#endeuil

Sylviana

Journée de merde, temps de merde, vie de merde. En guise de photo, la sculpture laissée par ma mamita avec un chrysanthème et une bougie allumée.

La migraine fait rage sous mon crâne, les conséquences de ces derniers jours à ne faire que pleurer. Heureusement, dans mon malheur, je peux compter sur Liliane. Meilleure amie de ma grand-mère malgré leur différence d'âge, elle s'est occupée de tout gérer. C'est dans sa maison qu'a eu lieu le repas post funérailles. J'ai réussi à faire bonne figure, mais là je n'y arrive plus. J'ai préféré m'isoler dans l'une des chambres d'amis plutôt que d'entendre encore quelqu'un me dire à quel point ma Mamita était une personne formidable. Tous des hypocrites. A part Liliane, personne n'est venu la voir à l'EHPAD des marguerites. Oh, ils ont tous de bonnes excuses hein, mais c'est plus fort que moi, j'ai besoin de projeter ma colère sur quelqu'un.

- Poucinette ? Tu peux sortir de ta cachette, ils sont tous partis.

Liliane pénètre dans la pièce et me rejoins sur le lit. Elle passe un bras autour de mes épaules et me serre contre elle. Ce geste maternelle me fait du bien. Liliane a été ma nounou pendant les premières années de ma vie. Puis, elle est devenue la femme à tout faire de la maison jusqu'à devenir la meilleure amie de ma grand-mère. D'aussi loin que je me souvienne, il n'y a jamais eu de lien employée-employeur entre elles, juste un profond respect et une profonde amitié.

- Allez viens, allons comater devant une série TV. Je vais te préparer un petit plateau, ça te fera du bien.

- Oh, tu sais je n'ai pas très faim, rétorqué-je.

- Tu n'as absolument rien mangé depuis ta tartine de 7h30 et il n'est pas loin de 21H, alors jeune fille, tu vas me faire le plaisir d'avaler quelque chose.

Son ton faussement sévère parvient à me tirer un sourire et elle ajoute en soupirant :

- Elle n'aurait pas voulu que tu sois triste. Elle aurait voulu te voir croquer dans la vie comme elle l'a fait toutes ces années.

Oui, c'est vrai. Mais elle, elle a rejoint l'homme de sa vie dans les étoiles et moi je n'ai plus personne.
Liliane parvient à me faire avaler des toasts délaissés par les invités et me confectionne un sandwich avec des restes de charcuterie. Sur l'écran les images défilent, mais je serai bien incapable de dire de quoi ça parle. Je suis complètement déconnectée, je ne sais absolument pas ce que je vais faire de ma vie. Depuis son décès il y a trois jours, je me sens sombrer. La perspective de retourner bosser dans l'agence d'intérim qui m'emploie comme assistante ne m'enchante pas. Avec Mamita, nous étions d'accord pour dire que c'était en attendant que je trouve ma voie. Ensemble on se moquait du comportement psychorigide de ma boss qui poussait le vice à réorganiser tout le tableau d'affichage si les aimants n'était pas tous de la même taille. Mais y retourner lundi, l'entendre soupirer que je n'aurais pas dû m'absenter si longtemps et les laisser en galère avec un inventaire de supermarché à gérer, c'est au-delà de mes forces. Mamita me boostait, elle avait cette confiance en moi qui me donnait des ailes et me poussait à aller au-delà de tout. C'est grâce à elle que je me suis lancée sur Instagram avec un compte qui prône les droits des femmes. Aujourd'hui j'ai environ 10 K de followers et j'ai même été démarchée par des associations et des marques pour des partenariats. Je n'ai pas eu le temps d'en parler avec Mamita alors pour l'instant, les messages restent sans réponses. Toujours est-il que je ne sais pas quoi faire et cette angoisse mêlée à la solitude que je ressens semble m'étouffer de l'intérieur.

- Poucinette, je vais me coucher. J'ai laissé dans ta chambre un carton que Sandra m'avait laissé pour toi.

- Pour moi ? C'est quoi ? je demande en reprenant pied avec la réalité.

- Je ne l'ai jamais ouvert. Elle me l'a donné juste avant de rentrer à l'EHPAD, elle n'avait pas confiance dans le personnel, et m'a fait promettre de te le donner à sa mort.

Elle dépose un baiser sur le sommet de ma tête et disparaît dans sa propre chambre. Je n'attends pas une seconde de plus et file dans la chambre qu'elle m'a attribuée pour le weekend. Je remarque qu'elle a rapatrié du salon, la sculpture sur bois. Ce petit bonhomme va me suivre partout, je m'en fais la promesse. Sur le lit, j'avise une boîte à chaussures solidement fermé avec du gros scotch marron. Liliane, pensant à tout, a laissé à côté une paire de ciseaux. Me connaissant, elle a dû penser que je n'aurais pas la patience d'aller dans la cuisine les chercher et que j'aurais défoncé la boîte. C'est dire comme elle me connaît bien. Seulement, si en temps normal c'est exactement comme ça que j'aurais réagi, quelque chose me dit que cette boîte mérite toute mon attention et que je ne peux pas l'ouvrir ainsi, à la va-vite. Même si cela me coûte, je prends la peine de me diriger vers la salle de bain. Je me déshabille et ne garde avec moi que le médaillon que portait ma grand-mère. Je me glisse sous le jet d'eau chaude. Petit à petit, la chaleur parvient à me détendre et je me libère encore de mon chagrin en pleurant à chaude larmes. Je rends les armes et lorsque je me lève enfin, je me sens prête à découvrir ce qu'elle m'a laissé. Emmitouflée dans un pyjama en pilou en pilou avec des oreilles de chat, je m'assieds en tailleur sur le lit. Armée des ciseaux, je découpe les bandes de scotch retenant le couvercle de la boîte. Lorsque le dernier morceau cède, je demeure hésitante. Je finis par prendre une inspiration et ôte le carton de la boîte à chaussures. A l'intérieur, un tas de photos est retenu par un élastique et au milieu du carton, un gros carnet relié en cuir et fermé par un cadenas en forme de cœur. Le cadenas est plutôt lourd, rien à voir avec celui qui protégeait mon journal intime quand j'avais douze ans. Je me saisis du carnet qui fait plutôt office de livre au vu de l'épaisseur. Les pages sont jaunies, si j'en crois la couleur de la tranche et j'ai beau fouiller dans la boîte, je ne trouve aucune clé. Sur un coup de tête, j'attrape les ciseaux et me lance dans une vaine tentative de crochetage. Je manque de perdre un doigt dans l'opération et décide de laisser tomber, quand une idée me vient.

Note de moi : J'espère que ce début vous plaît. Promis ça va rapidement devenir plus marrant! Bisouxxx

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