Chapitre 40
PDV Jade
Depuis que j'ai rencontré cet homme, ma vie n'a pas été la même. Samuel a tout changé. Il a chamboulé ma vie, et mes sentiments. Plutôt mes pensées...
Il est si difficile à comprendre ; ses gestes, ses paroles, tout m'est incompréhensible. Il me rend tout simplement confuse.
Mais à ce jour, je ne savais pas encore que ma confusion allait atteindre un tout autre degré, si ce n'est pas maximale. Je ne peux pas blâmer simplement Samuel par rapport à ça, mais il est celui qui me complique la tâche, et qui me compliquera toujours la tâche. Je n'avais encore rien vu, je n'avais encore rien vécus...
" Samuel? " je l'interpelle une fois devant la porte d'entrée ouverte. Marc s'arrête à côté de moi, les bras croisés sur sa poitrine. Je ne sais pas pourquoi il agit comme ça, mais j'ai l'impression que Samuel lui a dit quelque chose à son arrivé. J'en suis même presque sûre.
Samuel relève la tête et se redresse, se décollant du mur à côté de la porte. Il me regarde d'abord, puis se tourne vers Marc. Son regard reste sur celui-ci pendant plusieurs secondes, mais Marc ne bouge pas d'un millimètre. Je me tourne finalement vers lui en soupirant légèrement.
" Tu peux nous laisser quelques minutes? " je demande. Je ressens le besoin de m'excuser, mais je le ferais dès que Samuel va partir. Parce qu'il va partir.
Marc hoche la tête et lance un dernier regard vers Samuel avant de se retourner, nous laissant seuls.
" Qu'est-ce que tu fais ici? " je demande immédiatement après le départ de Marc. Je ne prend même pas la peine de lui demander où il a eu l'adresse, il a dû s'informer de Charles, puisque c'est lui qui m'a conduit jusqu'ici.
" Toi, qu'est-ce que tu fais ici? " Samuel rétorque, gesturant vers l'intérieur de l'appartement.
" Je suis chez mon ami " je répond.
" Exact, ton ami " il roule les yeux, " bref, de toute façon je m'en fiche "
Je fronce légèrement les sourcils à sa réponse. Une minute avant il avait l'air d'être très préoccuper du pourquoi j'étais ici, maintenant il affirme qu'il s'en fiche. Il ne me rend pas simplement confuse, il me fait mal aussi. Entendre quelqu'un, qui que ce soit, dire qu'il s'en fiche de vous et de ce que vous faîtes, ça fait mal. Je ne peux pas le nier, qui que ce soit qui me le dise, ça a toujours fait mal et ça fait toujours mal. Ça blesse.
" Exact, tu t'en fiches " je roule les yeux comme lui, ne voulant pas lui montrer que ses mots m'atteignent, " maintenant, pourquoi es-tu là? " je demande tout en croisant mes bras sur ma poitrine.
" Pour te ramener à la maison " il soupire.
J'arque un sourcil, " pardon? "
" Écoutes, je n'ai pas vraiment le temps là donc on va faire court d'accord? " il demande, visiblement impatient, "Charles n'est pas disponible donc on m'a obligé à venir te chercher "
Je ne fais pas attention à son choix de mot et garde la même posture, " J'avait dit à Charles que je rentrerais vers vingts heures, il n'est que dix-huit heures. "
" Donc? "
" Donc je ne rentre pas " je répond fermement.
Je vois sa mâchoire se tendre au fur et à mesure que je parle, mais je ne m'en préoccupe pas vraiment. Son comportement m'agace aussi, que puis-je?
" Je ne vais pas perdre tout mon temps avec toi Jade, et je ne suis pas ton chauffeur personnel ; donc tu viens tout de suite ou tu rentres en taxi "
Je souris légèrement aux choix qu'il me donne, mais décide de le cacher pour ne pas l'énerver encore plus. Je ne vois pas en quoi rentrer en taxi me dérangerait, j'y suis habituée.
" Bien, ne perd pas ton précieux temps avec moi, rentre. Je vais appeler un taxi "
Il a l'air d'être pris au dépourvu par ma réponse, bien que je ne vois aucune raison pour. Sa menace est presque enfantine, à quoi est-ce qu'il s'attendait? Que j'aille avec lui pour ne pas rentrer en taxi?
" Bien " il dit entre les dents après m'avoir regardé un instant.
" Bien " je répond avec un petit sourire.
Il jette un coup d'oeil derrière moi, à l'intérieur, puis me regarde encore quelques secondes avant de se retourner vers l'ascenseur. Les portes s'ouvrent quelques secondes plus tard, mais Samuel ne rentre pas à l'intérieur. Il se retourne vers moi, presque en hésitant, alors que je fronce les sourcils.
" Fais attention alors " il murmure, et la seconde suivante il est déjà dans l'ascenseur.
Je reste figée dans l'embrasure de la porte pendant quelques minutes, rejouant la scène dans ma tête. Oui, ce n'était pas quelque chose d'important, je suppose, mais c'était quand même... étrange.
Soupirant, je me retourne finalement et referme la porte derrière moi.
Je reviens dans le salon, m'installant encore une fois près de Fred pour lui faire manger le reste de son assiette. Après quelques bouchées de plus il n'accepte plus, et voyant que les autres enfants ont déjà finis leurs assiettes, je décide de tout nettoyer. Je suis la seule femme dans la maison, il y avait seulement une avocate qui est venus déposer son fils mais elle est partit cinq minutes plus tard. Et en plus j'aurais aidé Marc.
Je commence donc a empilé les assiettes sales, les amenant dans la cuisine, puis je m'occupe des verres et du reste. Quand tout est propre au salon je reviens dans la cuisine et commence à remplir le lave-vaisselle.
Entendre le cris et les rires des enfants me rend heureuse. Je ne sais pas comment certaine personne dise ne pas pouvoir supporter ce bruit, je trouve que c'est essentiel à la vie. Je ne sais pas, peut-être que j'adore les enfants et c'est pour cette raison que leurs bruit ne me dérange pas.
Près d'une heure plus tard, les parents reviennent petit à petit pour récupérer leurs fils ou fille, souhaitant chacun leur tour un joyeux anniversaire à Fred. Et bientôt, il ne reste plus personne dans la maison à part moi. J'aide Marc à ranger le salon, mettant un peu d'ordre après la visite des enfants, alors que Lola et Fred inspecte littéralement chaque cadeaux. C'est plus Lola à vrai dire, tournant et retournant chaque objet dans tout les sens alors que Fred rit et commente les cadeaux, promettant à Lola de jouer avec chacun d'eux.
" Lola s'est endormi " remarque Marc alors qu'on revient dans le salon. Je souris à la position de la petite fille, endormie sur le canapé, la tête sur les jambes de son frère. Elle sert fermement une peluche de zèbre contre elle, n'ayant même pas pris la peine d'enlever son emballage en plastique. A l'autre bout du canapé, Fred semble plongé dans un livre, ou plutôt une BD, vu la couverture. Je peux dire par la façon dont ses paupières se ferment un peu plus longtemps de temps en temps qu'il ne va pas tarder à s'endormir lui aussi.
" Je vais emmener Fred à son lit, tu peux prendre Lola? " Marc demande en se tournant vers moi.
Je hoche la tête et on s'approche du canapé. Je prend d'abord Lola dans mes bras, essayant de ne pas la réveiller, et l'emmène lentement vers sa chambre. Je la dépose délicatement dans son lit de princesse, la recouvrant de sa couverture. Je me retrouve à la regarder quelques minutes, un petit sourire au visage, avant de secouer la tête et sortir de la chambre, fermant la porte derrière moi. Je m'arrête devant la chambre de Fred, voyant Marc passer la couverture sur son fils.
" Je peux? " je demande en faisant un pas à l'intérieur.
Marc hoche la tête, se décalant du lit pour me laisser la place. Je m'installe au bord du lit, retournant le sourire de Fred alors qu'il tient fermement les couvertures contre lui.
" Tu as aimé ton anniversaire? " je murmure.
" Beaucoup " il sourit, " c'était le meilleur "
" Vraiment? "
" Hmm hmm " il hoche la tête.
" Je suis contente d'entendre ça " je place ma main sur la sienne, " je n'ai pas pû t'amener ton cadeau, ne m'en veux pas d'accord? Je te le ramènerais le plus tôt possible, promis "
Alors que je m'attendais à ce qu'il me sourit et me dise que ce n'est pas grave, il tourne plutôt la tête vers son père et lui demande de sortir. On se regarde un instant avec les sourcils froncés, puis Marc quitte finalement la chambre.
Je me rapproche un peu plus de Fred, " qu'est-ce qu'il y a? " je demande.
" Tu m'as promis... Que tu vas aimer... Mon père " il murmure, " c'est ça que je veux "
" Je sais Fred, je sais " je passe délicatement une main dans ses cheveux, " mais ce n'est pas un cadeau d'anniversaire non? En plus j'aime déjà ton père, et toi et Lola aussi " je souris.
Il secoue la tête, " pas comme ça... Comme maman ".
" Oh... "
Délicat...
" Promis? " il réitère sa question.
Puis-je faire une telle promesse à un garçon tel Fred? Puis-je lui mentir seulement pour lui faire plaisir?
Je ne pourrais jamais aimer Marc de cette façon. Je crois... Donc je ne pourrais jamais tenir une telle promesse. Mais, est-ce que ça vaut le coup?
Oui, ça vaut le coup. Si il va être heureux avec ma promesse, alors je suis prête à faire cette fausse promesse. C'est mal, j'en ai conscience, mais savoir sa maladie et voir son regard plaidant et son sourire innocent m'encourage à lui promettre cela.
Lui promettre que je vais aimer son père, de la façon dont sa mère l'a aimé. Avec amour.
" Promis " je souris finalement.
Je sens que je vais avoir le poids de cette promesse sur les épaules un long moment...
" Merci " il souffle.
Je caresse une dernière fois ses cheveux en souriant, puis me penche pour lui embrasser le front avant de lui souhaiter une bonne nuit. Je quitte sa chambre et referme doucement la porte derrière moi, lâchant un soupir que je ne savais pas que je retenais.
Je fais mon chemin jusqu'au salon, consciente que je vais être un peu mal à l'aise devant Marc après la promesse que je viens de faire à son fils. La porte du balcon est ouverte, me laissant voir la figure de Marc, de dos à moi. Je fait lentement mon chemin vers lui, frottant mes mains de haut en bas sur mes bras d'une façon mal à l'aise dès que je suis à ses côtés.
" Merci d'être venus " murmure Marc quelques minutes plus tard, son regard devant lui.
" Pas de problème " je souris, même s'il ne peut pas le voir.
Quelques minutes de silence passe encore avant qu'il soupire, reprenant la parole, " comment se passe les choses chez toi? "
Ce qui est bien avec Marc c'est que je peux savoir quand il est vraiment concerné et quand il demande seulement pour être poli. Là je peux dire par son ton qu'il est concerné. Je ne peux pas faire ça avec Sam, et de toute façon il renie ce qu'il a dit à sa deuxième réplique.
" Bien je suppose " je répond, pas encore décidé si je dois lui parler de ce qu'il se passe vraiment ou pas.
" Jade, tu sais que tu peux tout me dire. Je veux t'aider " il tourne la tête vers moi pour quelques secondes.
Je soupire, " je ne sais pas vraiment en fait tu sais? Je suis vraiment confuse. La famille Huguet est vraiment... compliquée je dirais. Il y a des règles, des secrets, des conflits et... Je ne suis pas vraiment habituée à tout ça. Jeanne, la mère de Samuel, est vraiment très gentille, Léna, sa soeur, l'est aussi. On est même devenus amie rapidement. Malheureusement elle part demain pour les Etats-Unis... Edouart, son père est... Je ne sais pas encore comme le définir à vrai dire " je ris légèrement, bien que au fur et à mesure que je parle tout enthousiasme s'évapore et laisse la place à la tristesse que j'essaye tant d'éviter. " Et Samuel... Eh bien, je ne l'ai pas encore totalement compris. Il me rend vraiment confuse, il est instable. Il s'énerve très rapidement, pour de sujets très simple, il ne sourit pas beaucoup et ne rit pas beaucoup non plus. Il est toujours grincheux et... " je m'arrête, me rendant compte que je suis en train de le critiquer, " mais des fois il est tellement sympa et drôle, je ne le reconnais plus. J'ai l'impression de vivre avec deux Samuel en fait " je finis en soupirant.
Il se tourne complétement vers moi, semblant hésitant à parler ou se taire. Il passe une main sur sa nuque avant de reprendre la parole, " tu sais, j'ai un peu étudié des dossiers de mariage forcé, on en a de moins en moins, mais ça se passe encore et... "
" Oui? " je l'incite à continuer, même si je sens que je ne vais pas aimer ce qu'il va dire.
" Ça se passe pas très bien en fait et... il y a souvent de l'abus et... de la violence " il souffle, " donc je me demandais si... "
" Oh non! " je secoue la tête, " non, rien de tout ça, vraiment. C'est juste... émotionelle tu vois? Rien de physique "
" Bien " il sourit, lâchant un soupir de soulagement - je suppose -, " je ne savais pas comment t'en parler et j'y pensais depuis un moment maintenant, ça me rassure "
" Non, ne t'inquiètes pas " je répète.
Il reste un moment en silence, détournant le regard, puis " donc vous êtes un couple maintenant? "
" Je ne dirais pas ça " je regarde moi aussi l'extérieur, le soleil se couchant complétement maintenant, " on est juste deux personnes qui vivent ensemble, sans lien direct. Si on aurait été un couple, je n'irais pas au dîner de demain soir toute seule. Je ne serais pas assise devant un beau couple tout seule " je soupire.
Puis j'imagine aller à ce dîner avec Samuel, comme un vrai couple. Passer du temps avec un autre couple. Je ne sais même pas comment appeler ça : un rêve ou un cauchemar?
" Tu vas à un dîner? " Marc me sort de mes pensées.
" Ouais, avec Andrew et sa copine " je me rappelle avoir parler d'Andrew avec Marc, je lui avais expliquer comment on s'était rapprochés pendant notre lune de miel avec Samuel.
" Et tu vas y aller seule? "
" Je ne vois pas d'autre choix " je soupire.
Je souris tout de même et me retourne vers lui. Je ne savais pas que j'allais regretter ce geste. Je ne savais pas que Marc était si proche d'un coup. Je ne savais pas que je n'allais pas réagir quand il s'est penché encore plus. Je ne savais pas que j'allais resté figée quand sa main s'est déposé sur ma joue. Je ne savais pas que j'allais rien faire quand ses lèvres se sont posés sur les miennes.
Je n'ai pas répondu à son baiser, mais je l'ai laissé faire. Jusqu'à que je revienne sur Terre et trouve l'énergie de le repousser.
Il se recule d'un pas, passant une main dans ses cheveux alors que sa langue passe plusieurs fois sur ses lèvres. Je détourne le regard en me mordant la lèvre inférieure, toujours sous le choque.
" Jade... " il soupire.
Je secoue la tête et sors du balcon sans lui adresser un regard de plus.
Il m'a embrassé... Il m'a embrassé! Et je l'ai laissé faire!
Le taxi prend une dizaine de minutes à venir, me laissant attendre devant l'immeuble dans la fraîcheur de la nuit. Je m'installe dans celui-ci et donne l'adresse, voulant rentrer chez moi le plus rapidement possible.
Je pense que tout les deux étions encore dans la surprise pour pouvoir parler. Donc que je m'en aille sans dire un mot était la meilleure chose à faire. Je me demande ce que ferait quelqu'un d'autre après un cet évènement. Peut-être qu'une autre fille ne s'en préoccupera même pas. Elle pourrait le voir comme un simple baiser.
Le problème c'est que je ne vois pas la différence entre un baiser et un autre. Voulu ou pas, un baiser reste un baiser pour moi.
C'était le cas avec Samuel, c'est le cas avec Marc aussi.
Samuel...
Je me rends compte que je l'ai - quasiment - trompé. Oui, peut-être que pour lui un baiser ne reprèsente rien, il l'a même dit pour notre premier baiser, mais je ne pense pas comme ça moi. Quand je l'ai vu embrasser une autre fille, moi ça m'a fait mal. Il n'avait pas à faire ça. Et je n'avais pas à faire ça.
Maintenant, que vais-je faire? Faire comme si rien ne s'était passé? Ou avouer cela à Samuel, mon dit-mari?
Je sais que dans son cas, Samuel n'aurait pas ressenti le besoin de m'avouer une telle chose. Mais même si c'est sur papier, il est mon mari, et moi je ressens le besoin d'être hônnete.
Mentir à un petit garçon pour le rendre heureux, puis avouer quelque chose à mon mari alors qu'il doit même pas s'en préoccuper. Tellement ironique.
Est-ce que ça vaut le coup de lui dire? Telle est ma question quand je rentre dans la villa, retrouvant toute la famille Huguet dans la salle de séjour, près du cheminée.
Ou peut-être que je devrais attendre le départ de Léna... ?
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