46

Alex

Un bruit de vaisselle qui se brise me vrille le crâne. J'ai l'impression de peser une tonne, je suis incapable de bouger le moindre de mes membres, comme si on m'avait cloué au sol. Mon estomac me brûle et l'acide qu'il contient ne cesse de remonter le long de mon œsophage, prêt à jaillir. Je voudrais déglutir pour l'empêcher de continuer son ascension, mais je n'y arrive pas non plus. J'entends vaguement quelqu'un parler, la voix est lointaine et je ne distingue pas ce qu'il se dit.

Mon but étant d'ouvrir les yeux, je me concentre sur ce simple mouvement. Après plusieurs tentatives, j'y parviens enfin, mais aussitôt je les referme. La lumière vive du jour m'éblouit beaucoup trop, comme si elle me brûlait les rétines. C'est désagréable. Je fouille dans ma mémoire, afin de me remémorer ce qu'il s'est passé, mais c'est un échec, rien ne me revient. Je réitère mon ouverture de paupières, et cette fois-ci, j'arrive à les maintenir ouvertes.

Je reconnais le plafond crasseux et jauni par la nicotine de ma chambre. Une tête blonde apparaît tout à coup au-dessus de moi, c'est Cole, son téléphone collé à l'oreille il fronce les sourcils tout en me regardant. Il n'a pas l'air très content.

Mais qu'est-ce que j'ai fait ?

— Je vous envoie l'adresse par SMS. Au revoir, monsieur.

Toujours avec son visage de mec pas aimable, mon ami pose une main sur mon front. Puis, sans aucune délicatesse, il tire la couette qui me couvrait. Un frisson s'empare de moi, et mon corps se met à trembler sans que je ne puisse le contrôler. Je voudrais l'engueuler, ouvrir la bouche, mais là encore mes lèvres restent sceller et ça commence sérieusement à m'agacer.

— Tu vas te reprendre en main. Tu m'as fait flipper, putain ! râle-t-il.

Voyant que je reste passif, Cole soupire d'exaspération.

— D'après Liam, tu en as encore pour un moment à végéter comme un légume dans ton pieu. Tu sais que même si tu n'es pas gros, t'es lourd quand tu es un poids mort. Heureusement que j'ai de l'entraînement et que je pratique toujours le sport. Toi d'ailleurs, ça te ferait pas de mal, tu as tout perdu depuis que je te connais.

L'envoyer chier, voilà ce que je veux. Mais ma putain de langue refuse de faire son job et s'activer.

— La merde que tu as prise hier, ça ne se consomme pas en une grosse dose. Tu sais que tu aurais pu y rester ?

Et alors, qu'est-ce que ça peut te foutre ?

Puis tout me revient en tête, le bar, Ali et son rejet envers moi. Je me suis défoncé et j'ai sombré.

Mes paupières se ferment. J'ai perdu la seule personne qui comptait à mes yeux, Aliona ne me reviendra pas, jamais. C'est définitivement terminé, alors à quoi bon continuer de vivre. J'ai déjà tué Erika et mon propre enfant, au moins je les rejoindrai et je pourrai me faire pardonner du mal que je leur ai fait. Sauf si, je rejoins l'enfer directement, ce qui est fort probable. On ne pardonne pas de tels actes.

— Ouvre les yeux ! m'ordonne Cole.

Il commence sérieusement à m'emmerder et je crois qu'il n'a pas fini de le faire. Pourquoi il reste là ? Pourquoi il ne me laisse pas en paix avec ma vie de merde ? Il a déjà la sienne à gérer, même si je ne connais presque rien de lui, je sais qu'il est passé par des choses pas très catholiques. Une fois, un peu défoncé, il m'a raconté une anecdote à vous glacer le sang et il m'a précisé que ce n'était qu'un échantillon de son existence. À côté de lui, ce que je traverse c'est de la rigolade, un grain de sable parmi les autres, celui qu'on ne voit pas. Lui il représente un rocher, voir même une montagne, j'en suis persuadé.

— Je te fais chier, mais je m'en branle. Je veux que tu saches, un truc, commence-t-il en prenant place au bord du lit.

De toute façon, je n'ai pas d'autres choix que de l'écouter.

— Je ne suis pas ce genre de mec qui s'attache aux autres. En général, j'en ai rien à foutre de leur vie et leur état d'âme, c'est chacun sa merde, ses problèmes. Mais toi, quand je t'ai vu dans ce bar avec ton sac de sport complètement paumé, j'ai su tout de suite qu'on serait pote.

Cole se met à rire, avant de plonger son regard dans le mien.

— Je vois tes yeux aller dans tous les sens, pas de panique, mec. Les gonzesses sont et resteront mon truc. T'es peut-être beau gosse, mais faut pas non plus exagérer, je ne changerai pas de bord pour toi.

Ce mec est con, définitivement con, mais moi aussi, je l'aime bien. Il est le seul qui ne m'a jamais lâché, et même s'il ne m'a pas fait prendre la bonne direction en m'initiant à la consommation de drogue, il n'est pas fautif. J'ai pris cette décision seul, je n'ai pas eu besoin de lui.

— Bref, je voulais juste que tu saches, que je serais toujours présent pour toi si tu as besoin.

— Tu vas me faire chialer...

Le son guttural de ma voix me surprend et mon ami aussi apparemment. J'ai l'impression d'avoir avalé du verre pilé, c'est désagréable. En revanche, si je peux parler, je ne peux toujours pas bouger.

— Tu as retrouvé l'usage de la parole on dirait. Je vais pouvoir arrêter mon monologue.

— Continue... j'adore quand... tu fais des déclarations...

C'est tout de même difficile d'articuler plus de trois mots, mais j'ai réussi.

— Je vais attendre que tu redeviennes autonome et je me casse. Ton canapé n'est toujours pas confortable et j'ai besoin de pioncer avant d'aller chez Liam ce soir. Toi tu ne viens pas, ça va de soi. Tu restes tranquille chez toi.

— Tu n'es pas mon père ! craché-je.

Une quinte de toux me prend, j'ai l'impression d'étouffer. Cole s'empresse de me redresser un peu et si je continue ainsi, je vais gerber. Alors je respire lentement, puis celle-ci se calme doucement.

— Je sais, mathématiquement, ce serait impossible.

— Ta gueule, Cole !

Il ricane, puis redevient sérieux et ce changement me perturbe, ce n'est pas la première fois qu'il agît ainsi ces derniers temps. Je finis par me demander si je le connais vraiment après six ans d'amitié. Il me rallonge doucement, j'ai l'impression d'être handicapé, comme si je sortais indemne d'un accident de la route qui aurait pu me couter la vie, cloué sur un lit d'hôpital.

— Je t'ai réservé une surprise et... je ne suis pas sûr qu'elle te plaise, grimace-t-il en se levant du lit.

— C'est quoi ?

— Je ne peux rien te dire.

Je ne sais pas ce qu'il me réserve, mais j'ai effectivement le sentiment que je ne vais pas du tout aimer. Je préfère donc éviter le sujet et je vais le faire chier autrement pour me venger du futur sale coup qu'il me prépare.

— J'ai envie de pisser.

— Quoi ?

— Tu vas devoir m'aider, je ne peux pas bouger.

— Vraiment pas du tout ?

— Non, et je ne vais pas me faire dessus. Alors, porte-moi jusqu'aux chiottes.

— Tu n'es pas sérieux ?

— Dépêche-toi, sinon tu devras changer les draps.

Sans plus attendre, Cole me soulève et je me retrouve debout dans ses bras. Je stabilise mes jambes et comme je le pensais, je peux à nouveau bouger chaque partie de mon corps.

— Je peux marcher, l'informé-je.

— Dieu soit loué, je ne me voyais pas te la tenir.

Je ricane, alors qu'il m'accompagne en me soutenant pour que je ne tombe pas, car je suis tout de même un peu faiblard. Il me laisse seul dans les toilettes, je prends appui sur le mur et fais mon affaire. Je dois pioncer toute la journée si je veux avoir récupéré pour aller chez Liam ce soir. J'ai envie de tenter une dernière fois avec Aliona, en espérant qu'elle sera là. Je refuse de me pointer chez elle, peut-être qu'elle appellerait les flics si je le faisais et passer une nuit au poste, non merci. J'ai déjà donné.

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