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Lorsque la sonnerie retentit, annonçant la fin du cours, je me dépêchai de ranger mes affaires pour sortir le plus vite possible. Je voulais éviter Nola.
« - Axelle ! »
Je stoppai net. Le ton était plein de reproches, je voyais qu'elle était en colère. Elle arriva près de moi.
« - Tu te fais du mal !? »
Cette phrase était plus une affirmation qu'une question, mais je ne la contredis pas car je savais qu'elle ne me croirait jamais si je lui disais que j'avais eu cette blessure lors d'un rêve. Et bien, qu'elle croit ce qui lui plaisait. Enfin, c'est vrai que, moi-même, j'avais du mal à y croire... Mais quelqu'un ne m'aurait tout de même pas kidnappée, torturée, puis remise gentiment à sa place comme si de rien n'était ! ... si ?
« - Axelle, je t'ai parlé !
- Hein, quoi ? Ah, oui, heu...oui ?
- Laisse tomber. »
On arriva au self et on s'installa à notre table habituelle. Nola me parlait, mais je n'arrivais pas à suivre la discussion. Mes yeux se fermaient tout seuls, malgré le fait que j'avais dormi, et je pensais à tout autre chose. Je me souvenais encore de ces paroles étranges que m'avait dites la femme, et de cette douleur. Je supposais que Cornelia était la dame en noir, mais qui était ce "la" et ce "elle" sur qui elle revenait sans cesse ? Elle faisait sans cesse allusion à cette personne, qui devait être une jeune fille. Mais qui ? Et quelle était cette histoire de "liés" ? Je ne comprenais rien à rien.
« Axelle, tu m'écoutes, oui !? T'es vraiment bizarre aujourd'hui ! Qu'est-ce que t'as ? »
"Mes parents viennent un peu tout juste de mourir ! Ça te va, là, comme raison !?" avais-je envie de lui crier à la figure. Au lieu de cela, je restai silencieuse.
« - Tu t'es bien reposée cette nuit ? T'as une tête épouvantable !
- Hein ? Heu...oui oui. Et je te remercie...
- T'es sûre !? Tu n'as toi-même pas l'air convaincue...
- En tout cas merci pour le compliment. »
Elle parut me croire, et, satisfaite, se remit à me parler de je-ne-sais-quoi. Alors qu'elle continuait à parler, absorbée par son monologue, je la regardai attentivement.
Plus je l'observais, plus un goût amer me venait à la bouche. Un sentiment, que plusieurs fois déjà j'avais éprouvé, mais qui cette fois me sembla plus tenace et plus puissant, s'installa en moi. Une idée désagréable.
Elle ne me comprenait pas.
Avec elle, j'avais l'impression que tout était dans le paraître. Je tentais de ne pas extérioriser mon mal-être, je lui assurais que tout allait bien, et alors elle s'en contentait. Elle se confortait dans l'idée que tout était beau autour d'elle. Elle ne cherchait pas à savoir en profondeur. Je venais de perdre mes parents, tout de même !
C'était comme si, quand elle demandait « ça va ? », elle se fichait de la réponse. Elle posait juste la question parce que c'était gentil de demander. J'avais l'impression que nous étions à des kilomètres l'une de l'autre. Et je ne pouvais m'empêcher, inconsciemment, de la comparer à Margot. C'était mal, je m'en rendais bien compte. Mais c'était ainsi et pas autrement. Je crois que je ne pouvais pas y changer grand-chose.
Je ris nerveusement et me mis à tourner ma fourchette dans mon assiette, sans grande conviction.
Je lui reprochais des choses, mais après tout peut-être était-ce aussi un peu de ma faute ? Je n'aimais pas me confier. Humilité ? Peut-être. Il est vrai que je ne voulais pas passer pour la fille qui se plaint tout le temps. Mais je passais peut-être d'un extrême à l'autre. Et si, de mon côté, je faisais des efforts, peut-être que cela arrangerait tout ? Ou du moins une partie.
Elle piaillait toujours. Je la coupai brusquement, de peur de perdre tout le courage que j'avais réussi à rassembler.
« Heu... Nola, je peux te dire un truc ? »
Elle sembla toute interloquée par ma question.
« - Ben oui, vas-y.
- C'est à propos de ce que tu as vu tout à l'heure, sur mon bras. C'est vraiment pas ce que tu crois. Je ne me fais pas du mal, faut pas t'inquiéter.
- Alors comment est-ce arrivé là ? » demanda-t-elle, agressive. « Tu mangeais et puis là pouf !, y a du sang qui a coulé sur ton bras, peut-être !? »
Elle commençait à élever la voix.
« - Ou alors tu veux me faire croire que tu t'es mis un bandage sur une blessure inexistante, juste pour le fun, et que tu as tout fait pour le cacher, juste parce que c'est drôle !?
- Bon ok, j'ai vraiment une blessure. Mais c'est pas arrivé quand je mangeais. Non, en fait, je dormais et...
- C'est ridicule Axelle, et tellement incroyable ! Est-ce que tu t'en rends seulement compte, de tes conneries ? Pourquoi tu n'avoues tout simplement pas que tu te fais du mal ! Vas-y, toi qui aimes tant te plaindre ! Qu'est-ce que tu vas encore aller inventer la prochaine fois, pour te faire remarquer ? »
Elle se leva de sa chaise et partit, énervée.
Bonne ambiance... Décidément, j'avais l'impression que jamais nous n'y parviendrions.
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