Chapitre 70
PDV Jade
" Alors arrête de trouver des excuses et donne moi des explications ! " je lui cri en retour.
" Parce que je suis terriblement amoureux de toi je suis obligé de t'éloigner de moi ! Voici l'explication Jade ! La seule et bonne raison pourquoi je te blesse autant ! Mais tu es trop aveugle pour voir que je souffre aussi dans cette histoire ! Parce que tu es trop égoïste pour voir plus loin que ta douleur ! "
Je recule d'un pas sous la force de ses paroles. J'assimile chaque petit mot un par un, et recule encore, et encore. Puis, tout en passant mes doigts dans mes cheveux, les tirants légèrement, je me laisse tomber sur la première marche des escaliers.
" Je ne te comprend pas... " je souffle, peu sûre qu'il l'est entendu mais n'ayant pas la force ou la volonté de me répéter.
" C'est bien ce que je pensais " il ricane, " je savais que tu n'allais pas comprendre, c'est pour cette raison que j'ai fait tout ça. C'est pour cette raison que j'ai essayé de t'éloigner, ne voulant pas que tu t'attaches à moi, encore moins que tu m'aimes. Mais en plus d'être égoïste et hypocrite, tu es têtue et naïve Jade. "
Je ne peux pas dire que ses mots ne me blessent pas, mais à ce moment, ce n'est pas ce qui m'importe le plus. Peut-être qu'il a raison, peut-être que je suis en effet égoïste.
" Pourquoi maintenant ? " je demande en relevant à nouveau les yeux vers lui, " pourquoi il y a une semaine tu disais ne pas m'aimer, et maintenant tu... Tu avoues le contraire. Pourquoi ? Qu'est-ce qui a changé entre temps ? "
" Ce n'est pas entre temps, c'est avec le temps. Je sais que je t'ai donné l'air d'être un pur connard sans coeur ni sentiment, mais... " il secoue la tête, ne voulant pas dire les mots. " Au bout d'un moment la douleur devient insupportable Jade... Je me suis dit, je ne sais pas, peut-être que je pouvais m'expliquer pour que tu ne sois pas si triste que ça... Pour que tu saches... "
Je le regarde en silence un instant, étudiant son visage. Certes, il ne pleure plus, mais l'image de ses larmes me revient devant les yeux et je sens ce pincement au coeur. Pour une fois son expression me prouve qu'il est honnête, qu'il est triste. Mais je ne peux pas me réjouir de ça.
C'est fou mais je préfère être triste que de le voir ainsi ; je préfère pleurer que de le voir verser une seule petite larme.
" Je ne te comprend toujours pas " j'avoue, rejouant ses paroles dans ma tête.
" Ça ne sert à rien alors " il s'avance de quelque pas et prend sa veste du porte-manteau. " Je savais que c'était une mauvaise idée " sont ses derniers mots avant qu'il ne quitte la villa aussi, comme l'avait fait Marc il y a quelques minutes.
Je sais que je dois me lever, lui demander de ne pas partir et de m'expliquer clairement les choses ; mais je sens déjà l'effet de ses mots s'abattre violemment sur moi, m'empêchant de bouger ou d'ouvrir la bouche.
Je pose ma tête contre le mur et reste assise sur les escaliers, regardant dans le vide.
' Je suis terriblement amoureux de toi '
Ce sont les plus belles paroles qu'il m'ai dit jusqu'à aujourd'hui. Mais il les a dit avec ce ton... Je ne peux poser le doigt dessus à vrai dire, mais la façon dont il l'a dit me fait deviner qu'il regrette de m'aimer.
Pourtant, je ne lui ai rien fait de mal...
' Tu es tellement égoïste '
L'étais-je vraiment ? Jusqu'à aujourd'hui Samuel m'a fait ressentir toutes les émotions possible ; jusqu'à aujourd'hui j'ai changé de comportement plusieurs fois à cause de Samuel, je suis devenu une autre personne, quelqu'un que j'arrivais à peine à reconnaître. Mais aucune fois il m'a fait ressentir aussi mal.
Aucune fois il a prit la place de la victime. Jusqu'à aujourd'hui.
' Je souffre aussi dans cette histoire '
Il souffrait ? Pendant que moi je pleurais toutes les larmes de mon corps, il souffrait ? Quand j'avais l'impression que mon coeur allait lâcher sous le poids de la douleur, il souffrait ? Pendant qu'il me bourrait la tête avec toutes ces insultes, il souffrait ?
Étais-je trop aveugle pour le voir ou le cachait-il très bien ?
Étais-je la fautif dans l'histoire ?
Les larmes qui, il y a une semaine, ne voulaient plus franchir la barrière de mes yeux, coulent abondamment sur mes joues maintenant.
J'ai l'impression d'être horrible. J'ai l'impression d'être un monstre...
Pourtant, tout ce que je voulais c'était...
Je ne voulais rien en fait. Seulement qu'il arrête de me traîter de la sorte. De me briser le coeur à chaque fois qu'il ouvre la bouche.
Peut-être que c'était trop demander ? Je ne mérites pas ça peut-être...
Le bruit de porte me fait seulement relever les yeux. Si il y a quelque minutes je n'avais pas la force de me relever, maintenant c'est pire, mais au fond j'ai envie de me lever, quitter cette maison, et courir loin d'ici. Disparaître.
La porte s'ouvre et puisque je suis toujours assise sur les marches, je suis la première chose que Samuel voit.
Il entre, claque la porte derrière lui et se laisse tomber à mes côtés. Mes larmes silencieuses se transforment en sanglots bruyants quand ses bras m'entourent et il m'attire contre lui.
" Putain je suis désolé " il soupire contre mes cheveux, resserrant son étreinte autour de moi alors que mes mains attrapent le bas de sa chemise, comme pour me retenir à lui.
Je me répète dans ma tête qu'une fois que je serais calmée je m'en irai. Je ne sais pas où, mais s'il veut que je m'éloigne, et si cela va arrêter de le faire souffrir, alors je m'en irai.
Pour l'instant, par contre, j'ai besoin de son réconfort.
" Je me sens horrible " je sanglote dans son cou et je le sens frissonner. " Je n'ai pas vu... Je n'ai pas su... Je suis tell - "
" Shh non " il murmure, relevant une de ses mains pour passer ses doigts dans mes cheveux, atténuant la douleur que je ressentais après les avoir tirer. " Oublis tout ce que je t'ai dit, tu m'entends ? Oublis tout. J'ai dit ça sous la colère, tu n'es pas quelqu'un d'horrible Jade. "
" Je le suis... " je le contredis immédiatement, ses mots, dîtent sous la colère ou pas, étant déjà imprimés dans mon esprit, me tourmentant.
" Non tu ne l'es pas. Tu es tout sauf horrible. Tu es naïve, tu es aveugle, trop gentille, tout, sauf horrible. ". Il prend une grande inspiration, ses doigts toujours dans mes cheveux, son autre main sur mon dos. " Arrête de pleurer je t'en supplie... J'ai dit n'importe quoi, je ne les pensais même pas, crois-moi "
" J-Je ne sais plus quoi croire... Tout est d-désordonnés dans ma t-tête Sam... Tout... "
" C'est de ma faute, je suis désolé. " il soupire une fois de plus. Quand je sens ses lèvres déposer un baiser sur le haut de mon crâne, j'ai l'impression de respirer de l'air frais à nouveau. Tout simplement de respirer à nouveau.
Je l'aime tellement cet homme... Pourquoi tout doit être aussi compliqué ?
Il me laisse pleurer encore quelques minutes, me chuchotant d'arrêter de temps à autre, caressant mes cheveux et mon dos.
Puis, il se recule et à l'aide de son index et son ponce, il relève mon menton.
" Putain... " il jure encore dans un souffle à la vue de mes larmes.
Ses deux mains se posent sur mes joues, ses pouces effaçant mes larmes et ses yeux me regardant profondément.
" Je t'envie tellement des fois... " il murmure, le coin de ses lèvres se courbant légèrement vers le haut.
" Pourquoi ? " ma voix sort dans un chuchotement, m'obligeant à râcler la gorge par la suite.
" Je ne sais pas " il hausse les épaules, " tu vis toutes les émotions au moment venus, tu ne te retiens pas. Tu as envie de pleurer, tu pleures ; tu as envie de sourire, tu souris ; tu as envie de rire, tu ris. Tu es tellement transparente au niveau de tes émotions... " il explique, cherchant ses mots, son regard toujours dans le mien.
" Tu es tout le contraire " je remarque sans aucune once de jugement dans ma voix. Je ne sais plus si c'est mieux d'être transparente ou être un mur comme Samuel.
" Je le suis " il sourit, glissant son doigt sur ma joue doucement, délicatement. " C'est pour ça que tu es une femme forte Jade "
" Je ne suis pas forte... " je renifle, baissant les yeux.
Immédiatement, il relève de nouveau mon menton, cherchant mon regard. " Tu es forte, et tu le sais " il dit d'une voix douce et calme. " Tu es forte, parce que tu peux pleurer puis sourire. Tu es forte parce que tu peux tomber et te relever. Tu es forte parce que tu ne cherches pas à voir le mal dans tout et réussi à voir la lumière dans l'obscurité. Tu es forte parce qu - "
" Je pleure tout le temps... " je le coupe.
" Et alors ? Pleurer n'est pas signe de faiblesse Jade... Pleurer est signe d'humanité. Pleurer est signe d'émotion, de sentiment. Pleurer exprime ta douleur, ta tristesse, mais aussi ton manque ou ton amour. Le plus important est de savoir sourire après avoir pleurer, et ça, tu le fais à merveille. "
J'enlève sa main de mon visage. " Pourquoi tu me dis tout ça ? Arrête de m'embrouiller je t'en supplie, je ne sais plus où j'en suis, quoi faire, comment faire... Dis-moi ce que tu veux Sam, une bonne fois pour toute "
Je le supplie des yeux alors qu'il reste en silence, continuant à me regarder.
" Je n'aurai jamais ce que je veux " il murmure si faiblement, je me demande s'il parle à lui même ou sa phrase m'était destiné.
" Pourquoi ? Qu'est-ce que tu veux ? " je répète, priant du fond du coeur pour qu'il réponde cette fois-ci, pour qu'il ne s'enfuisse pas.
Il reporte sa main sur ma joue et je ferme les yeux au contact. " Toi " il répond finalement dans un souffle. " Mais je ne peux pas Jade, on ne peut pas. "
" Si tu le veux aussi on peut "
" Non, on ne peut pas " sa voix devient ferme et il baisse sa main, enlevant tout contact entre nous.
Je le regarde dans les yeux, essayant de le lire, essayant de le comprendre, essayant de le déchiffrer encore une fois. En vain. Ses yeux ont l'air de porter une barrière, à la différence des miens qui, à cet instant, lui montre mon désespoir.
" Je ne veux pas te voir triste " il ajoute faiblement face à mon silence et ses yeux commencent à s'adoucir, la barrière se relevant pour l'espace d'un instant.
" Alors arrête de me repousser, arrête d'essayer de m'éloigner " je le supplie. " Arrête de nous faire souffrir tout les deux, donne nous une chance "
" Je ne peux pas... Je ne peux pas prendre ce risque Jade, je suis désolé "
Ses paroles ne font que transformer ma peine en colère, et bientôt je sens la chaleur en moi, me faisant bouillonner de l'intérieur. Je me lève et m'éloigne de lui pour éviter de faire un geste sous la colère que, je sais, je vais regretter juste après. Il se lève à son tour, mais reste à quelques pas loin de moi.
" Arrête de t'excuser ! " je ne peux plus me contenir et lui hurle dessus, " tu ne t'es pas excusé pour toutes les choses que tu m'as faites jusqu'à aujourd'hui, pour tous les mots que tu m'as dit, pour toutes les larmes que tu m'as fait versé ! Jamais, jamais tu t'es excusé ! Mais pourtant je suis là à t'aimer comme la stupide femme que je suis, attendant la même chose en retour de ta part, prête à oublier tout ce qui s'est passé, et la seule chose que tu peux me dire c'est ça ?! Que tu es désolé de me briser le coeur encore une fois ?! C'est quoi le problème ? C'est quoi l'obstacle ? Je suis prête à tout donner pour résoudre ce problème, pour détruire cet obstacle, mais pour ça il faut que tu arrêtes de me repousser ! Tu m'entends ?! Arrêtes ! "
Ma respiration est saccadée quand j'ai finis, me faisant respirer bruyamment. Samuel me regarde toujours de la même façon, aucunement surpris par mon emprise et ma colère.
Je ne le comprendrai jamais.
" Je fais ça pour ton bien " est la seule chose qu'il puisse répondre à mon monologue, sa voix plus calme et posée que d'habitude, et particulièrement douce.
" Si tu veux mon bien, si tu veux vraiment mon bien ; dis moi la raison pour laquelle on ne peut pas former un nous. " ma voix, par rapport à la sienne, sort plus ferme et froide. Et confiante, tout le contraire de ce que je ressens réellement.
" Il n'y a pas de raison "
" J'ai tellement envie de te frapper " j'avoue en fermant les yeux, essayant de contenir ma colère qui augmente avec chacune de ses paroles. " Je te demande des explications parce que je t'aime, et parce que tu m'as avoué ressentir la même chose. Mais Samuel, saches que je ne vais pas continuer à te supplier pour avoir des réponses. C'est maintenant ou jamais ; tu nous donnes, à nous, une chance ou pas ? "
Je peux voir par son expression qu'il hésite, par sa façon de mordre sa lèvre, par sa façon d'étudier mon visage.
" Tu disais me détester... " il dit ensuite, détournant encore une fois ma question.
" Merde réponds moi ! " je cri une fois de plus et il soupire. Puis inspire, ouvre la bouche, la referme. Puis il refait la même scène et toujours aucun mot ne sort d'entre ses lèvres.
Et finalement, il secoue la tête.
Je baisse les bras, je baisse les épaules, et je ferme les yeux.
" Tu ne m'aimes pas tant que ça, n'est-ce pas ? " je lâche un petit rire amer.
" Tu ne peux pas comprendre ! " il passe immédiatement sur la défensive et cette fois-ci c'est mon tour de secouer la tête.
" C'est vrai Samuel, je ne peux pas comprendre. Tu sais pourquoi ? Parce que tu ne me dis rien, parce que tu te caches. "
" Je ne me caches pas... "
" Qu'est-ce que c'est alors ? Hum ? "
" Je... " il ne finit pas sa phrase et retourne s'asseoir sur les marches comme il y a quelques minutes. Je l'observe en silence.
Un moment plus tard je soupire et vais m'asseoir à ses côtés. Je pose ma tête sur son épaule, comme par réflexe, mais hésitant tout de même. Il ne me repousse pas.
" Tu acceptes que tu es une femme forte ? " il demande ensuite.
Je garde ma tête sur son épaule et mes yeux dans le vide.
" Si tu le dis... " je murmure.
" Tu l'es "
" D'accord "
" Et... je t'aime "
" D'accord "
" Et je pense qu'on peut... Qu'on peut essayer "
" D'accord "
J'attend ses prochains mots pour répéter ' d'accord ' encore une fois, mais ils ne viennent pas. Je fronce les sourcils, puis relève la tête, le voyant me sourire.
' Et je pense qu'on peut essayer ' ses mots résonnent une fois de plus dans ma tête, et mon cerveau ne les prend en compte que maintenant. Et les comprend quelques secondes plus tard. Et mes lèvres se courbent. Et la chaleur dans mon corps ne provient plus de la colère mais du bonheur.
" T'es lente quand même, deux minutes pour comprendre une phrase " son sourire s'aggrandit, et ça lui va tellement bien, et il est tellement beau à cet instant, et tout à moi.
" T'es un imbécile " je souris en retour. J'ai l'impression que mon sourire est trop grand et que ma mâchoire va se déchirer, mais je ne le contrôle plus.
Il penche sa tête en avant, posant son front contre le mien. Je ferme les yeux, il frotte son nez contre le mien.
" Je sais " il murmure ensuite, et je sens ses lèvres s'approcher.
Et tout d'un coup je deviens nerveuse, pratiquement timide, comme si c'était notre premier baiser. Je ne l'imaginais pas sur des marches d'escaliers, encore moins de cette façon, mais je ne changerai rien à cela.
Il dépose ses lèvres délicatement sur les miennes, seulement une fraction de seconde, avant de se reculer. J'ouvre doucement les yeux, ayant la soudaine peur qu'il ait changé d'avis, mais en rencontrant son regard si doux, la peur s'efface et laisse sa place au soulagement.
" Joyeux anniversaire " il chuchote, caressant ma joue de son doigt.
Il sourit toujours, mais pas aussi grandement qu'il y a quelques secondes. J'ai l'impression qu'il réévalue sa décision dans sa tête, et peut-être qu'il le regrette, mais il ne me dit rien.
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