la spectatrice, impuissance.
« Ne reste pas là ! Esquive ! supplie-t-elle.
− Pas... question... de m'enfuir et laisser d'autres personnes... mourir sans rien faire... !
− T'en fais pas pour moi ! Je peux encore me battre... ! » ment celle qui a la voix brisée.
Les os d'Oggy craquent sous la pression des crocs métalliques. Il ferme ses yeux, serre les dents et endure. L'intérieur du cocon devient le nid d'une torture aussi bien physique que psychologique.
Subitement, un coup de pied fracasse le visage du bourreau. Jack est éjecté aussi violemment que ses précédentes victimes, avant de chuter sur la chaussée. Oggy ouvre ses yeux, arque ses sourcils. L'expression brumeuse de Cammy se transforme en un sourire rayonnant.
« Te voilà... ! s'écrie-t-elle.
− Tu tombes bien, maugrée Jack en se redressant. Je n'ai plus besoin de te chercher. »
Al nargue son ennemi avec sa nonchalance habituelle :
« Tu as raté ta seule chance d'éliminer Cammy. Time Over.
− Parce que tu penses pouvoir m'arrêter ? le défie Jack.
− On va vérifier ça tout de suite » annonce le nouveau challenger.
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