Le Devant

Ce que je m'apprête à vous raconter va totalement à l'encontre de vos croyances. Vous qui les voyez sur vos écrans, souriants, maquillés et vêtus de luxe...
Je ne sais pas vraiment si j'en ai le droit. Je pense qu'il me punirait s'il venait à découvrir ce que je suis sur le point de vous révéler. Je dois faire vite. Pendant qu'il n'est pas là...
Par où commencer ? Ah oui... c'est depuis ma rencontre avec elle que l'enfer s'est déchaîné... Oui, c'est depuis ce jour que ses noires flammes ont commencé à ronger mon âme.

J'y étais enfin parvenu. J'avais enfin gagné ma place parmi les plus grands. Ce soir-là, j'avais joué un match contre les Lakers. J'étais dans l'équipe des Bulls.
Encore une fois, j'avais fait un match incroyable ; tous ces mois de dur entraînement, durant lesquels je m'entraînaient à vomir, à mourir. Si seulement j'étais mort...
J'avais conclu ce match avec un panier au buzzer, acclamé par le public, tapé et étreint par mes coéquipiers. Tout le monde m'adorait. Il faut dire que j'avais fait un match remarquable... si je me souviens bien en tout cas.
À chacune de ses visites, ma mémoir faiblit et me joue des tours.

En rentrant ce soir-là, après mon match, je reçus un appel : j'aimais le basket-ball. Les sensations qu'il me procurait, le bruit des baskets sur le parquet, le son du filet qui fouette le ballon quand celui-ci rentre en un magnifique trois points.

C'est pour tout cela que je m'étais autant investi. Que j'avais voué tout mon temps libre à ce sport. La célébrité, la vie de luxe, les journalistes, la télévision... tout ça ne m'intéressait pas plus que ça. C'est sûr que l'argent est aussi une motivation, mais certainement pas tout ce qui va avec.
Malheureusement, cela devait arriver. Je décrochai le téléphone : et c'était un présentateur au bout du fil, de dieu sait quelle émission new-yorkaise. Il m'invitait pour y participer.

- Isiyah, me réprimanda mon agent, tu n'est plus censé recevoir ce genre d'appel. C'est moi qu'ils devraient appeler pour cela.
Cependant, ajouta-t-il après s'être massé les sourcils pour rafraîchir ses pensées, tu devrais accepter. Cette émission serait bénéfique pour ton image, les gens l'apprécient. Raccroche s'il te plaît, ils n'ont pas le droit de t'appeler directement. Je vais les rappeler, et les engueuler un coup avant de parler de leur invitation. Demain, on ira changer ton numéro, et partage-le uniquement à quelques proches, d'accord ?
- Bien sûr, lui dis-je en raccrochant, désolé Jacob. Je ne sais même pas comment ils ont eu mon numéro...

Quand j'allai me coucher ce soir-là, j'eus du mal à trouver le sommeil. J'étais excité et curieux, mais mon esprit était plein d'appréhension.
On dit beaucoup de choses à propos du subconscient... peut-être qu'à ce moment là, le mien était déjà conscient de ce qui allait arriver ?

- Mes chers téléspectateurs, nous avons un invité très particulier ce soir ! Il nous vient tout droit de la France, ce pays plein de romance ! Encore si jeune, mais il a su conquérir le coeur de tous, par ses talents et ses démonstration chez les Bulls !
Mesdames et messieurs , veuillez accueillir le nouveau grand favori de cette saison de NBA, Isiyah Vellmont !

C'est sous les acclamations et les cris du public que j'arrivai sur le plateau. Habillé d'un costume bordeau par dessus une chemise noire. Je me rappelle que c'était assez confortable, mais j'étais tellement moins alaise qu'en short et en basket, comme lors de mes matchs.
Il régnait sur le plateau une odeur qui mêlait les parfums des autres invités, et du présentateur. C'était à la fois agréable et entêtant.
Tout ce luxe et ces odeurs... c'était tellement différent du parquet des terrains, avec ses deux paniers et des gouttes de sueur ici et là.

- Comment vas-tu ce soir, Isiyah ? me dit le présentateur.

Il était noir de peau, assez large d'épaule malgré son ventre imposant. Sa carrure, sa moustaches et ses gestes lui donnaient un charisme certain.

- Très bien, merci Malcolm, repondai-je, en essayant de paraître alaise. Mais j'avoue que ce plateau est bien différent des parquets. Je suis plus alaise en short.

Tous se mirent à rire, les spectateurs, Malcolm et, bien sûr, les autres invités.
Je profitai de ce bref instant pour les regarder, voir qui ils y avait.
Il y avait Brad Pitt. Premier choc. Johnny Depp. Là, mon cœur rata un battement.
Jennifer Lawrence. Le souffle me manqua brusquement.
Et enfin, alors que j'étais encore étourdi par tous ces visages, si familiers quand je les voyais à travers des écrans, mais qui me mettaient réellement mal à l'aise une fois en face, je la vis. Elle était si belle, et son sourire si doux.
Était-ce ma réplique qui avait provoqué ce rire de Selena Gomez, ou alors jouait-elle la comédie, comme je m'apprêtais à le faire pour entretenir mon image ?

Car oui, ni moi, ni aucune de ces personnalités, n'étions là par pur plaisir ; nous étions tous là pour jouer un rôle. Pour ravir les fans et les téléspectateurs. Pour nourrir les médias et leurs gros titres. Et tout ça, pour cultiver notre image, et ainsi continuer à pouvoir faire ce que nous aimions : chanter, faire des films, jouer au basketball...
Bien qu'à l'époque, je n'étais encore qu'un jeune poulain dans ce jeu de rôle, j'étais déjà conscient qu'il s'agissait bien d'un jeu.

- Je l'adore déjà, celui-là ! dit Malcolm après un fou rire sûrement forcé. Non, désolé Isiyah, je ne t'ai pas invité pour jouer ce soir. Même j'aurais adoré te voir marqué un de ces trois points qui ne ratent jamais !
Non je vous jure, renchaina-t-il pour ceux qui ne suivaient pas forcément le basketball, quand il shoot, c'est comme si la balle était attirée pas l'arçeau ! Tenez, mettez moi quelques unes de ses actions les plus spectaculaires !

Il était très fort. C'était comme s'il avait ça dans le sang. Il parlait aux caméras et aux spectaculaires comme s'il parlait à un nombre incalculable d'amis d'enfance.
C'était dans ces pensées qu'était perdu mon esprit, alors que tous regardaient quelques un de mes plus beaux tirs. J'étais toujours gênés dans ces moments, alors je préférais sourire et remercier les cris impressionnés d'un geste du bras.

Par curiosité, mais aussi, je l'avoue, parce que je voulais l'admirer un peu plus, mon regard alla vers Selena Gomez.
Elle riait et applaudissait. Son visage brillait. Elle était splendide, avec sa robe émeraude et ses quelques mèches rebelles qui lui tombaient devant les yeux. Yeux qui, doucement, peut-être par curiosité aussi, se mirent à chercher les miens.
Si seulement ils ne les avaient jamais trouvés...

Mais ils les trouvèrent, et quand nos iris se joignèrent enfin,  une chose étrange, inconnue, effaça la joie de son visage. Son sourire disparu pour laisser place à un visage blême, nauséeux. C'était comme si elle souffrait sans pouvoir crier.
Et à ce moment là, alors que je croyais regarder Selena Gomez, j'eus un choc. J'avais l'impression d'être face à un être mauvais. Une entité puissante, venue du fond des enfers, qui parcourait déjà la terre avant-même que les premiers hommes n'aient apparu en ce monde.
Et cette impression, qui hérissa mes cheveux sur ma nuque et me donna de violentes sueurs froides, fût si brève que je l'oubliai presque aussitôt.
Elle disparu d'ailleurs totalement de ma mémoire quand Selena, après un imperceptible hauchement de tête, se remit à sourire, cette fois en me regardant, curieuse.

- Mais quel joueur fabuleux ! Enfin Isiyah, que t'arrive-t-il ?

Apparemment, mon choc n'avait pas disparu de mon visage. Je devais vite me reprendre. Mais son regard me perturbait ; elle semblait maintenant captivé par tout mon être.

- Je... Pardon Malcolm. Merci à tous pour vos applaudissements ! Ça me fait réellement plaisir, et je suis ravi que vous appréciez mon jeu.
- Ton jeu est plus que bon c'est vrai. Mais TOI, tu es spectaculaire !

Nouveaux cris. Mais je ne les écoutais plus. C'est à peine si je les entendais. Toute mon attention était portée sur la magnifique femme devant moi, assise sur un fauteuil noir qui mettait en valeur aussi bien sa tenue verte que ces cheveux bruns. Elle n'aurait pu être plus belle.
Malheureusement, je devais me contenter de quelques regards timides, en billet, pour ne pas paraître trop gênant. Mais elle... Seigneur. Elle me fixait, sans ciller. Ses yeux ne me lâchaient pas.
Chaque fois que je la regardais, ses yeux étaient sur moi. Mes regards, que je voulais discrets, paraissaient donc ridiculement insistants. Et moi, je paraissais faible.

J'étais là. À son niveau. Je n'étais plus l'enfant rêveur de l'époque. Je me trouvais sur ce plateau justement car j'avais réussi à m'élever au rang de - je n'aime pas vraiment cette expression - star.
Mon statut avait changé, je devais maintenant changé mon état d'esprit, et adopter le comportement que Johnny Depp ou Brad Pitt, qui étaient là, auraient adopté.
Fini les regards en billet. Je me mis à la regarder plus longtemps. Pas trop, pour ne pas paraître étrange pour les autres, et insistant pour Selena.
Elle nota ce changement. Le jeu avait changé. C'était maintenant un jeu à un contre un, dont je ne connaissais pas les règles avec précision. Mais nous étions tous les deux lancés.
Ainsi se déroula l'émission de ce soir. Elle et moi écoutions à peine ce qui se passait sur le plateau, mais deux choses étaient certaines ; je lui plaisais, et elle, elle me plaisait davantage à chaque regard, à chaque geste, à chaque sourire...

Malheureusement, tous les jeux doivent finir un jour. Et celui-ci prît fin quand Malcolm salua les spectateurs et les caméras, en leur disant ''à demain'' ou ''à la semaine prochaine'', je ne sais plus.
Quand à nous, les invités, nous nous contentions de sourire en saluant de nos mains ; car non, ce jeu là n'était pas encore fini. Jusqu'à ce que nous quittions enfin le plateau, les caméras et les projecteurs, pour nous retrouver dans le couloir où chaque porte menait à nos loges respectives.
L'émission avait insisté pour que nous sortions tour à tour, pour ne pas savoir qui allaient être les autres invités. Là, nous regagnions chacun nos loges. Quant à moi, je ne pensais qu'à Selena Gomez...

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