10

Aliona

Mes pieds me font mal à être restée debout toute la soirée. Cathy m'a aidé à tout ranger et elle vient juste de partir. Elle a bien tenté de me sortir les vers du nez quant à notre discussion avec Alex, mais je suis restée évasive. Je n'avais aucune envie de lui déballer ce que j'ai ressenti lorsqu'il m'a avoué, à sa façon, que je ne lui étais pas indifférente. Et moi, me laisse-t-il de marbre ? Je ne sais pas.

Je franchis la porte de mon appartement et pose le blouson d'Alex sur le canapé, je n'ai pas eu le temps de lui redonner, il est parti si vite. En dehors de tout ça, ce qui m'a le plus fait mal, c'est l'état dans lequel il était. Dans un monde avec lequel il tentait de lutter pour rester connecté avec moi. La peur de le voir ainsi ne me quitte pas et j'espère qu'il est bien rentré chez lui. Si bien que je n'arrive même pas à penser aux deux propositions que j'ai eues pour une exposition dans des galeries renommées. Je devrais me réjouir, mais j'en suis incapable. Mon esprit étant trop préoccupé par Alex. Je décide de lui envoyer un message en trouvant l'excuse de son vêtement oublié.

[J'ai oublié de te redonner ton blouson.]

J'attends quelques minutes, ne voyant pas de réponse arriver, je décide d'aller prendre une douche. Je reste à long moment sous l'eau, puis je réalise aussi que Lenny ne m'a pas téléphoné comme il me l'avait dit pour savoir si ça s'était bien passé. Je coupe l'eau et enroule une serviette autour de mon corps et une autre sur mes cheveux. J'hydrate mon visage asséché par le froid et rejoins la cuisine afin de me préparer un chocolat chaud. Il est tard et pourtant, je m'installe devant la télé, ma tasse dans une main mon téléphone dans l'autre. J'écris un « bonne nuit » à Lenny qui reste bien évidemment sans réponse. Je zappe avant de trouver une émission sans intérêt, mais divertissante. Je bois la dernière gorgée de mon chocolat et m'allonge sur le canapé.

Mes paupières papillonnent de plus en plus, il est presque deux heures du matin quand je me décide à rejoindre mon lit. Les cours étant été annulés suite à l'expo, je vais profiter d'une grasse matinée. Je me glisse sous les draps en soupirant d'aise, quand mon téléphone émet le bip d'un message. J'attrape celui-ci sur la table de nuit pensant à Lenny, ce n'est pas lui, mais Alex.

[On peut se retrouver quelque part demain ?]

Je tape une réponse sans plus attendre.

[Où ?]

[Au parc à 16h30. Ça te va ?]

[Oui. Est-ce que tu es chez toi ?]

Je regrette aussitôt ma question. Cela ne me regarde pas et pourtant, je serais rassurée de le savoir dans son appartement.

[Non]

Une petite douleur d'angoisse vrille mon estomac ou autre chose. Je n'arrive pas à très bien le définir. Je soupire et lui envoie un dernier message.

[Bonne nuit, Alex, à demain.]

Au moment où j'appuie pour l'envoi, un autre SMS de sa part arrive.

[Tu me plais Aliona. Demain,]

Il n'y a pas la suite et je peste toute seule de ne pas connaitre la fin. De plus, je viens de lui envoyer bonne nuit, alors il y a peu de chance qu'il continu. Puis mon portable sonne, je fixe l'écran surpris de voir son prénom s'afficher. Fébrile je décroche.

— Allo ?

— Désolée pour le dernier message, mon pote trouve ça drôle de t'écrire à ma place.

Il y a du bruit derrière lui, une musique résonne en fond et je peine à l'entendre.

— Ce n'est pas grave.

— Je... Tu es rentrée ?

Sa voix hésitante me fait sourire malgré moi.

— Oui, depuis un petit moment déjà.

— Oh, d'accord. Je t'ai réveillée alors ?

— Non, je viens juste de me mettre au lit.

Il se racle la gorge, quand une voix masculine l'appelle. Mais il n'y répond pas, du moins pas à voix haute.

— Est-ce que tu te sens mieux ? osé-je lui demander.

— On se rejoint près de la petite fontaine, demain ?

Il esquive à la perfection ma question et je ne lui en tiens pas rigueur.

— Oui, je serais là et ton blouson aussi.

Il rit, ce son me file des frissons. Je n'ai aucune envie de raccrocher, entendre sa voix me rassure. Je m'allonge et ferme les yeux en essayant de l'imaginer.

— Je vais devoir te laisser.

— Alex ?

— Oui ?

— Merci d'être venu à l'expo, même si tu t'y es retrouvé par hasard. Tu aurais pu faire demi-tour, mais tu ne l'as pas fait.

— Je suis rentré uniquement pour te voir... Bonne nuit Aliona.

— Bonne nuit, Alex.

Il coupe la communication le premier. Cet échange est des plus étranges, et m'embrouille encore un peu plus. Je coupe la lumière et ferme les yeux, épuisée et apaisée aussi.

Nerveuse, voilà l'état dans lequel je suis. Pas simplement parce que j'attends Alex, mais aussi parce que je n'ai pas de nouvelle de Lenny. Aucune, rien, le néant total, même pas une réponse à mon message de ce matin et il est seize heures trente. Je soupire et m'assois sur le banc en scrutant les alentours. Des enfants courent dans les allées, malgré la fraîcheur, le soleil incite les familles à sortir et à profiter de l'hiver. Je souris lorsqu'une petite avec des couettes fait la course avec son papa, puis je suis sortie de ma contemplation par cette voix chaude derrière moi.

— Salut.

Je tourne la tête et découvre Alex, un bonnet enfoncé sur la tête. Je le salue à mon tour. Il contourne le banc et reste debout devant moi. Je lui tends son blouson qu'il enfile par-dessus son sweat.

— On marche un peu ? demande-t-il.

Je quitte mon assise et nous marchons dans les allées du parc. Nous ne parlons pas et ce silence n'est pas gênant. Il sort un paquet de cigarettes et en allume une. La fumée s'échappe d'entre ses lèvres et je ne peux m'empêcher de le détailler. Une barbe de quelques jours mange ses joues, son piercing accroché à son arcade fait ressortir de petites pointes de chaque côté.

— Je voulais m'excuser, pour hier soir.

— T'excuser ? m'étonné-je.

— Oui, je n'étais pas moi-même.

Il remonte son bonnet et se gratte le dessus du front nerveusement.

— Et là, tu es toi-même ?

— Oui, je sors du taf, j'évite d'y être défoncer.

Puis de nouveau le silence se fait et nous arrivons à la sortie du parc, Alex s'arrête puis pivote vers moi.

— Aliona, je...

Il cherche ses mots, j'ai peur que ceux-ci me blessent. Il jette un œil par-dessus mon épaule avant de plonger son regard dans le mien. Il est intense et hésitant en même temps.

— Je ne pensais pas ce que je t'ai dit. Je n'ai aucune envie de ne pas te voir, au contraire.

— Je ne vois pas où est le problème, on peut partager quelques moments ensemble.

— Et ton mec ? Il va en penser quoi ?

— J'ai le droit d'avoir de nouveaux amis, me renfrogné-je.

Il sourit en secouant la tête.

— Sauf que moi, je ne te veux pas comme simple amie. Je te l'ai fait plus ou moins comprendre hier soir. Je n'étais peut-être pas dans mon état normal, mais je sais ce que je t'ai dit.

Mon cœur loupe un battement, si j'avais des doutes sur ses réelles intentions, là je n'en ai plus. Cette attraction entre nous n'était donc pas le fruit de mon imagination.

— Alex...

— Je ne te demande pas de me répondre, je voulais que tu le saches, c'est tout. Te prévenir que si on passe du temps ensemble, un jour ou l'autre je ne pourrai pas me retenir. Je ne suis pas un connard, tu as ton mec et je ne suis pas un briseur de couple non plus. Mais rien que là, crois-moi, si tu étais célibataire, il y a bien longtemps que je t'aurais embrassé sans aucun remords.

Choquée ? Non ce n'est pas le premier sentiment qui me vient à l'esprit, déboussolée serait plus juste. Mon corps se réchauffe instantanément, et des choses étranges se passent au creux de mon ventre. C'est agréable, je tente de trouver les mots, mais rien ne vient, simplement parce que je ne sais quoi répondre à ça. Jamais, un homme ne m'a fait une telle déclaration si je peux nommer ça ainsi.

— Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, reprend-il.

— Je ne le suis pas, mens-je.

— Tu en es certaine ? me taquine Alex.

— Non, j'avoue. Je ne sais quoi te dire.

— Alors, ne dis rien.

Il m'invite à faire demi-tour pour retrouver l'autre côté du parc. Alex me questionne sur l'exposition comme si la discussion que nous venons d'avoir n'avait jamais existé, ce qui a le don de faire disparaître mon malaise. Il s'intéresse à ce que je fais et cela me réjouit de voir qu'il ne fait pas semblant de m'écouter. Ses interrogations sont réelles et pertinentes, puis nous arrivons bien trop vite à mon goût à notre point d'arrivée.

Je tripote mes doigts au travers de mes gants en laine. Je ne sais pas comment lui dire au revoir ni même si on se reverra. Et l'idée de ne pas passer à nouveau quelques minutes avec lui m'angoisse un peu.

— Merci pour cette balade, dis-je sans le regarder.

— Tout le plaisir était pour moi.

Alex s'approche de moi et d'un geste doux dépose un baiser sur ma joue. Aussitôt ma peau se couvre d'un frisson. Puis il s'écarte et le froid extérieur reprend ses droits sur mon corps.

— Je te laisse le choix de garder contact avec moi ou non. Maintenant, tu connais mes intentions envers toi.

Je hoche la tête de haut en bas, alors qu'il s'éloigne en me faisant un clin d'œil. Je suis perdue, je ne sais plus où j'en suis. Mon téléphone sonne, je le sors de ma poche, c'est Lenny. Je reste à fixer l'écran sans répondre, je ne me sens pas capable d'être joviale en entendant sa voix. Je préfère l'ignorer et reprendre mes esprits sur le chemin du retour.

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