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CHAPITRE 2

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« Je pense que Hyunjin me cache quelque chose. »

Seungmin leva son regard de son manuel pour dévisager son meilleur ami. Jisung fixait un point au sol de la classe depuis quelques minutes maintenant. Il était dans ses pensées et ne prêtait pas tellement attention à ce qu'il se passait autour de lui.

« Comment ça ? » Il haussa un sourcil.

Le garçon ne comprenait vraiment pas ce que son ami était en train de marmonner. Il faisait souvent ça : penser à voix haute et lui, il devait essayer de comprendre.

Jisung papillonna des yeux pour planter son regard dans le sien.

« Ça fait deux semaines qu'il ne dort pas à la maison le jeudi et le mardi soir. Et il ne prévient ni moi ni les parents. »

Seungmin haussa les épaules. Il ne comprenait pas trop en quoi c'était grave. Hyunjin était majeur. Il avait 24 ans et logiquement, il ne devait pas rester chez ses parents pour pouvoir goûter à cette liberté. Toutefois, il restait à la maison familiale, car il n'avait pas trouvé de travail et parce qu'il était très proche de sa famille. Mais Jisung avait cette fâcheuse tendance à beaucoup s'inquiéter pour son frère cadet.

« Comment tu sais qu'il déloge ? »

Jisung haussa les épaules, comme si la question était stupide en elle-même : « Je l'entends partir de sa chambre en escaladant le balcon en plein milieu de la nuit. Puis, je vais dans sa chambre pour constater qu'il est bien parti. Il revient seulement tôt le matin même et nous fait croire qu'il a dormi à la maison toute la nuit. Il ne sait pas mentir, en plus. Il a ce tic nerveux de passer sa main dans ses cheveux. »

Les deux frères étaient très fusionnels, ce qui surprenait souvent lorsqu'on apprenait à les connaître. Pourtant, Seungmin était le meilleur ami de Jisung depuis leurs dix ans. Il avait été témoin l'évolution de la relation entre les deux et maintenant, rien ne l'étonnait. Il aurait aimé avoir une telle complicité avec sa propre sœur. Ils étaient proches, mais pas autant que l'étaient les membres de la famille Han.

« Il fait peut-être partie d'un groupe de la mafia. » Lança-t-il sur le ton de la plaisanterie, mais le regard meurtrier que Jisung lui adressa lui fit comprendre qu'il ne trouvait pas ça drôle.

Ils se trouvaient dans l'une des salles de cours, ouvertes aux élèves qui souhaitent réviser tout en discutant. Les deux détestaient la bibliothèque, car ils devaient rester silencieux. Bavards de nature, ils préféraient ces salles pour étudier. Pourtant, depuis qu'il avait mis un pied dans la pièce, une heure plutôt, Jisung n'avait toujours pas ouvert ses manuels. Il semblait perdu dans ses pensées, la tête constamment dans les nuages.

« Ou alors... » Seungmin posa son stylo sur ses feuilles et dit : « Il sort tous les soirs en espérant pouvoir apercevoir dans le ciel les petits bonhommes verts qui peuplent notre galaxie. »

Les traits de son meilleur ami se transformèrent, laissant apparaître une expression blasée. Tout dans son attitude trahissait une exaspération face au comportement de Seungmin.

« Je ne sais pas si tu préfères mourir noyé ou étranglé ? » Demanda Jisung d'un ton sérieux.

Seungmin fit la moue : « Étranglé. Apparemment, la noyade est la pire des morts. »

Il écarquilla les yeux lorsque son vis-à-vis attrapa son crayon pour le lui lancer dans sa direction. Par chance, il l'évita à temps, mais il retomba sur l'épaule du garçon qui se trouvait derrière lui. Ce dernier se retourna et les fusilla du regard. Seungmin et Jisung s'excusèrent immédiatement et à plusieurs reprises.

« Sérieusement, Seung'... » Fit Jisung d'un ton plus calme. « Je m'inquiète pour lui... Il me dit tout. Je ne comprends pas ce qu'il lui prend. »

« Peut-être qu'il voit quelqu'un en secret ? »

Jisung avait déjà pensé à cette hypothèque, qui était la plus plausible (en tout cas plus plausible que celle des bonhommes verts de son meilleur ami). Mais même ça, il doutait.

« Il me l'aurait dit, non ? » Seungmin entendit dans sa voix qu'il était blessé à l'idée que son frère puisse lui cacher cela.

Après tout, Hyunjin avait été là lors de sa rupture avec Minseok. Pourquoi lui cachetterait-il sa relation ? Il pensait qu'ils avaient dépassé cette gêne habituelle entre frère et sœur lorsqu'il s'agissait de parler de relations amoureuses.

« Écoute, Ji'... » Seungmin plongea son regard dans le sien, son expression devenant soudainement grave, et adopta un ton sérieux. « Le mieux, c'est que tu en discutes avec lui. Ça ne sert à rien de chercher vingt mille hypothèses. »

« Mh... » Jisung retomba lourdement au fond de sa chaise et croisa ses bras sur sa poitrine. « Tu as raison. »

« Comme d'habitude. »

Il leva exagérément ses yeux au ciel face au comportement humble de son meilleur ami.

« Étudie ou tu vas encore obtenir un échec au prochain QCM. » D'un léger mouvement de la tête, il lui fit signe de reprendre sa lecture.

Seungmin grimaça : « Toujours là pour casser l'ambiance, hein. »

Il se replongea dans ses révisons. Jisung, de son côté, tourna son visage vers la fenêtre qui donnait une vue sur l'enceinte de l'université. Le temps était magnifique pour un début de printemps. L'hiver était enfin fini et les températures augmentaient progressivement. Des centaines d'élèves marchaient, bavardaient ou fumaient en attendant leur prochain cours.

Il se perdit à nouveau dans ses pensées.

✶⋆.˚

Jisung n'avait pas suivi les conseils de son meilleur ami, aussi avisés soient-ils.

Jeudi soir, après qu'il se soit endormi, comme à son habitude, devant le film qu'il regardait avec Hyunjin, il avait rejoint difficilement sa chambre en souhaitant bonne nuit à son grand frère. Mais, au lieu de se coucher, il but une canette de boisson énergisante qu'il avait cachée en douce dans sa table de nuit. Il enfila des vêtements de ville, remplaçant son pyjama, puis se glissa sous sa couverture, attendant patiemment.

Comme chaque soir à la même heure, il entendit la planche de son balcon grincer sous le poids de quelqu'un. Puis, un bruit sourd résonna, celui de quelqu'un atterrissant dans l'herbe, juste en face de leur maison. Il se leva alors à toute vitesse, son cœur battant plus vite. Il sentait l'adrénaline pulser dans ses veines car enfin, il allait découvrir ce que son frère lui cachait.

Il ne perdit pas une seconde et ouvrit à la hâte sa fenêtre. D'un coup d'œil furtif dans la rue, il vérifia que Hyunjin n'était plus là, prêt à sauter de son balcon à son tour. Il avait observé la façade de la maison quelques jours plus tôt, tentant de comprendre comment son frère parvenait à sauter de si haut sans se faire mal. En réalité, il devait certainement se servir de l'énorme arbre qui se dressait près de leurs balcons respectifs.

Jisung prit son courage à deux mains et se mit à descendre prudemment. Par chance, il ne tomba pas et atterrit sans grande difficulté dans l'herbe.

Quand Hyunjin était parti préparer le pop-corn, Jisung avait pris son téléphone qui traînait sur la table de chevet pour partager sa géolocalisation. Ainsi, il pouvait le suivre sans le perdre de vue.

Il marcha derrière lui pendant de longues minutes, traversant des rues de Séoul qu'il n'avait jamais empruntées auparavant. Jisung ne comprenait pas où Hyunjin se dirigeait, car ce n'était pas vers un lieu familier, comme un bar où il retrouvait ses amis ou une boîte de nuit animée. Il était tard dans la nuit, mais les rues qu'ils parcouraient étaient étonnamment désertes.

Au bout d'une vingtaine de minutes de marche, Jisung perçut une faible musique venir au loin, signe qu'il approchait de l'endroit où Hyunjin se rendait. Sauf qu'il n'eut pas la chance d'arriver jusque là. Un groupe de garçons intercepta son frère en chemin. Instinctivement, Jisung se plaqua contre un mur pour éviter d'être remarqué. De là, il observa l'échange amical entre Hyunjin et deux garçons qu'il ne connaissait pas. Quelques instants plus tard, les trois disparurent dans une rue adjacente.

Jisung accéléra le pas, car il craignait de perdre son frère de vue. Et ce fut le cas lorsqu'il tourna dans la même rue où les trois avaient disparu. Un nombre assez conséquent de personnes se dirigeait vers le bout de la rue où de grandes pancartes étaient installées. Les gens étaient habillés de manière décontractée. Les filles portaient soit des mini-jupes, assez courtes, soit des vêtements larges. Elles avaient toutes un style street wear. Leurs rires résonnaient dans l'air frais de la nuit. Les garçons étaient habillés dans le même style. Tous discutaient avec entrain avec leurs amis ou certains fumaient devant l'entrée. Jisung ne comprenait pas où ces gens se rendaient. Il avait l'impression d'être un intrus. Ces gens, dont son propre frère, savaient exactement où ils se rendaient.

Près des pancartes, deux vigiles imposants se tenaient là, observant attentivement la foule qui s'approchait. Ils portaient des casquettes sombres, des vestes noires et des écouteurs discrets, affichant une attitude sévère et professionnelle. Ils scrutaient chaque personne qui s'approchait, ne laissant rien passer. Les invités, visiblement habitués à ce genre de contrôle, s'avançaient en file indienne pour montrer, semblerait-il, une invitation sur leurs téléphones portables. À chaque invitation validée, un petit mouvement de tête des vigiles leur permettait de passer.

Jisung serra les poings, frustré. Il n'avait aucune idée de la façon dont il pourrait infiltrer ce groupe sans être repéré. Les vigiles étaient trop vigilants, et l'entrée semblait verrouillée. Il continuait à scruter, espérant apercevoir un indice qui pourrait l'aider à comprendre ce qui se déroulait à l'intérieur.

Ses sourcils se froncèrent en entendant le vrombissement d'une voiture se distinguer du brouhaha de la foule et du rythme de la musique.

En plus, son frère était introuvable.

Jisung grogna de frustration, car il se disait qu'il n'avait pas fait tout ce chemin pour rien. Il se demanda s'il ne ferait pas mieux de rebrousser chemin, mais l'envie de découvrir ce que son frère faisait ici était trop forte. Il se mit à chercher une solution tout en regardant autour de lui. Passer les vigiles n'était pas une option : il n'avait pas l'invitation nécessaire et ne comprenait toujours pas où tout cela menait. Il se mit alors à marcher pour découvrir d'où la musique venait. En explorant, il réalisa qu'il se trouvait dans un quartier non résidentiel, composé presque uniquement d'anciennes industries abandonnées, au bord du fleuve Han. En longeant les quais, il trouva enfin une entrée. Pour y accéder, il lui suffirait de longer le bord du quai, en prenant soin de ne pas tomber dans l'eau. S'il réussissait, il atteindrait enfin le lieu de la fête.

Et c'est exactement ce qu'il fit, le cœur battant. Il manqua de tomber deux fois. La première, lorsque la semelle de sa chaussure glissa sur la berge humide, une fine pellicule de mousse recouvrant la surface du quai, le forçant à se rattraper d'un geste précipité. La seconde, lorsqu'il perdit légèrement l'équilibre en s'appuyant trop sur un côté, ses pieds glissant sur le sol humide. Quand il parvint enfin à franchir l'autre côté de l'entrepôt abandonné, un bâtiment en ruine, recouvert de graffitis et de végétation envahissante, il se retrouva face à un groupe de jeunes qui fumaient sur le trottoir. Tous le fixèrent un instant, surpris par sa présence, mais Jisung les ignora d'un regard détaché, et ils firent de même, sans chercher à comprendre comment il avait pu atterrir là.

Son idée semblait parfaite, puisqu'il se trouvait exactement à l'endroit où se déroulait la soirée, ou du moins, c'est ce qu'il avait imaginé. Mais en jetant un coup d'œil autour de lui, il repéra rapidement une rangée impressionnante de voitures de sport, leurs carrosseries luisant sous les réverbères, garées en éventail devant un hangar abandonné. La rue était envahie par une foule bruyante et animée, des groupes de personnes discutaient, riaient, certains avec des bouteilles à la main. D'autres discutaient en examinant les voitures dont plusieurs avaient le capot ouvert. Le bruit des moteurs et des conversations lui parvint aux oreilles. Il comprit rapidement de quoi il s'agissait.

Il venait de mettre les pieds au cœur d'une rencontre de courses illégales.


Précision petite mais nécessaire : cette histoire est cliché, remplie seulement que de ça, qui dégouline que de clichés. La relation est clichée. Le contexte est cliché. La fin transpire le cliché 🙂

Donc c'est assumé et voulu 🫶🏼

Le début est également lent : ça s'appelle la mise en contexte 🥰🥰

Les choses deviennent intéressantes à partir du chapitre suivant (ceux qui ont lu l'OS savent 👀)

À vendredi mes perles 🫶🏼

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