#diversion

Dimitri

Objectif : Retenir la princesse à Molvïk sans l’enfermer dans un cachot.

Une douche bien chaude n’aura pas amélioré mon humeur qui est toujours volcanique. Cette fille me rend dingue. Pourtant, j’ai eu une formation avec le meilleur agent de terrain : Butch Cassidy. Mais apparemment, il n’a jamais dû avoir affaire à une princesse. Je jette sur le lit ma serviette de toilette et récupère dans ma penderie une chemise blanche ainsi qu’une cravate. Si, en mission, j’ai pu me permettre d’être moins à cheval sur ma tenue vestimentaire, il n’en est rien entre les murs de ce château. Je termine de me préparer lorsque des coups dont frappés à ma porte et que me grand-père entre dans l’espace qui m’est réservé.

— Alors ? Tu en penses quoi ?  je lui demande en nouant ma cravate rouge et or.

— Elle a un sacré tempérament, elle fera une reine merveilleuse.

— Je te rappelle que ce n’est pas dans ses objectifs. Elle n’attend qu’une chose, c’est retourner chez elle et laisser Molvïk derrière elle.

Il balaie ma remarque d’un geste de la main.

— Et nous allons faire en sorte qu’elle sache que cette possibilité existe.

— Je ne comprends pas grand-père. Comment veux-tu la faire rester ?

Il arbore un air mystérieux avant de finir par dire :

— Primo suffragium

J’écarquille les yeux de surprise.

— Cette tradition enfantine ?

— Exactement. J’en ai eu l’idée juste après ton appel. J’ai dû réveiller quelques amis sénateurs en qui j’ai toute confiance et ils m’ont confirmé que c’était tout à fait possible.

— Je doute qu’elle accepte, rétorqué-je avec lassitude.

— A nous de faire en sorte que ce soit le cas. D’ailleurs, tu es affectée à sa protection rapprochée et tu dois l’accompagner partout où elle désire aller.

Je me crispe en entendant cela. Pourtant, cela a toujours été mon rêve. Protéger les membres de la famille royale. Mais bizarrement, j’ai l’impression qu’avec Sylviana ce ne sera pas une partie de plaisir. Mon grand-père finit par prendre congé après m’avoir fait un rapide compte rendu de ce qu’il s’était passé en mon absence et je quitte mes quartiers pour rejoindre ceux de la princesse. Je frappe deux coups contre sa porte qui s’entrouvre dans la seconde. Elle me fixe de haut en bas, surprise par ma tenue. Quelque chose me dit que le spectacle lui plaît car je la vois déglutir et battre des cils. Je sais que je plais aux femmes et ce costume m’a permis d’en attirer plusieurs dans mon lit. D’après elles, ça me donne un côté James Bond très sexy. Je lui offre mon sourire de séducteur, mais elle lève les yeux au ciel et ouvre complètement la porte. Elle me tourne ensuite le dos et c’est à mon tour d’avoir le souffle coupé tandis qu’elle colle son téléphone à l’oreille pour reprendre sa discussion.  Une chose est sûre, si je fais « trop » sérieux, elle elle a opté pour une tenue plus que décontractée. Elle porte une espèce de combinaison composée d’un débardeur jaune poussin et d’un short plutôt court de la même couleur qui s’arrête juste sous ses fesses. Je ne peux détacher mon regard de cette partie de son corps parfaitement mis en valeur par le tissu fluide qui épouse ses courbes. 

Un raclement de gorge sur le côté m’oblige à me reprendre et je croise le regard amusé de Francesca. La jeune et jolie employée qui fait tourner quelques têtes parmi les gars de la sécurité est en train de récupérer les affaires de Sylviana, pour les amener à la blanchisserie, je suppose. La princesse vient juste de raccrocher et s’approche de sa femme de chambre :

— Vous pensez qu’elles seront prêtes pour demain ? Je ne voudrais pas rentrer chez moi avec des vêtements humides.

— Chez vous ? S’étonne Francesca en fronçant les sourcils.

— Oui, en France. Je suis ici temporairement, je ne reste pas.

Francesca coule un regard vers moi et je lui fais signe de ne pas insister.

— Je ferais le nécessaire, mademoiselle, dit-elle avant de s’éclipser.

Sylviana la regarde disparaître, puis sort de son sac de voyage la statuette en bois qui nous a permis de la retrouver. Sans un mot, elle la pose sur la table de chevet à la gauche du lit et lui caresse le visage avec affection.

— Je ne comprenais pas pourquoi ma grand-mère tenait tellement à ce truc, laisse-t-elle échapper. Mais, en lisant son journal, j’ai compris que c’était un cadeau de son père. Elle ne le voyait pas beaucoup, il était souvent en voyage.

— C’était le roi, dis-je avec fierté.
Sylviana secoue la tête, un éclat de colère dans le regard.

— Ce n’était pas que le roi, c’était son père et elle avait besoin de lui à ses côtés.

Je ne comprends pas son raisonnement. Le roi Piotr a fait la renommée de Molvïk à l’international. Il a négocié la venue de plusieurs dirigeants et représentait le pays à l’extérieur de nos frontières. Il faisait passer son devoir avant tout le reste, il mérite notre respect et pas cette rancœur que Sylviana semble ressentir. Malgré tout, je décide de ne pas jeter de l’huile sur le feu. Si nous voulons mettre en place le Primo Suffragium, nous avons besoin qu’elle soit ouverte à notre pays et je ne dois surtout pas la brusquer.

— Votre grand-père a pu organiser une entrevue avec le Régent ? demande-t-elle en s’asseyant sur matelas.

Le tissu de son short remonte encore plus haut sur ses cuisses et j’ai soudain envie de vérifier si la peau de ses jambes est aussi douce que ce qu’elle semble être.

— Non, pas encore. Il préfère attendre son retour au château, demain.

Elle soupire, visiblement contrariée. Elle se laisse tomber en arrière, les bras ouverts. Elle semble minuscule dans ce grand lit et quand elle se redresse sur un coude pour me fixer du regard, j’ai l’impression d’être le grand méchant loup m’arrêtant à dévorer le petit chaperon rouge ou plutôt jaune en l’occurrence.

— Votre grand-père a l’air très gentil, finit-elle par dire.

— Il l’est. Il… il a connu votre grand-mère, ajouté-je.

Je vois avec plaisir une lueur d’intérêt s’allumer dans son regard. C’est peut-être ça la clé pour lui donner envie de rester encore un peu, lui faire rencontrer des personnes qui lui permettront d’en savoir plus sur celle qui l’a élevée. Après avoir découvert son existence, nous avons fait quelques recherches et découvert que sa mère était morte en couche. La princesse Alessandra était donc tout ce qui lui restait. Elle n’a pas vraiment eu de famille mis à part elle.

— Je suis sûr qu’il prendra beaucoup de plaisir à vous parler d’elle.

Son regard se voile et elle se redresse brusquement :

— Et si on sortait ? J’ai vu des jardins par la fenêtre, j’adorerais me promener !

Sa voix faussement enjouée n’efface pas la tristesse dans ses yeux, mais je décide de faire comme si je n’avais rien remarqué.

— Vous ne pouvez pas sortir dans cette tenue, me contenté-je de répondre.

— Et pourquoi ? S’offusque-t-elle. J’ai bien le droit de m’habiller comme je veux, on est au 21ème siècle que je sache et…

Je n’écoute pas son discours résolument féministe, après tout elle comprendra par elle-même quand on sera dehors. Je lui ouvre la porte alors qu’elle enfile sa paire de baskets blanches. Connaissant le château comme ma poche, je lui fais emprunter les couloirs où nous sommes le moins susceptible de croiser du monde. Heureusement, en l’absence du Régent et depuis qu’il n’y a plus de membre de la famille royale à demeure, le château tourne en effectif réduit. Nous arrivons devant l’une des portes conduisant à l’extérieur que je déverrouille avant d’ouvrir. Je passe devant et invite la princesse à me suivre. J’esquisse un sourire alors qu’elle relève la tête et fait ses premiers pas dehors.

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