Never Alone
C'était un mardi soir comme un autre, Jisung faisait la vaisselle dans son petit appartement étudiant en écoutant distraitement les informations qui passaient en arrière-plan sur la télévision. Dos au salon ouvert sur la cuisine, il ne pouvait pas voir l'écran mais en réalité le son seul lui suffisait malgré le volume bas, les murs étaient fins. Le son de l'eau s'écoulant du robinet couvrait un peu les voix des présentateurs, mais cela ne l'inquiétait pas. Ce n'était pas qu'il s'en fichait, mais le journal télévisait avait rarement des bonnes nouvelles et il l'utilisait principalement en bruit de fond. Mais ce soir-là, il allait certainement intéresser le jeune homme.
Jisung éteint enfin l'eau, laissant sa vaisselle sécher sur le coté de l'évier. Il bailla un peu, regardant l'heure sur son téléphone : 20h41. C'était bientôt la fin de JT. Mollement, il se traina au salon pour s'asseoir sur le canapé et écouter le dernier reportage, sur l'inflation.
— Toujours pareil... Souffla-t-il, s'apprêtant à attraper son téléphone pour scroller en même temps quand l'écran de sa télévision freeza, montrant un arrêt sur image des présentateurs entrain de parler. Le brun se redressa, confus et surtout inquiet que sa télévision ne l'ait lâché. Il attendit quelques secondes avant de s'approcher pour regarder si un câble ne s'était pas déconnecté, quand l'écran changea subitement, le faisant sursauter et tomber sur les fesses face au téléviseur. Ecran noir, puis du bruit et un message d'alerte, en rouge et blanc, le volume au maximum :
« Avis à la population. Une crise sans précédent est en train de se produire, veuillez rester confiner chez vous. » Cria le téléviseur, en boucle. L'étudiant déglutit, les murs fins lui laissant entendre que le message passait sur toutes les télévisions de ses voisins.
— Qu'est-ce que ce bordel... Soupira-t-il, évidemment peu rassurer. Il reprit son téléphone, composant le numéro de son petit-ami, Minho. Après deux sonneries, il décrocha.
— Jisung ? t'as vu le message à la télé ? Demanda le plus âgé, au bout du fil.
— Ouais...c'est quoi ? un canular ?
— Ça me parait gros chéri... Rit Minho, nerveux.
— Pourquoi on nous en dit pas plus ? Il se passe quoi ? Enchaina Jisung, stressé.
— Calme-toi, j'arrive okay ? Bouge pas, je suis là dans dix minutes. Déclara Minho, le bruit de fond indiquant qu'il mettait sa veste et prenait ses clefs.
— T'es sûr... ? ils disent de rester confiner je sais pas s-
— Je préfère être confiner avec toi, je te laisse pas tout seul. Je raccroche, j'arrive, a tout de suite.
Puis avant qu'il ne puisse rétorquer, la ligne se coupa, Jisung observant son écran indiquant l'appel terminé. Il soupira, ne pouvant s'empêcher de s'inquiéter pour son amoureux. Il tourna un peu en rond, attendant patiemment, enfin pas tant, plutôt impatiemment, rongeant ses ongles sous le stress.
A la fenêtre, les premiers flash et sirènes de police se firent entendre. Le brun fronça les sourcils, s'approchant de la fenêtre pour regarder ce qu'il se passait. Les voitures de police passaient dans la rue à toute vitesse. Jisung déglutit, il n'y avait rien de rassurant là-dedans. Son cœur se mit à battre fort dans sa poitrine alors qu'il regardait l'heure, ça faisait trois minutes son appel avec Minho. Il soupira.
— Il va arriver... sois patient...Se dit il pour se rassurer, fermant les rideaux pour ne pas plus s'inquiéter.
Il partit s'asseoir sur le canapé, sa télévision crachant toujours le même message en boucle, sans plus d'explications. Après cinq minutes, il reçut un message de Minho :
« Les rues son bouchées, je continue à pied, je suis à quinze minutes à pied, dix si je me dépêche. Ferme ta porte et n'ouvre à personne sauf moi ok ? »
Le brun se mordit la lèvre, répondant un simple « okay, fais attention, je t'aime » auquel Minho ne répondit pas, laissant juste un vu, se pressant surement. Jisung se répétait que ça allait aller, que Minho allait arriver bientôt, dans quinze minutes maintenant au grand maximum. Il s'enfonça dans son canapé, regardant son téléphone pour trouver des informations, mais impossible, le réseau était coupé, il ne captait que les sms, pas d'internet. Un lourd soupir quitta ses lèvres.
— Mais qu'est-ce qu'il se passe...
Il resta assis, attendant sagement, cinq minutes, quand soudain, il entendit un fracas dans la cage d'escalier. Son regard se posa automatiquement sur sa porte, fermée à clefs depuis qu'il était rentré des cours. Son pouls s'accéléra : était-ce Minho ?
Il se leva, hésitant, de nombreux pas se faisant entendre par la suite ainsi que des cris, non, des hurlements. Son sang se glaça, tétanisé, il resta immobile, figé au milieu du salon, incapable de faire le moindre mouvement. Ses yeux se remplirent de larmes sous la peur et il posa ses mains sur sa bouche pour ne pas faire de bruit. Par la fenêtre, les cris continuaient, mélangés aux sirènes. Enfin, le brun eut le courage de venir regarder à l'œillet une fois l'agitation dissipée. D'une main tremblante, il découvrit la petite ouverture pour regarder dans le couloir. Il fit aussitôt un pas en arrière, horrifié. Le couloir était repeint de sang, des corps gisant sur le sol. Dans la rue, un coup de feu se fit entendre, puis un autre, suivis de cris qui firent sursauter Jisung. Il recula de la porte et de la fenêtre, tremblant de terreur, les mains toujours sur sa bouche et de grosses larmes roulant sur ses grosses joues. Il resta immobile un moment, jusqu'à ne plus entendre de bruit. Il regarda à nouveau par l'œillet, comme pour confirmer sa vision, mais ce qu'il y découvrit fut encore pire : les corps sur la moquette avaient disparu. Il observa longuement, on distinguait une flaque de sang là où il se souvenait les avoir vu, mais aucune trace des corps. Il déglutit, il n'avait rien entendu. Avait-il eu une absence et les pompiers avaient embarqués les corps ?
Il regarda l'heure, fronçant les sourcils en voyant qu'il ne s'était écoulé que dix minutes. Il soupira, ne comprenant décidément pas... quand il se souvint de Minho. Ça faisait quinze minutes, et il n'était pas là, et la vision d'horreur du couloir ne le rassurait pas. Il se précipita à la fenêtre où il y avait toujours les pompiers et quelques policiers qui accompagnait quelques-uns de ses voisins. Il chercha Minho du regard, mais aucune trace du beau blond. Il se précipita à l'entrée pour mettre ses chaussures et sa veste, déterminé à descendre, ce n'était pas normal que son amoureux ne soit pas là. En même temps, il tenta de l'appeler, plusieurs fois, sans réponses. C'est en laçant sa dernière chaussure qu'il entendit à nouveau des cris et des coups de feu dans la rue. Cette fois-ci, il se précipita à sa fenêtre pour voir ce qu'il se passait, ses yeux s'écarquillant en voyant des humains, ensanglantés, désarticulés pour certains, se jeter sur la foule, férocement, mordant, griffant et tuant quiconque sur leur passage. Les policiers tiraient, un peu à l'aveugle, sur les assaillants. Après bien cinq minutes de bataille, le calme revint enfin et une équipe de pompiers entrant dans l'immeuble. Jisung resta bête, incapable de savoir quoi faire. Rapidement, il entendit les pompiers frapper aux portes encore fermées, criant aux « survivants » de sortir. Le brun hésita avant d'ouvrir sa porte, un pompier s'apprêtant à toquer.
— Jeune homme ! tout va bien ? vous êtes seul ? Demanda l'homme en regardant derrière, dans l'appartement.
— Oui...Répondit Jisung, laissant entrer le pompier qui fit un rapide tour.
— Vous allez bien ? vous n'êtes pas blessé ?
— Non je...
— Super ! rejoignez l'escalier, mes collègues vous y attendent. Prenez le strict minimum.
Jisung hocha la tête, ne discutant pas avant de rapidement rejoindre les escaliers. Sur le chemin, il entendait les pompiers crier, parler à d'autres personnes.
« — tout va bien madame ? vous êtes blessées ?
— Je ne sais pas... je ne comprends pas...mon mari est devenu fou il...il m'a mordu je ne comprends pas... Pleura la pauvre femme au loin. »
Et la seconde d'après, un coup de feu et le bruit d'un corps qui s'effondre. Jisung arriva juste après, découvrant, horrifié sa voisine, au sol, un policier face à elle, l'arme fumante à la main. Il n'eut pas le temps de réagir qu'un pompier lui attrapa le bras de la cage d'escalier pour l'inciter à le suivre. Sonné, il descendit les marches, sortant enfin de l'immeuble. Une fois dehors, avec la foule en panique, au milieu de familles, de couples, ou d'âmes solitaires, confuses, angoissées ou effondrées, il chercha son blond du regard. Il parcourut la foule dans l'espoir de le retrouver, mais il n'était pas là. Il avait beau l'appeler, aucune réponse, que des regards compatissants, comme s'ils savaient, comme s'ils étaient persuadés que Jisung ne trouverait jamais ce Minho qu'il appelait sans cesse.
— Minho...Chouina-t-il, les yeux dégoulinant de larmes, seul au monde dans la foule.
Il renifla, s'asseyant sur le bitume, au bout du rouleau, se laissant pleurer, mort d'inquiétude, dans l'incompréhension totale. Puis au loin, il entendit son prénom.
— Jisung ? Jisung ! S'écria une voix masculine, familière.
Le brun releva la tête avant de se lever, cherchant la source de ces appels. Son cœur battait la chamade, il priait pour que ce soit Minho, pour que ce soit lui qui le rejoigne enfin. Il fit volte-face, trouvant enfin qui l'appelait. A nouveau, ses yeux se remplirent de larmes quand il vit ce visage si familier... mais qui n'était pas Minho.
— Oh Jisung mon dieu ! Ça va ? Demanda Chan, un des meilleurs amis de Jisung, qui
s'approcha. Le brun éclata en sanglot, son ami l'attrapant dans ses bras, caressant son dos pour le rassurer. Evidemment, il n'était pas bête et l'absence de Minho était un indice suffisant pour que Chan comprenne pourquoi son ami semblait tant dévasté. Mais il sentait que malgré tout, il n'était pas au plus bas, qu'il y avait encore de l'espoir.
— Ça va aller Sungie... il va nous rejoindre... ok ? il a peut-être été prit en charge ailleurs... hm ? fit-il, tentant de rassurer son ami. Jisung se contenta d'hocher la tête, restant avec son ami.
Après cela, tout se passa très vite, les deux garçons furent inspectés au peigne fin, à la recherche de plaies quelconques et surtout de morsures de ce qu'ils avaient compris. Une fois considérés comme 'sains', ils furent embarqués dans un van avec d'autres individus 'sains' eux-aussi et ils quittèrent la rue, leur quartier, leur ville. Tout le trajet, Jisung avait fixé l'extérieur, il avait l'impression de s'éloigner de son amoureux, qu'il ne le reverrait jamais s'il partait trop loin, mais il ne pouvait pas faire autrement. Après un trajet qui dura des heures, ils furent débarqués à une sorte de camp de fortune. Une fois de plus, ils furent inspectés, cette fois-ci un par un, dans ses tentes privées avec des médecins habillés comme s'ils visitaient Tchernobyl. Prise de sang, prélèvement salivaires et test en tout genre faits, Jisung et Chan furent placés ensemble en « quarantaine », un camp annexe au premier, où ils restaient enfermés pendant une semaine. On leur expliqua à peine la raison de ce protocole, une maladie avaient-ils compris.
Un bon mois s'était écoulé depuis tout ça. Chan et Jisung était sortit de la quarantaine et vivaient désormais au camp principal avec les autres. Entre temps, ils eurent plus d'information sur la situation : une maladie, comme une rage humaine, s'était mystérieusement propagée et transformait les personnes infectées en de sorte de bête enragées. Il y avait des rumeurs comme quoi ce seraient des morts vivants, mais rien n'était encore prouvé. Malgré tout, Jisung n'avait toujours aucune nouvelle de Minho. Il avait réussi à devenir volontaire pour l'accueil des nouveaux arrivants, il les plaçait dans le camp de quarantaine après leur visite chez le médecin. Ainsi, il voyait presque toutes les personnes qui entraient dans le camp, mais Minho n'en faisait toujours pas partit. Il gardait espoir, surtout grâce à l'aide de Chan, mais c'était très dur. Il dormait mal, il s'imaginait tous les scénarios possibles. Et s'il lui était arrivé quelque chose ? Chan lui répétait que non, que c'était plutôt aux infectés d'avoir peur de Minho, mais en réalité, personne n'en savait rien.
Un beau jour, après sa journée, Jisung prit enfin son courage à deux mains, ou plutôt, il laissa la raison de côté pour se faufiler hors du camp et essayer de retrouver son petit-copain. Le savoir tout seul dehors le tuait et il ne pouvait pas se résigner à juste attendre de le voir passer les portes du camp ou de savoir qu'il était mort. Rester dans l'ignorance n'était pas non plus une option, il voulait savoir, alors il saurait. Il avait pris le minimum vital, n'avait prévenu personne et s'était éclipser. Peu étaient assez fous pour sortir, alors la sécurité était naturellement tournée sur les entrées plutôt que sur les sorties.
Une fois dehors, le brun observa les plaines de verdure autour de lui, ils étaient vraiment au milieu de nulle part. Il soupira et se mit en marche, vers l'Est, vers la ville. Il marcha plusieurs, épuisant le plus lentement possible les vivres qu'il avait pris, mais il fallait se rendre à l'évidence, il commençait à manquer. Mais il avait bien avancé et se trouvait dans la banlieue extérieure de Séoul. Désertée, la ville était calme, les magasins en libre accès. Il entra dans une supérette pour faire son plein de vivre, rapidement, il n'était pas rassuré de rester trop longtemps au même endroit. Jusqu'alors, il n'avait pas croisé un seul infecté. Il fallait dire que la population à la campagne était bien moins dense. Mais il le savait, maintenant, ce ne serait pas la même chanson.
Il ressortit de sa boutique, un onigiri encore emballé dans les mains. Il avança avec précaution, silencieusement, écoutant tous les bruits, aux aguets. Il put marcher tranquillement bien deux heures avant de faire une pause bien méritée pour manger. Il soupira, le pays était grand, Minho pouvait être n'importe où, peut-être n'était-il même plus en ville, peut-être qu'il y avait d'autres camps clandestins pour les survivants. Mais il lui était impossible de savoir. Au final il se disait qu'il avait peut-être prit la mauvaise décision. Mais le destin sera peut-être un peu plus clément.
A peine dix minutes après le début de sa pause, Jisung entendit des pas, derrière lui, tout près. Il déglutit, restant immobile au début, écoutant, les pas, lents, se trainant même, mollement, jusqu'à lui. Il n'avait que deux hypothèses, soit c'était un civil blessé, soit c'était un infecté. Et la première hypothèse fut vite balayée par un grognement inhumain. Ses poils se hérissèrent et il se leva, tremblant. C'était étrange, il paraissait si proche et pourtant...il ne lui avait pas encore sauté dessus. Jisung ne s'attarda pas trop sur ce détail. Il fit volte-face pour enfin faire face à ce qui s'approchait. Il fit un bond en remarquant d'abord qu'il n'était qu'à quelques mètres tout au plus, mais surtout en voyant son visage. Son visage pâlit, ses yeux ronds et écarquillés. Il ne pouvait que le reconnaitre, malgré sa peau pâle, verdie, flasque, sale. Il reconnaissait ses yeux, la forme de son visage creusé et mouillé de sang, sa peau déchirée, sa veste, ses chaussures dont il n'en avait plus qu'une, ses mains dont il manquait des doigts. Les lèvres de Jisung se mirent à trembler alors que les larmes montèrent à leur tour.
— Mi.. Minho...c'est toi ? Demanda-t-il, reniflant. Au vu de son état, il ne s'attendait pas à une réponse, mais il sembla essayer de lui sourire, ses lèvres gercées s'étirant difficilement.
Jisung éclata en sanglot. Il l'avait trouvé, il avait réussi, mais c'était trop tard ; et depuis bien longtemps, son corps était en si mauvais état qu'il était probablement infecté depuis plusieurs semaines.
— Mais qu'est-ce qu'il...comment tu... Essaya d'articuler le brun entre ses sanglots, mais la réponse lui vint d'elle-même. Est-ce que...c'est...c'est arrivé ce soir-là... ?
Evidemment, Minho ne lui répondit pas, le fixant d'un regard qui se voulait doux, que Jisung percevait comme doux malgré l'horreur de la situation. Mais en réalité, Jisung le savait, il savait que c'était sa faute s'il était dans cet état. Il essuya ses yeux, s'approchant de son petit-ami infecté, qui ne bougea pas, qui ne l'attaquait pas.
— Pardon...pardonne moi Minho... Déclara t'il en arrivant à sa hauteur, reniflant. Minho ne bougea toujours pas, le suivant du regard. Jisung essuya ses yeux, lui souriant. Je ne te laisse plus...plus jamais... Ajouta-t-il, attrapant la chaine au pantalon de Minho pour l'accrocher à lui grâce à une mousqueton qui était sur son propre pantalon. Il glissa sa main dans celle de son amoureux, attaché à lui.
— Jusqu'à ce que la mort nous sépare...Je t'aime.
— J...je ... t...t'ai...me...aus...si...
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