Chapitre 11

PDV Jade

" Est-ce que tu vas revenir ici après? " demande Annie alors que je me prépare pour sortir bientôt. Jeanne a appelé pour me dire qu'elle a envoyé le chauffeur pour venir me chercher, et même si je ne voulais pas j'ai été obligée d'accepter.

" Oui Annie, c'est à partir de demain que je ne serais pas là" répétai-je en la regardant à travers le miroir.

" Et après ? "

Je me retourne pour lui faire face, rencontrant ses yeux remplies de curiosité. İl y a aussi de la tristesse mais je vais faire comme si je ne l'avais pas vu. C'est déjà assez dur comme ça pour moi.

" Après... Je vais venir de temps en temps ici et tu pourras venir me voir aussi" souris-je.

Je suis devenu professionnelle dans l'art du faux sourire. Je suis devenu professionnelle en ce qui concerne de cacher la tristesse. C'est fou comment les gens donnent tant d'importance aux apparences, ils ne voient jamais ce que peux cacher un sourire. İls ne voient jamais l'intérieur, comment on est démolis, comment on est brisés, ils voient seulement la façade extérieur. C'est pas que je m'en plains non, je n'ai pas à expliquer à qui que ce soit pourquoi je suis triste, j'ai seulement à sourire et faire comme si tous va bien.

"Venir chez toi? " me demande-t-elle et je perçois un peu d'excitation dans sa voix.

J'hoche la tête au moment où la porte s'ouvre sur mon père. Il me prévient que la limousine est arrivée puis sort de la chambre. On se parle presque plus...

" Bon, Annie, souhaite moi bonne chance et fais attention à toi " dis-je en l'embrassant sur le front avant de prendre mon sac et sortir à mon tour de ma chambre. Je ne perd pas de temps et met rapidement mes bottes puis sors de l'appartement. Je suis encore légèrement irrité quand j'aperçois la limousine devant mon immeuble et le chauffeur en costume qui me tient la porte. Les gens doivent être encore en train de me regarder et je déteste attirer l'attention sur moi. Faudra peut-être que j'en parle avec Jeanne, elle n'a pas besoin de m'envoyer sa limousine, je peux prendre un taxi dans le pire des cas.

Je ne dis rien pour l'instant et m'installe sur mon siège après avoir remercier le chauffeur. Comme la dernière fois, Jeanne n'est pas là et le chauffeur me prévient qu'elle est déjà au salon de beauté. Même si je n'y ai jamais été, je sais déjà de quoi ça a l'air. Grand et luxueux. Tous ce que je déteste. Fin du moins, que je n'aime pas.

Une fois arrivé à destination, le chauffeur vient m'ouvrir la porte sans que j'ai le temps de le faire moi-même. Je le remercie encore une fois puis mes yeux examinent le bâtiment devant moi. Grand et luxueux. Comme je l'avais imaginé. Après avoir pris une grande inspiration, je pousse la porte et entre à l'intérieur. Je n'ai même pas le temps de regarder aux alentours qu'une femme dans la trentaine vient m'accueillir, me disant que Mme. Huguet est prête et qu'elle m'attend.

On s'arrête devant une salle au troisième étage.

" On va commencer par un massage. Vous pouvez vous changer ici " me dit-elle en m'ouvrant la porte puis se retourne et s'éloigne dans le couloir. Je rentre à l'intérieur, c'est comme des vestiaires, avec des casiers et tout. La pièce est vide, j'aperçois une étiquette portant mon nom et juste en dessous se trouve une serviette.

Je suis très pudique, même si ce ne sont que des femmes, donc je reste un moment à observer la serviette pour me décider de ce que je vais faire.

Puis-je refuser ? Je ne pense pas qu'on m'écoutera. Puis-je m'enfuir ? Mon père me tuera. Ai-je le choix ? Certainement pas.

Contre mon gré, je me déshabille puis enroule fermement la serviette autour de mon corps avant de sortir de la salle. J'arrive au bout du couloir quand je revois la dame de tout à l'heure. Quand elle s'aperçoit que je suis prête, elle me demande de la suivre, et bien sûr je le fais.

On arrive rapidement dans la salle de massage. Jeanne est effectivement prête, mais il y a une jeune fille à côté d'elle. J'avance vers eux et me racle la gorge pour qu'elles se retournent. Quand j'aperçois le visage de la jeune fille, elle ne me semble pas si étrangère bizarrement.

" Bonjour ma belle! " me salut Jeanne. Je ne fais pas attention au surnom qu'elle m'a donné et la salut à mon tour.

" Je te présente ma fille, Léna. " continu-t-elle.

Je lui sourit mais elle me prend au dépourvu quand elle m'enlace. Elle comprend son erreur juste après et recule, essayant de remettre en place sa serviette tout en riant.

" On peut commencer mesdames ? " une voix derrière moi surgit et je vois Jeanne hocher la tête.

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" J'ai été très surprise. " continu Léna en posant son verre de café sur la table ronde autour de laquelle nous sommes assises depuis une bonne demie-heure. Jeanne a insisté à aller chez le coiffeur après le salon de beauté et Léna a proposé qu'on aille prendre un café. J'ai accepté sans attendre, passer quatre heures dans un salon de beauté m'a épuisée alors que je devais être plus relaxé.

" Quand ma mère m'a appelé pour m'annoncer le mariage, je crois que je suis restée un quart d'heure la bouche ouverte " rit-elle. " Fin tu vois, je ne voyais jamais mon frère comme ça. "

Je me tend légèrement à l'entente de ça, me rappelant de lui.

" Est-ce que... je peux te poser une question? " demande-t-elle en hésitant.

" Bien sûr " dis-je simplement en portant mon verre à mes lèvres.

" Euhm... Samuel ne voulait pas en parler donc j'ai demandé à ma mère... Et d'après ce que j'ai compris vous... Fin, c'est un peu un mariage arrangé c'est ça? "

Je ne fais qu'hocher la tête, mon regard dérivant vers l'extérieur. Elle ne pouvait pas continuer à parler de son année en Amérique?

" Donc... Tu ne l'aimes pas? " continu-t-elle et j'ai envie d'hocher la tête mais je ne le fais pas.

" Je ne le connais pas " soufflais-je.

" Oh... Tu sais, il n'est pas si pire que ça... Tu va le comprendre avec le temps. " dit-elle et je me rappelle de la discussion qu'on avait eu avec Jeanne.

Je n'attends pas plus de Léna, je sais qu'elle va me dire la même chose. Tout le monde pense qu'on va fondé une belle famille, qu'on vivra heureux et ce pour toujours. Ils sont juste trop aveugles pour voir la vérité, c'est à dire tout le contraire de ça.

" Je ne serais pas toujours là mais... je veux qu'on ai une relation d'amitié et non de belle-soeur " dit-elle avant que je vois Jeanne entrer à l'intérieur du café avec sa nouvelle teinture de cheveux. Je sourit à Léna, l'idée qu'on soit amies me satisfaisant plus qu'elle ne le pense.

" Les filles, on doit y aller. " annonce Jeanne sans s'asseoir.

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Je défais mon lit après avoir mis mon pyjama et m'engouffre sous les couvertures. Jeanne et Léna sont venus ici après le café, elles sont restés un petit moment, seulement pour prendre ma robe et me donner les détails pour le déroulement de demain. J'ai préparé le repas quand elles sont parties, et pendant que mon père et Annie mangeaient, je me suis enfermée dans ma chambre. J'ai regardé chaque recoin, mémorisé le plus possible puisque c'est ma dernière nuit.

Et maintenant je suis allongée sur mon lit, le regard fixé au plafond, me répétant que tout va bien.

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" Jade, ici! "

" Et maintenant met ça "

" Oh et on va mettre ça aussi. "

" Tu es splendide."

" Jade, ma belle on a pas finis."

" Jade, est-ce que je peux venir avec vous? "

" Vous devriez lui appliquer plus de maquillage. "

" Par ici ma belle, on va mettre ta robe "

" Où sont ses chaussures? "

" Oh il reste que quelques heures! "

" Tu es ravissante comme ça! "

" Il manque le bouquet de fleurs! "

Alors que Léna cherchait le bouquet partout dans la salle, Jeanne faisait ses touches finales, et les autres étaient occupés aussi, je pris cela comme un avantage pour sortir d'ici. L'air semblait conditionné à l'intérieur, tout le monde autour de moi, me disant des choses, me faisant faire des choses, c'est juste tellement emprisonnant.

Je suis dans cet salle depuis tôt le matin, au début une coiffeuse est arrivée pour faire mes cheveux malgré l'heure tôt. Ensuite, après un bref petit-déjeuner, Jeanne et Léna se sont préparées. Une styliste est venu pour m'aider à mettre ma robe et l'ajuster sur moi puisque je n'avais pas voulu une retouche quand Jeanne me l'avait demander. Tout le monde semblait en panique au fur et à mesure que l'heure avançait. C'est mon jour de mariage et je suis la plus calme. Eh bien, j'ai juste envie de pleurer et de crier, mais je reste calme de l'extérieur.

Pendant que tout le monde me donnait des ordres, d'aller là, de faire ceci ou cela, je suis restée en silence, hochant la tête et obéissant.

Annie est prête aussi et elle a l'air splendide dans sa robe. Elle est encore plus excité qu'hier, quand elle était venu dans ma chambre pour dormir avec moi. J'étais plus que surprise quand elle a commencé à pleurer, me demandant de ne pas laisser. Je ne savais pas quoi répondre, j'essayais juste de ne pas pleurer aussi. Mais j'avais terriblement échoué.

Je n'ai pas encore vu Matthieu mais il m'a appelé pour me dire qu'il attendait qu'Éloïse soit prête. Je suis contente qu'il soit là.

Mon père... J'ai croisé son regard ce matin, avant de quitter l'appartement. Je voulais lui crier ma haine, je voulais lui dire que je ne le considère plus comme mon père, mais au lieu de ça, je n'ai fait que secouer ma tête. Il ne semblait pas joyeux ou excité comme tout les autres par contre, il avait un visage neutre, mais dans ses yeux je pouvais lire autre chose. Je ne veux pas croire que ce soit de la tristesse, tout ça est à cause de lui.

Et enfin Marc. J'espérais qu'il vienne pour me soutenir parce que le fait de le voir comme ça debout, fort, souriant, me rappelle qu'il y a des gens qui vivent bien pire que moi et c'est ce qui m'empêche de pleurer. Mais il m'a dit qu'il ne venait pas...

Quand je reprend mes esprits, l'air frais du mois de décembre étant d'une aide importante, je remarque que je me suis assez éloigné de la salle où ont lieu les préparations. Ils ont loué une salle pour ça oui.

J'ai une idée qui trotte dans ma tête depuis ce matin et je veux tellement le faire mais je ne suis pas sûre de le pouvoir. C'est loin, et de toute façon je suis déjà en robe. Mais... Je ne peux pas aller à cet église sans lui dire un mot. J'ai raconté tous mes moments importants à ma mère, que ce soit quand elle vivait où qu'elle est morte. Et même si je ne le veux pas, aujourd'hui est un moment important dans ma vie. Tout va changé, et j'ai besoin de le dire à ma mère.

Je regarde derrière moi, m'attendant à voir quelqu'un mais quand je vois personne, je décide que je vais le faire. Même s'il reste un court moment avant la cérémonie, même si je suis en robe de mariée sans rien pour me protéger du froid, même si je suis en talons, et même si je n'ai pas mon portable sur moi, je vais y aller. Je vais allé à ce cimetière.


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