interception

Dimitri

Objectif : toujours se méfier de l’ennemi, surtout s’il a un coup d’avance..


Je ne comprends toujours pas ce qu’il s’est passé hier soir avec la princesse. Seule, devant la porte de sa chambre, il s’en est fallu de peu pour que je fasse demi-tour et l’embrasse. Lui proposer ma veste était la pire des idées. La sentir si près de moi dans les jardins, croiser son regard intense et faire abstraction de ses tétons qui pointaient à cause du froid, tout ceci formait un mélange explosif qui a réveillé ma libido. Mille et une manières de venir la réchauffer me sont venues dans la tête. Alors, quand elle a commencé à vouloir déboutonner la veste pour me la rendre, j’ai préféré m’en aller. Vite. Ce matin, j’ai réussi à repousser la vision de ses jambes nues loin, très loin de mon cerveau pour me concentrer sur la journée à venir. Je remonte le couloir menant à sa chambre quand j’aperçois un membre de la sécurité personnelle du Régent, reconnaissable à leur costume gris et leur écusson vert et doré, le rouge étant réservé à la royauté. Je fronce les sourcils, le Régent ne devait revenir que dans l’après-midi. Quand il me remarque, l’homme m’adresse un signe de main qui me hérisse le poil. Pour qui se prend-il ? Mon supérieur ? Je me raidis et me plante devant lui en gonflant la poitrine. Absolument pas intimidé, il me dit d’un ton nonchalant :
— Le Régent vous fait demander.
Je jette un œil dans le couloir, hésitant sur la conduite à tenir. Je suis certes chargé de la protection de la Princesse, mais pour l’instant le Régent reste le dirigeant du pays. Ne pas lui obéir alors que Sylviana n’a pas encore été intronisée serait une offense qui pourrait me valoir d’être licencié.
— Il m’a ordonné de vous escorter, insiste le type.
— Très bien, je vous suis, capitulé-je.
Sur le chemin menant au bureau de Régent, j’en profite pour envoyer un SMS à mon père et lui demander d’envoyer quelqu’un pour s’occuper de la princesse. Sa réponse ne se fait pas attendre :
Ok.
L’homme en gris s’arrête devant une lourde porte, identique à celle de la chambre de Sylviana et frappe deux coups.
— Entrez, ordonne la voix du Régent.
L’homme qui m’accompagne pousse le battant pour me laisser entrer et referme derrière moi. Face à moi, le Régent, vêtu de son costume dans les tons de vert forêt et un lourd collier autour du cou, me fixe avec un sourire en coin.
— Bonjour agent Marlof.
Je m’incline comme le veut la tradition et me redresse, attendant qu’il lance les hostilités. Je ne suis pas dupe, s’il m’a fait venir ici ce n’est pas pour prendre de mes nouvelles. Il s’installe à son bureau où son petit déjeuner semble lui avoir été servi. Il se sert une cuillère de marmelade qu’il étale sur un toast de manière consciencieuse.
— Il paraît que vous vous êtes absentés quelques jours, rien de grave j’espère.
Sa voix mielleuse ne me trompe pas et je réponds d’une manière égale :
— J’avais simplement une course à faire.
Il repose la cuillère dans le pot et son regard se fait perçant tandis qu’il me fixe.
— En France à ce qu’il paraît.
Ok. Il sait. En même temps, je ne devrais pas être étonné, nous avons nos espions, il a les siens. C’est le jeu.
— C’est un pays très agréable, rétorqué-je sans détourner les yeux.
— Et vous n’êtes pas revenu les mains vides. J’ai entendu dire qu’une jeune femme vous accompagnait. Je serais plus qu’enchanté de faire sa connaissance, après tout, elle doit être vraiment spéciale pour que vous l’installiez dans l’ancienne chambre de la déserteuse.
— De la Princesse Alessandra, vous voulez dire.
La tension entre nous est palpable. SI je suis un fervent défenseur de la Monarchie, il n’en est pas de même du Régent. Pour lui, il n’y a qu’un seul dirigeant de Molvïk : lui. Je mentirais si je disais que c’est un tyran ou un dictateur, mais je suis persuadé qu’il fait passer ses intérêts personnels avant ceux du pays et il ne m’inspire aucune confiance. Il se lève et avance vers moi. Malgré son âge avancé, il semble toujours aussi coriace que lorsqu’il a pris la gestion du pays.
— Je ne sais pas ce que vous manigancez Marlof, mais ça ne marchera pas. Je m’occupe de Molvïk depuis bien avant votre naissance, alors ce n’est pas une petite arriviste sortie d’on ne sait où qui va m’éjecter. Prenez garde Marlof, va bientôt venir pour vous le moment de choisir votre camp et vous ne voudriez pas m’avoir comme ennemi.
Je soutiens son regard implacable. Il ne me fait pas peur et mon camp est tout trouvé, c’est celui que défend ma famille depuis toujours, celui de la royauté.
— Vous pouvez disposer Marlof.
Je me penche en avant une nouvelle fois avant de quitter le bureau. Cette entrevue n’avait aucun sens. Il ne m’a rien demandé, seulement à moitié menacé, mais je ne comprends pas quel était son objectif. Je bifurque pour retrouver le couloir menant à la chambre de Sylviana, lorsqu’un mauvais pressentiment me prend aux tripes. J’accélère le pas et arrive presqu’en courant devant sa porte. Je frappe plusieurs coups, mais personne ne répond. J’hésite avant de pousser la porte qui n’est pas fermée à clé.
— Bordel ! M’exclamé-je en constatant que la chambre est vide.
J’attrape mon portable et compose le numéro de mon père.
— Elle est où ? Demandé-je sans préambule.
— Elle s’est faite interceptée.
— Putain, fais chier !
— Ton grand-père est avec elle, espérons qu’il arrive à agir.
— Mais comment c’est possible ? Il ne devait rentrer que cet après-midi.
— On pense qu’il a été averti par un de ses sbires et qu’il a pris un avion incognito dans la nuit.
Je frappe du poing contre le mur, tout ça pour ça. Face à une Sylviana qui ne rêve que de rentrer chez elle, le Régent n’aura aucun mal à lui faire signer une renonciation au trône. Le connaissant, il a même du s’arranger pour faire établir les papiers pendant la nuit. Dans moins d’une heure, je devrais la conduire à l’aéroport et dire adieu à mon rêve de voir de nouveau la famille Romanovka régner sur Molvïk.
— Fais confiance à ton grand-père, fiston, maintenant que tu l’as ramenée, il ne va pas la laisser s’échapper comme ça.
— Ce n’est pas en grand-père que je n’ai pas confiance, avoué-je.
Non, c’est dans le Régent et ses magouilles politiques. Magouilles auxquelles Sylviana est totalement étrangère et dont elle risque de faire les frais.

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