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Une larme roula sur ma joue lorsque je me rendis enfin compte de ce qu'il m'arrivait. Je n'avais plus de famille. En quelques secondes, j'étais devenue orpheline. Tout était arrivé tellement vite...

Je relevai la tête et vis le directeur me regarder intensément. Je repris mes esprits très vite et partis en courant, le laissant en plan. J'avais besoin d'être seule.

Mes pas me portèrent d'eux-mêmes vers le grand parc que j'aimais tant, pas bien loin du lycée. Je m'assis sur un banc, à l'ombre des arbres, et laissai mon esprit vagabonder.

Mes pensées me ramenaient sans cesse sur ce dialogue que je n'avais eu seulement quelques heures plus tôt avec ma mère. Puis un autre souvenir me revint en mémoire. Il me paraissait à la fois si proche et en même temps si lointain. Il semblait appartenir à une autre vie. Un autre moi. J'en venais presque à me demander si je l'avais réellement vécu. Tout était embrouillé dans ma tête.

Flashback

On venait tout juste d'entamer le mois de juin. Il restait une petite semaine avant les vacances d'été. Les grandes vacances. Je savais ce que ça signifiait. Soleil, rires et soirées tranquilles, couchés à pas d'heure. Cette joie, je n'étais pas la seule à la ressentir ; tout le monde souriait. Même les oiseaux, perchés en haut des arbres, extériorisaient leur gaieté en chantant de belles mélodies. Je ressentais une sorte d'excitation, un bonheur qu'on sent se disperser dans tout notre corps quand le beau temps revient. Je me sentais vivre, tout simplement. Il faisait bon au soleil, j'étais bien.

Nous marchions tranquillement au bord de la mer. Nous aperçûmes le marchand de glaces en même temps. Nous tournâmes la tête l'une vers l'autre et nous regardâmes avec une lueur malicieuse dans les yeux.

« - Va t'asseoir sur le banc là-bas, j'arrive avec les glaces. »

Quand je revins près d'elle, elle fixait la mer, mélancolique.

« - Une bonne petite glace et tous vos tracas s'envoleront, jeune demoiselle. Vous retrouverez votre beau sourire d'antan, m'exclamai-je en lui tendant une glace au yaourt, sa préférée.

- J'ai pas de tracas, moi. Mais ça m'empêche pas de manger des glaces. »

  Je la regardai, un sourcil haussé, l'air de dire « je ne suis pas dupe, je lis en toi comme dans un livre ouvert, et je sais quand quelque chose te chagrine ».

« - Tu ne crois pas un mot de ce que je raconte parce que tu n'es pas dupe, tu lis en moi comme dans un livre ouvert et tu sais quand quelque chose me tracasse, je sais, soupira-t-elle.

- Loupé ! Quand quelque chose te chagrine, rectifiai-je. J'aurais pu dire "turlupine", remarque. Nan, sans rire, arrête de lire dans mes pensées, je t'ai déjà dit que ça se faisait pas, m'offusquai-je théâtralement.

- Dit-elle ! Nan mais je rêve, c'est qui qui lit dans les pensées de qui, là ?

- Mange au lieu de râler, je ris, elle va fondre et tu vas en mettre partout. »

Nous dégustâmes nos glaces respectives en silence, le regard rivé sur l'océan. Je m'apprêtais à lui demander ce qui la chagrinait, comme elle disait, mais elle me devança.

« - Axi, je ne suis plus sûre de vouloir vraiment y aller. »

Elle observait toujours l'horizon. Je souris.

« - Bien sûr que si, tu as envie d'y aller. Et ne me dis pas le contraire, tu arrêtes pas de m'en parler depuis que tu sais que tu vas partir ! Attends, vu le nombre de fois où tu me l'as rabâché, tu parles que j'ai bien compris que t'avais hâte !

- Ouais, je sais, mais tu comprends, tu vas me manquer ! Deux mois c'est tellement long ! »

Cette fois, elle tourna la tête vers moi et planta ses yeux bleus-gris dans les miens.

« - Et puis on sera même pas sur le même continent, tu te rends compte !?

- Mais Ma' enfin ! Tu rêves d'aller en Amérique depuis que t'es toute petite ! Tu ne vas pas y renoncer alors que ton rêve va se réaliser dans à peine quelques jours ! Et puis tu sais, comme ça, c'est vrai, quand on dit deux mois, ça parait énorme, mais ça va passer super vite, tu ne verras même pas le temps passer ! On sera juste séparées par un peu d'eau. Un petit océan de rien du tout. »

Elle sourit mais baissa le regard.

« - Oui mais quand même ! Toi, tu vas rester coincée ici, ça me fait mal de te laisser !

- Faut surtout pas que tu penses à moi, Ma' ! Moi je serai heureuse pour toi. Profite à fond, fais du shopping, va visiter des trucs, mais surtout, la seule chose que tu ne dois pas faire, c'est penser à moi ! Enfin, même si ça me dérange pas si tu me ramènes des chocolats ou des choses du genre, bien sûr... »

On explosa de rire à ma remarque et on se fit un énorme câlin, puis elle me remercia de l'avoir encouragée.

« - Tu sais toujours trouver les mots justes, Axi. Merci. »

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