Chapitre 20

PDV Jade.

Après avoir pleuré un bon quart d'heure, j'ai passé l'heure d'après allongé dans la même position sur le canapé. Je ne faisais rien, mon regard était vide, mes bras le long de mon corps. Je ne bougeais pas.

Je ne le comprenais pas. Je ne me comprenais pas. Je ne comprenais personne.

Je ne me suis jamais plaint sur mon destin, je me suis jamais dit ' pourquoi moi? '. J'ai vécus avec les difficultés. J'ai fait avec, je me suis dit que c'était la vie, je n'y pouvais rien. Je suis passé par dessus tout, ou du moins j'ai fait comme si j'avais surmonté tous mes problèmes.

Mais là, allongée sur le canapé, je ne peux m'empêcher de demander ' pourquoi moi? '. Je ne peux pas m'empêcher de me demander ce que j'aurais bien pu faire pour mériter tous ça.

Je voulais juste un quotidien calme, je voulais juste une bonne famille. Je voulais construire ma propre famille, et j'espérais que ça sera la solution de tous mes problèmes.

Mais là, allongée sur le canapé, je ne peux m'empêcher de penser que mes rêves ne se réaliseront jamais. Jamais. Jamais je n'aurai cette famille, jamais je n'aurai ce quotidien banale mais calme.

Jamais.

Un soupir remplie de douleur s'échappe de mes lèvres alors que je me redresse. Ma tête me fait légèrement mal à force de pleurer, mais je tiens debout.

La sonnerie retentit alors que je me verse un verre d'eau dans la cuisine. Je dépose mon verre sur le comptoir et prend une grande inspiration, essuyant mon visage avec mes mains et espérant que qui que ce soit ne remarque pas que j'ai pleuré.

Quand j'ouvre la porte, Andrew se tient devant celle-ci. Il passe une main sur sa nuque quand il me regarde, et il me fait un petit sourire. J'essaye de forcer un sourire sur mes lèvres, comme d'habitude.

" Salut "

" Salut " ma voix est petite et je dois me racler la gorge pour le re-saluer.

" Euhm, ça va? " il semble légèrement gêné.

Je suis trop fatiguée pour penser au pourquoi.

" Ouais " je souffle, agrandissement mon faux sourire.

" Bien " il sourit, " où voudrais-tu aller aujourd'hui? "

" Oh euh... Je crois que je vais rester ici pour me reposer " je détourne son invitation rapidement.

Il fronce les sourcils, puis hoche la tête.

" Eh bien, reposes-toi bien alors " il me sourit et se retourne pour partir. Au moment où je fermais la porte il se retourne, se grattant la nuque. " Je sais que je suis toujours un employé... Mais si tu as besoin de parler, je serais là pour écouter ".

Je mors l'intérieur de ma joue pour ne pas éclater en sanglots. Les seules amis que je me fait sont là parce que je vais mal. Comme si ils étaient là seulement par pitié. C'est la même chose pour Marc, il est venus vers moi seulement parce qu'il m'a vu pleurer.

" Je vais bien " je mens, priant pour qu'il parte maintenant sans insister.

" Jade... Je veux simplement t'aider " il me dit calmement, gentiment.

" Je n'ai pas besoin d'aide! " je cris et claque la porte.

J'ai juste besoin de repos. J'ai juste besoin d'un moment calme. J'ai juste besoin d'arrêter de réfléchir. J'ai besoin de quelqu'un, j'ai besoin de réconfort, mais je ne sais pas où en trouver.

Je fais encore la même chose, comme depuis plusieurs années, je me renferme sur moi-même et laisse les gens s'éloigner de moi. Je les pousse à s'éloigner.

PDV Andrew.

Je suis surpris par le ton qu'elle a utilisé et par le fait qu'elle a claqué la porte à mon visage. Mais je suis triste aussi, parce que cela me montre combien elle va mal.

Je ne savais pas quoi faire hier soir, voyant Samuel avec cette fille. Je ne savais pas si je devais intervenir, mais qui étais-je pour le faire? J'espérais juste que tout se passe bien pour Jade.

Je n'ai pas démarrer la voiture un moment, réfléchissant. Puis j'ai vus la fille ressortir du chalet, semblant en colère. Je ne savais pas ce qui s'est passé à l'intérieur, mais je me doutais d'une dispute.

Ce matin j'ai attendu le départ de Samuel pour venir à la porte. Il semblait furieux, comme à chaque fois que je le vois, mais il semblait aussi perdu. Je n'ai pas compris.

Maintenant j'attend silencieusement devant sa porte, attendant qu'elle revienne sur ses pas. Je sais qu'elle va le faire. Je ne connais Jade que depuis seulement quelques jours, mais son caractère que j'ai réussi à déchiffrer en si peu de temps me rapelle celui de ma copine. J'ai comme eu un déjà vu quand Jade a claqué la porte, parce que c'est ce que ma copine avait fait à notre rencontre. Elle avait ensuite réouvert la porte et sauter dans mes bras, alors que j'étais à ce moment un parfait inconnu pour elle. Mais elle avait seulement besoin de se cramponner à quelqu'un à ce moment.

Comme je l'avais deviné, Jade ouvre la porte quelques minutes plus tard. Elle semble surprise de me voir attendre ici, mais tout aussi rassurée.

" Je suis désolée " elle murmure, baissant la tête et jouant avec ses doigts.

Elle ne m'a pas sauté dans les bras, mais c'est normal. Elle a besoin de quelqu'un d'autre à qui s'attacher. Et cette personne n'est pas moi. Mais je ferais tous ce que je peux pour faire disparaître cette expression triste de son visage.

Je m'avance lentement vers elle, hésitant légèrement, avant de passer mes bras autour d'elle. Je ne la serre pas fort, je lui fais seulement savoir que je suis là. Elle me serre contre elle en retour, et un instant plus tard j'entend ses faibles sanglots.

Je caresse légèrement son dos, la laissant pleurer sur mon épaule. Elle se sépare quelques minutes plus tard et on rentre à l'intérieur, refermant la porte derrière nous. Je la suis jusqu'au salon où elle s'installe sur un bout du canapé et je m'asseois juste à côté d'elle, au cas où elle voudrait pleurer encore un peu sur mon épaule.

Je ne lui pose pas de question, j'attend juste en silence. Si elle veut en parler, elle le fera, je ne veux pas la forcer.

" Je suis fatiguée " elle souffle, ses yeux sur ses mains, " ça ne fait que... quatre jours qu'on est mariés, seulement quatre jours, et je suis déjà fatiguée ".

" Tu n'as pas voulu ce mariage hein?"

Je me doutais un peu depuis leurs arrivés, mais je ne voulais pas y croire.

Elle secoue la tête, " je n'ai rien voulu de tout ça, et... je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir vivre comme ça. Si c'est déjà dure en quatres jours, comment pourrais-je vivre toute une vie comme ça? " elle me regarde enfin, comme si elle s'attendait à ce que je puisse répondre à sa question. Malheureusement, non.

" Ne perd pas espoir, la vie est comme ça Jade. Je peux deviner que tu as vécus des choses difficiles, et pourtant tu as réussi à sourire hier par exemple. Tu auras toujours des moments difficiles, mais ça va passer, crois moi "

" Non, ce n'est pas comme ça " elle souffle, détournant son regard, " jusqu'à maintenant j'ai réussi à tenir, j'ai réussi à avoir des moments de bonheur, j'ai réussi à sourire. Parce que je me disais que ça aller passer. Quand ma mère est morte, j'ai réussi à tenir le coup parce que elle m'avait toujours dit que ce sentiment de vide qu'on ressentait à la perte de quelqu'un diminuait chaque jour. Alors j'ai fait avec, j'ai pleuré tant de nuits, mais j'ai réussi à sourire parce que j'avais cet espoir que ce manque diminuerait un jour. Quand mon père a fait faillite, j'avais l'espoir qu'il retrouve un travail. Quand on avait plus de maison, j'avais l'espoir de retrouver un endroit pour vivre. Quand tout allait mal, j'avais cet espoir, cette voix au fond de moi me chuchotant qu'un jour tout va changer. Que je rencontrerais quelqu'un, que je fonderais ma famille, et que tous ces problèmes resteront derrière moi. C'est toujours l'espoir qui m'a aidé à rester debout. Mais là, je ne peux plus espérer. Mon futur est déjà dessiner, et ça me fait peur, parce que je ne veux pas vivre des moments comme ceux que j'ai vécus pendant ces dernier jours. "

Je suis pris au dépourvu par toute les information qu'elle m'a donné d'un coup et j'essaye de trouver mes mots pour la rassurer. Je ne veux pas qu'elle tente quelque chose qu'elle va regretter.

" Tu es bien trop gentille pour Samuel tu sais. Je n'ai aucun doute, tout va s'arranger un jour. Pour l'instant ça te semble comme si c'était un chaos, comme si tout les problèmes tombaient sur toi d'un coup, mais crois moi, ça va s'arranger avec le temps. Il ne faut pas que tu perdes cet espoir, c'est ça qui donne un sens à la vie. " je lui explique d'une voix douce.

Elle me regard avec des yeux larmoyants, traitant mes mots. Puis elle hôche la tête, mais je ne sais pas si elle est convaincue.

" J'ai juste... J'ai juste peur de vivre ça tout le temps. "

" Tu ne le vivras pas " je murmure, passant un bras autour de ses épaules.

Elle ne proteste pas, ne se retire pas et pose sa tête sur mon épaule. On reste en silence quelques minutes, elle semblant dans ses pensées, moi réfléchissant à ce que je pourrais lui dire pour la rassurer.

" Pourquoi tu étais derière la porte? " elle demande, relevant sa tête.

Je souris, " je savais que tu allais ouvrir la porte ".

Fronçant les sourcils elle reprend, " Comment ça tu savais?"

" Et bien, disons que j'ai déjà vécu ça. Ma rencontre avec ma copine s'était déroulé comme ça, et vos caractère se ressemble. Donc j'ai deviné que tu ferais la même chose ".

" Tu as une copine? " elle semble surprise.

" Ouais, bien sûr. Je ne suis pas assez beau pour en avoir une? " je souris.

" Non j'ai pas dit ça! "

" Je sais, je rigole " je ricane, elle semble rassurée et sourit légèrement.

Cette fille est trop gentille pour Samuel. Trop gentille.

" Où elle est? " elle continue la discussion sur ma copine, sûrement parce qu'elle ne veux plus parlé de ses problèmes.

" En France. C'est là que je l'ai rencontré " je souris au souvenir.

Jade déplace ses jambes pour s'asseoir en indienne sur le canapé, posant ses coudes sur ses genoux et sa tête sur les paumes de ses mains. Elle sourit légèrement.

" Raconte "

" Quoi? Ma rencontre? "

" Ouais,. S'il te plaît " elle rajoute.

Je suis soulagé qu'elle ne pleure plus, et son sourire n'est pas faux comme tout à l'heure. Elle a besoin d'un échappatoire, et je serais ravie de lui permettre ça.

" C'était il y a cinq ans " je commence, rejouant la scène dans ma tête, " j'avais vingts ans, je faisais une licence de français ici, et pour ma troisième année je suis aller en France. Je prenais des cours et travailler en même temps pour peaufiner ma langue. C'est cette année que je suis entré dans l'entreprise Huguet. Samuel venait tout juste d'avoir dix-huit ans ". Je m'arrête, me maudissant intérieurement de l'avoir cité. Mais Jade me regarde toujours de la même façon, comme si elle écoutait un conte, plongée dans l'histoire.

Je reprend avec un sourire, " Ça faisait déjà un bout de temps que je travaillais avec eux. On avait une réunion avec un partenaire australien et j'étais bien sûr le traducteur. C'était dans sa suite d'hôtel. J'étais légèrement en retard alors j'ai conduis seul, appelant M. Huguet en route pour lui demander le numéro de chambre. Je me précipitais à l'ascenseur quand je suis arrivé, j'avais un quart d'heure de retard et ils ne pouvaient pas commencer sans moi. Je suis arrivé devant la porte, puis j'ai toqué en reprenant mon souffle. Je n'oublierais jamais ce moment. C'était une fille qui m'avait ouvert la porte. Elle était en short et débardeur, un chignon décoiffé, les yeux rougies et un peu de trace de maquillage sur les joues. Je lui ai demandé si c'était ici la réunion, comme un con. D'un petite voix elle m'a dit que non, puis elle s'apprêtais à fermer la porte mais je l'ai retenu. Je lui ai demandé si ça allait, comme je l'ai fait avec toi. Elle a mordu sa lèvre inférieure en hochant la tête, mais je voyais qu'elle avait encore des larmes aux yeux. Je lui ai dit que je pouvais l'écouter si elle a besoin de parler. "

" Qu'est-ce qu'elle a dit? " demande immédiatement Jade alors que je reprend mon souffle.

Je secoue la tête, un petit ricanement s'échappant de mes lèvres, " Elle a seulement claqué la porte à mon visage "

" Oh " elle ricane aussi, " et après? "

" Après... j'étais encore sous le choque, alors je suis restée devant la porte. Je n'avais aucune intention, j'étais seulement surpris. Puis au moment où je suis revenus sur Terre et que je m'apprêtais à partir pour retrouver mon patron, elle a ouvert la porte. Elle pleurait et je l'ai juste regardé en silence. Elle est sortit de la chambre, les pied nus, et sans que je m'y attende elle a sauter dans mes bras. Comme ça, sans rien dire, sans me connaître, elle m'a juste enlacé. Je lui ai caressait le dos doucement, ne sachant pas quoi faire d'autre et quoi dire. Elle a murmuré que ça n'allait pas et je ne sais pas pourquoi, je l'ai juste serré un peu plus fort contre moi. On est rentré dans sa chambre ensuite, j'avais complètement oublié la réunion. J'ai passé le reste de la journée dans sa chambre, l'écoutant. Elle m'a raconté tellement de choses, presque tous ce qu'elle vécus dans sa vie. Elle a pleuré pendant un long moment, puis elle s'est endormi sur mes genoux. Je ne voulais pas la réveiller, alors je suis resté assis, adossé contre la tête de son lit, la regardant dormir. Et plus je regardais son visage plus je me disais qu'elle était belle et qu'elle méritait de sourire."

" Wow " souffle Jade quand je m'arrête, " c'est... romantique, mais surtout inattendu"

" Ça l'est " je ris, " elle était tellement gênée à son réveil, elle s'est excusée une centaine de fois. Mais tu t'imagines, elle ne me connaissait pas, je pouvais être un psychopathe ou je sais pas, je pouvais être quelqu'un de dangereux, mais elle n'a pas pensé et m'a juste emmené dans sa chambre. C'est tellement fou quand j'y repense. "

" Et après? Tu lui avouer que tu l'aimais? " elle reprend ses questions.

" Non " je ris, " je la trouvais belle, mais à ce moment c'était sans plus. Je voulais apprendre à la connaître, pas ce qu'elle à vécus, mais ce qu'elle aime par exemple, des petites choses sur elle. Je l'ai invité à un dîner, et je lui ai dit que je prenais ça pour son excuse. C'était un simple dîner, rien de romantique. On a juste parler pour apprendre à se connaître. Puis un autre dîner c'est suivis, un déjeuner, une séance cinéma, une journée au parc, et ainsi de suite "

PDV Jade.

" Elle s'appelle comment? " je demande, voulant continuer cette conversation plus qu'intéressante.

" Lucie " il sourit.

J'aime bien son sourire et son regard quand il parle de sa copine. Je l'envie.

" Vous êtes ensemble depuis combien de temps alors? "

" Deux mois après notre rencontre je lui ai avoué mon amour. Et depuis on est ensemble, ça va faire cinq ans en janvier. "

" Et tu penses aller plus loin? "

" Tu parles du mariage? " il sourit, pas surpris du tout.

J'hoche la tête, espérant qu'il me dise qu'il veut la marier. Leur histoire est tellement belle, je veux qu'ils se marient.

" Ouais, je vais la demander en mariage. Mais je ne sais pas quand " il souffle, " je veux attendre le bon moment tu vois? Je veux que ça soit parfait "

" Tu as raison " souris-je.

Je me met à la place de Lucie quelques secondes, fermant les yeux. J'imagine quelqu'un comme Andrew, j'imagine qu'il m'aime, qu'on soit ensemble depuis cinq ans et qu'il me demande en mariage.

Sauf que ce rêve ne se réaliseras jamais. Samuel n'est pas cette personne que j'attendais, il ne m'aime pas, et je suis déjà mariée avec lui. Je n'aurais jamais de demande en mariage en fait.

" Ça va? " la voix d'Andrew me sort de mes pensées.

J'hoche la tête et lui souris, encore sous l'effet de son histoire avec Lucie.

* * *

Andrew a passé le reste de la journée avec moi, me racontant des anecdotes marrantes avec sa copine. J'ai vraiment ris à certains moments, oubliant tous. Je me sentais mieux quand il est partit et je l'ai remercié une dizaine de fois.

C'est vraiment un homme bien. Lucie a beaucoup de chance de l'avoir.

Plus la soirée avançait plus je devenais nerveuse de revoir Samuel. J'ai pensé à me coucher avant qu'il arrive, pour éviter toute discussion, mais je n'arrivais pas à dormir. J'ai tourné dans tous les sens dans le lit de Léna, attendant le bruit de la porte d'entrée s'ouvrir.

Il ne s'est pas ouvert.

J'ai contrôlé mon portable plusieurs fois et la dernière fois il était quatre heure du matin. Samuel n'était toujours pas rentré.

Je ne l'ai pas vu le lendemain, et il n'est pas rentré le soir aussi.

 La nuit d'après aussi.

Le jour suivant je me suis enfin décider à demander des nouvelle à Charles ou Andrew, commençant à m'inquiéter. C'était notre dernière journée en lune de miel, on devait rentrer le matin suivant, mais Samuel n'était pas là.


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