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CHAPITRE 22

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Minho avait dit à Jisung qu'il devait un milliard de wons à Suho, jamais qu'il ne s'agissait en réalité du quadruple. Même en remportant chaque course, avec ses trois millions de wons de gain à la première place, plus les bénéfices des paris, il lui faudrait des années pour rembourser une telle dette.
En plus, quatre milliards de wons, c'était une somme colossale pour un simple accident de voiture.
Mais bon sang, qu'est-ce que Minho avait fait pour devoir autant d'argent à un homme comme Suho ?
Jisung le regarda sortir de sa voiture, un sourire aux lèvres, fier d'avoir remporté la course. Une fois de plus, l'écart avait été mince avec Hyunjin, mais il avait fini par l'emporter.
Minho balaya du regard la foule de spectateurs qui s'étaient agglutinés autour de la Mustang. Il était à la recherche de son copilote. Normalement, Jisung aurait dû rouler à ses côtés, mais son patron le lui avait interdit pour une raison qu'il ignorait toujours.
Suho l'interrompit avant même qu'il n'ait le temps de le trouver. Il le félicita pour sa victoire et lui expliqua qu'un des sponsors voulait le rencontrer.
Jisung observa l'échange entre le patron et son pilote, la mâchoire crispée. Il y avait quelque chose de profondément malsain dans leur relation. Et même si, un jour, Minho finissait par lui avouer la véritable raison de sa dette colossale, cela n'excuserait en rien le chantage abject que Suho exerçait sur lui.
Suho était un homme ignoble, et Minho devait absolument se libérer de l'emprise qu'il exerçait sur lui.
Jisung tourna les talons et s'éloigna de la foule, de tous ces gens qui se pressaient pour féliciter le gagnant pour sa victoire.
Au fond, après la nuit qu'ils avaient passé ensemble, il ne pouvait s'empêcher d'être déçu. Il avait voulu croire que Minho avait été sincère avec lui, mais il avait été stupide de s'y accrocher.
Minho le vit s'éloigner, la tête baissée. Il fronça les sourcils, car il s'était attendu à ce qu'il vienne le féliciter. Il comprit alors que quelque chose n'allait pas. Tout à coup, le monde autour de lui devint oppressant. Suho parlait à côté, mais il n'entendait plus rien.
Il s'excusa poliment auprès des personnes qui s'approchaient pour lui parler. Il tenta tant bien que mal de se frayer un chemin à travers la foule. Il s'excusait encore, bousculait parfois ceux qui refusaient de bouger, alors que lui, tout ce qu'il voulait, c'était de rattraper Jisung.
Il le rattrapa près de l'entrepôt, là où les voitures étaient normalement alignées avant le départ. Les lieux étaient déserts, car tout le monde s'était rassemblé près de la ligne d'arrivée. Peut-être qu'il avait déserté les lieux, mais Han Hyunjin, lui, méritait encore d'être félicité pour sa deuxième place, à seulement quelques millièmes de seconde.
« Jisung ! »
Jisung se retourna vers lui qui venait de l'interpeller. Son prénom résonna contre les murs de l'entrepôt. Au loin, on entendait encore le bruit de la musique et des conversations, en plus de l'eau qui coulait aux abords des quais.
« Où est-ce que tu vas ? » Minho s'arrêta à quelques pas de lui, visiblement inquiet de le voir déjà partir.
Jisung se tenait droit, l'expression impassible. Mais son regard était assez expressif pour que Minho comprenne que quelque chose le tracassait.
Que s'était-il passé pendant qu'il était en train de disputer cette course ?
« Je rentre chez moi. » Son ton était froid. Minho fronça les sourcils.
« Tu ne veux pas venir chez moi ? On peut regarder un fi... »
Jisung l'interrompit brusquement : « Suho m'a parlé. »
Le cœur de Minho manqua un battement en entendant ça. Il resta figé, incapable de réagir. Son estomac se noua et il dut plaquer ses mains contre ses cuisses pour ne pas montrer sa nervosité.
« Co... comment ça ? »
Il n'était pas prêt. Minho n'était pas prêt à avouer tout et Jisung n'était pas prêt à l'entendre.
Non, ce n'était pas le moment.
« Tu lui dois 4 milliards de wons, Minho. Pas un milliard. Est-ce qu'il m'a menti ? »
Minho prit une grande inspiration tremblante. Il grimaça, se sentant inconfortable dans cette situation. Il secoua la tête.
Il détestait qu'on le pousse à avouer une vérité qu'il aurait préféré taire encore un peu pour se protéger lui, mais aussi pour protéger Jisung.
« Dis-moi pourquoi tu lui dois 4 milliards de wons. Et ne me dis pas à cause d'un accident, ne me prends pas pour un idiot pour une seconde fois. »
Minho voulut rétorquer qu'il ne le prenait pas pour un idiot, mais il savait qu'à cet instant, Jisung ne ressentait que de la haine et de la déception envers lui.
« Je ne peux pas, Jisung. » Il baissa la tête. Il déglutit difficilement à cause du nœud qui s'était formé au fond de sa gorge.
Jisung soupira lourdement. Il leva son visage vers le ciel et papillonna des paupières.
« Je suis fatigué de ce va-et-vient constant entre nous. Soit tout va bien, soit tu me repousses, et je dois encore courir après toi. »
Minho secoua la tête. Il voulait parler, mais les mots restaient bloqués dans sa gorge. Il n'avait jamais su trouver les mots justes pour retenir les gens.
« Alors, c'est la dernière fois que je te le demande, Minho. » Reprit Jisung. « Soit tu me dis toute la vérité, soit j'arrête d'être ton copilote. Et je ne mets plus les pieds à tes courses. »
Minho prit une grande inspiration une nouvelle fois. Une sentait un poids écraser sa poitrine.
Jisung attendit. Longtemps. Puis, comprenant qu'il n'allait pas prendre la parole pour, enfin, lui avouer pourquoi il devait 4 milliards de wons à Suho, il dut se faire une raison. Il sentit son cœur se briser dans sa poitrine, mais il préféra ignorer la douleur.
Il dépassa Minho qui avait toujours gardé sa tête baissée. Leur épaule s'effleura alors qu'il se dirigeait déjà vers la sortie.
« Ma mère est décédée du cancer du sein, il y a un an de cela. »
Jisung s'arrêta brusquement dans ses pas en entendant les paroles de Minho derrière lui.
« C'était une forme agressive du cancer et puis il s'est généralisé. »
Sa voix se brisa et immédiatement, Jisung se retourna vers lui. Il vit Minho se diriger vers un des murs de l'entrepôt pour s'appuyer dessus. Lentement, il glissa son dos contre la surface pour s'asseoir au sol. Il amena ses genoux à sa poitrine.
« Je suis désolé... Je... » Sa voix se brisa une seconde fois et Jisung intervint : « Hé... »
Il s'avança vers lui et s'agenouilla devant lui. Cette image de Minho l'anéantit : il semblait si vulnérable. Il posa ses mains sur ses genoux pour tenter de le rassurer.
« La première fois que les médecins lui ont diagnostiqué un cancer du sein, ce n'était pas encore si grave... »
Jisung s'assit à côté de lui, sans dire un mot, attentif, concentré sur chaque aveu. Minho fixait ses doigts et semblait perdu dans ses pensées.
« Elle a eu une ablation du sein droit. La tumeur avait été retirée avec succès et elle n'avait pas de métastases. À ce moment-là, je venais de commencer l'université. Mon père s'était barré à ma naissance et l'avait laissée seule avec un enfant, mais elle était toujours parvenue à subvenir à nos besoins. Sauf que les frais d'hôpital sont assez élevés, surtout pour une femme seule avec un enfant et qui avait dû avoir un arrêt du travail pendant des mois pour se remettre de l'opération. J'ai commencé à travailler dans un petit café pour l'aider financièrement. »
Jisung imaginait un Minho pas si différent de celui qui se trouvait à ses côtés, derrière un bar à servir des cafés après une longue journée de cours. C'était parfois pénible de devoir jongler entre les cours, les devoirs et le travail étudiant.
« Deux ans plus tard, elle a rechuté. Cette fois, le cancer était bien plus agressif. Elle a subi de nombreuses opérations, mais au final, des métastases se sont formées. Elle s'est battue de toutes ses forces, mais elle n'a pas survécu. »
Minho prit une grande inspiration, mais une larme s'échappa et roula le long de sa joue. Jisung tourna son visage vers lui et posa sa joue contre son genou pour l'observer. Entendre tout ça et le voir ainsi lui faisait mal au cœur.
« J'ai eu seulement droit à quelques mois de deuil avant que les premières factures de l'hôpital tombent. »
C'était cruel, mais c'était ainsi que la société fonctionnait. Perdre un proche ne vous exonérait pas des factures — même quand on est le fils de la défunte, encore étudiant, et sans revenus.
« Très vite, l'argent gagné au café ne me permettait pas de tout rembourser. En plus, j'avais un nouveau logement à payer et le loyer était exorbitant. » Minho secoua la tête, comme s'il se souvenait subitement de la misère dans laquelle il avait vécu pendant des semaines. « J'ai arrêté l'université, car je ne pouvais pas payer mon année. J'ai quitté mon logement parce que mes revenus n'étaient plus suffisants. »
Jisung continua de l'observer. Il avait l'impression d'avoir en face de lui quelqu'un d'autre. Quelqu'un qu'il avait toujours espéré voir, même si cela lui brisait le cœur.
Lee Minho n'était pas seulement ce jeune pilote talentueux : c'était un garçon brisé par la vie, qui avait perdu sa mère bien trop tôt et à qui on ne lui avait jamais laissé le droit de faire son deuil comme il l'aurait fallu.
« C'est là que j'ai découvert les courses illégales, que j'ai connu Chan et Changbin. Dès ma première compétition disputée, on a proposé à Suho de me soutenir. Il cherchait un jeune talent qui allait lui faire ramener un paquet de sponsors et de paris. »
C'était le début de la descente en enfer. Jisung le savait, il n'avait pas besoin de le dire explicitement.
« Après l'accident avec sa voiture, Suho a découvert toutes mes dettes. Il m'a proposé de les racheter, et en échange, tout l'argent que je gagne à chaque course lui est directement reversé. Je ne touche qu'une petite part, juste de quoi payer mon loyer et me nourrir. »
« Et tu as accepté, car tu pensais que ça allait te faire sortir de cet enfer perpétuel depuis la mort de ta mère ? » Jisung termina pour lui.
Minho tourna enfin son visage vers lui. Ses yeux étaient rouges, car il retenait ses larmes. Il se força à sourire, mais même ça, il ne parvenait pas à le faire.
« Je sais que c'était idiot de penser que Suho voulait m'aider. Il est aveuglé par l'argent, mais... au moins, je n'ai plus ces lettres de la clinique qui me répétaient sans cesse les sommes que je leur devais. Et je peux courir. C'est le seul moment où je me sens revivre depuis... » Il hésita, mais le regard que Jisung lui donnait l'encourage à continuer : « ... depuis qu'elle m'a quitté. »
Jisung releva sa main et le posa délicatement contre sa joue. Minho se sentit fondre contre ce contact.
« Merci. » Dit-il simplement, incapable, lui aussi, de trouver les mots justes. Il ne savait même pas s'il en existait.
Minho le scruta longuement, pendant de longues secondes. Le temps semblait suspendu. Ils n'entendaient plus rien de ce qui se passait autour d'eux, jusqu'à en oublier où ils se trouvaient.
Jisung avait ce don rare : celui de faire oublier les blessures qu'on croyait impossible à apaiser.
« Elle t'aurait adoré. »
Et ce simple aveu brisa complètement Minho. À peine les mots franchis, il craqua. Il éclata en sanglots. Toutes ses barrières s'effondrèrent et Jisung ne perdit pas une seconde pour le serrer contre lui. Il dut se faire violence pour ne pas pleurer lui aussi.
« Elle était si jeune... Elle n'aurait jamais dû partir aussi vite. Je n'ai pas pu vivre tous les moments que j'aurais voulu partager avec elle, et penser à ça, chaque jour, ça me brise un peu plus. »
Jisung serra encore plus ses bras autour de lui. Minho vint se blottir contre son torse. Il laissa libre cours à ses larmes.
Jamais, depuis la mort de sa mère, il n'avait pleuré. À ce moment précis, il laissa libre cours à des sentiments qu'il avait enfuis au plus profond de lui.
En vrai, ce chapitre est trop triste 😔 Minho me fait mal au coeur #ouicmoil'auteure
Petit chapitre mais double updates 🫰🏼 J'espère que ça vous aura fait plaisir 🥰
À mardi prochain 🧡
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