Obsession

Ronan a un problème : il est désespérément amoureux de Thuban.

Pas amoureux de façon ordinaire. Pas de la manière dont les poètes écrivent des lettres ou dont les époux s'échangent des regards tendres au petit matin. Non. Ronan vit, respire et pense autour de Thuban.

Dans sa chambre, dans les tiroirs qu'il garde soigneusement verrouillés, se trouvent des dizaines de souvenirs liés à son mari.
Une plume tombée d'un manteau, un verre dans lequel Thuban a bu, des vêtements qu'il lui a dérobé

Lorsqu'il trouve un cheveu sur une veste, il le récupère avec une délicatesse presque religieuse. Quand Thuban se blesse légèrement, Ronan s'inquiète bien sûr, mais une partie de lui considère aussi la trace laissée derrière comme quelque chose d'inestimable.

Le plus étrange est que Thuban le sait.
Il en avait entendu parler de la bouche d'Erevan, mais il l'a vraiment découvert quand Ronan avait fini par avouer.

N'importe qui d'autre aurait probablement fui devant une telle obsession. Mais Thuban n'était pas n'importe qui.

Un jour, il lui dit

— Ronan, montre moi.

Ronan se figea.

— Tu es sûr ?

— Je crois que je vais regretter de dire oui, mais oui.

Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent dans la chambre de Ronan. Celui-ci ouvrit une armoire verrouillée dont il gardait toujours la clé sur lui.

À l'intérieur se trouvait une collection méticuleusement organisée.

— Tu es complètement fou, souffla Thuban.

— Fou de toi, corrigea Ronan avec un sourire.

Les objets du quotidien

Un stylo vide

La première chose que Ronan avait conservée.

— Celui-là ne fonctionne même plus.

— C'est le stylo avec lequel tu as signé notre document de mariage.

Un vieux pull

— Celui-ci est troué.

— Tu le portais quand nous nous sommes réellement rencontrés.

— Ronan...

— Je sais.

Des fleurs séchées

Issues de plusieurs promenades.

Ronan notait toujours la date et l'endroit où elles avaient été ramassées.

Des photographies
Des centaines.

Certaines magnifiques.
D'autres totalement ratées.
Et d'autres.. intimes

Les dernières étaient ses préférées.

Thuban détourna légèrement le regard en les apercevant


Thuban remarqua une boîte soigneusement étiquetée.

— Je n'aime déjà pas cette boîte.

Ronan l'ouvrit.

À l'intérieur se trouvaient plusieurs enveloppes.

Des mèches de cheveux

— Celles-ci viennent de tes coupes de cheveux.

— Tu les récupères chez le coiffeur ?

— J'arrive parfois avant qu'ils ne Des mèches de cheveux

— Celles-ci viennent de tes coupes de cheveux.

— Tu les récupères chez le coiffeur ?

— J'arrive parfois avant qu'ils ne nettoient.

— Ronan.

— Oui ?

— Ronan.

Une petite dent

— Ne me dis pas...

— Une dent de sagesse.

— Pourquoi l'as-tu gardée ?

— Parce qu'elle était à toi.

Thuban se couvrit le visage d'une main.

Des pansements conservés comme souvenirs

— Ceux-là proviennent de petites blessures.

— Tu gardes vraiment tout.

— Presque tout.

Les reliques sentimentales

Au fond de l'armoire se trouvait une boîte noire.

Ronan la manipula avec précaution.

À l'intérieur reposaient des objets qui n'avaient aucune valeur matérielle :

Leur première photo ensemble.
L'alliance de remplacement portée pendant qu'une autre était en réparation.
Une lettre d'anniversaire.
Un ruban provenant d'un cadeau offert par Thuban.
Une fleur que Thuban lui avait donnée sans raison particulière.

Thuban resta silencieux un moment.

Il s'était attendu à trouver quelque chose de dérangeant.

À la place, il découvrait surtout les traces d'un homme incapable d'oublier le moindre instant passé avec lui.

— Tu sais, dit finalement Thuban, la plupart des gens collectionnent des timbres.

— Les timbres ne me regardent pas comme toi.

— C'était terriblement romantique.

— Huhu.

— Et terriblement inquiétant.

— Je sais aussi.


Alors que Thuban pensait avoir tout vu, son regard tomba sur une petite boîte en velours rouge, rangée à l'écart des autres.

Contrairement au reste de la collection, elle n'était pas étiquetée.

Et cela, venant de Ronan, était déjà inquiétant.

— Qu'y a-t-il là-dedans ?

Ronan hésita.

Ce qui alarma immédiatement Thuban.

— Ronan.

— Ce n'est pas aussi grave que tu l'imagines.

— Ouvre la boîte.

Un long silence s'installa.

Puis Ronan obéit.

L'intérieur était soigneusement organisé, chaque objet enveloppé dans du tissu noir.

Thuban sentit un frisson lui parcourir l'échine.

Une brosse à dents visiblement utilisée

— Je croyais l'avoir perdu.

— Je l'ai récupéré quand tu avais le dos tourné.

Le bracelet d'hôpital que Thuban avait porté après un accident

Le plastique était usé par le temps.

— Sérieusement ?

— Je l'ai récupéré avant qu'on le jette.

Une montre arrêtée

Les aiguilles indiquaient exactement la même heure.

— Pourquoi est-elle cassée ?

— C'est l'heure à laquelle j'ai cru te perdre.

La pièce devint soudain beaucoup plus silencieuse.

Un flacon de sang

— Ronan.

— Pour une fois je n'ai aucune excuse



Thuban releva les yeux vers son mari.

— Tu réalises que cette boîte ressemble à quelque chose qu'un enquêteur découvrirait dans un roman inquiétant ?

— J'en suis conscient.

— Et tu l'as gardée dans une boîte rouge en velours.

— C'était plus élégant.

— Évidemment.

Pour la première fois, Ronan baissa le regard.
Son expression avait perdu toute trace d'amusement.

— Je sais que c'est étrange.

— Étrange est un mot faible.

— Peut-être.

Il referma doucement le couvercle.

— Je n'ai jamais gardé ces choses uniquement parce qu'elles t'appartenaient.

— Alors pourquoi ?

— Parce que le temps emporte tout. Les souvenirs s'effacent. Les objets disparaissent. Les gens changent. Et parfois j'ai peur d'oublier certains détails.

Thuban demeura silencieux.

— Alors je conserve ce qui me rappelle que tu as été là.

Le ton n'était plus celui d'un homme obsédé.

C'était celui d'un homme terrifié par l'idée de perdre ce qu'il aime le plus.

Et, pour la première fois depuis l'ouverture de l'armoire, Thuban comprit que la boîte en velours rouge n'était pas la que collection d'un fou...

— Tu es complètement cinglé

— Mais tu m'aimes quand même

— Hélas

..C'était celle de quelqu'un qui refusait d'abandonner le moindre souvenir. Même les plus sombres. Même les plus inquiétants. Même ceux que la plupart des gens auraient préféré oublier.







952 mots

Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top