✨ Chapitre 32 ✨

Je me décrispe pour courir de toutes mes forces jusqu'à la maison en flamme. Je ralentis ma course, jusqu'à m'arrêter et les villageois commencent à s'attrouper autour de la petite maison. Certains prient mais je n'y prête pas attention. Je me dirige vers un homme, plutôt grand et baraqué.

- Que s'est-il passé ? je lui demande de plus en plus inquiète.

Il a l'air de me reconnaître car un grand sourire, malgré la situation, apparaît sur son visage.

- Je ne sais pas... la maison a prit feu d'un seul coup.

- Y a-t-il des gens à l'intérieur ? je m'affole.

- Personne n'est sorti Diana.

Je cours comme une folle dans la maison. Grâce à mes pouvoirs, je ne crains pas le feu. Il n'a aucun effet calcinant sur ma peau qui faite pour lui résister. J'entre dans la maison, mais la fumée est trop intense. Je ne réfléchis pas beaucoup et je passe tout de suite à l'action.

- Y a quelqu'un ? je hurle pour me faire entendre.

- Là !

J'entends une voix de femme et je vois une main se lever malgré la fumée. J'accours en évitant plusieurs fois des bouts de bois brûlés qui tombent du plafond. Je vois qu'il y a deux jeunes filles de mon âge en train de tousser à pleins poumons, un enfant coincé sous la table en feu, un nourrisson dans les bras de sa mère allongée par terre, inconsciente.

Je m'approche d'eux comme je peux.

- Attrapez-vous les mains ! je cris aux trois enfants et à la mère.

Tout le monde se tient, tant bien que mal et je télétransporte tout le monde dehors grâce à ma magie. Ça m'épuise énormément mais je ne fais rien paraître.

- Tout le monde est là ? je demande avant de prendre en charge les blessés.

- Papa est resté à l'intérieur ! hurlent les deux jeunes filles en même temps.

Je me tourne illico presto mais je sais que je ne pourrais pas supporter une nouvelle fois la fumée. Je décide donc de procéder autrement. Je me place en face de la maison et je tends mes deux mains devant moi. Et, avec toute ma volonté je prononce une formule magique que seuls moi et Liam connaissons.

La fumée et le feu sont aspirés par mes mains et je peux voir la malheureuse maison brûlée. Mais je n'ai pas le temps de rester sans rien faire. Je dois aller chercher le père à l'intérieur.

Je cours aussi vite que mon corps me le permette et me mets à la recherche du père. Une dizaine de secondes plus tard, je le trouve sous une tonne de débris encore chaudes et brûlantes. Je le débarrasse de là et le soulève grâce à ma magie car vu sa carrure je n'aurai jamais pu le porter toute seule.

Quand je sors de la maison avec le père de famille, tous les gens qui ont assisté à la scène m'applaudissent. Je leur fais comprendre, d'un signe de la main, que ce n'est pas encore fini car l'état de certaines personnes sont à déplorer.

- Le nourrisson d'abord, je leur ordonne.

La mère a reprit conscience. « L'air frais lui a donc fait du bien », j'en conclus.

Elle me tend le poupon mais je ne sens plus son pouls. Je lève la tête et je vois que tout le village a les yeux rivés sur moi. Je regarde les deux sœurs mais mon regard se dirige vers la mère.

Elle a l'air très jeune pour avoir mis au monde quatre enfants. Elle est grande, rousse avec de grands yeux verts feuilles. Sa peau est brûlée à quelques endroits mais il n'y a rien de grave.

- Il n'a pas pu survivre à l'incendie, je déclare.

La mère me regarde avec de grand yeux mais quelques secondes après, elle font en larmes.

- Non ! Il ne peut pas mourir. Il est jeune ! Ce n'est pas possible !

Ces larmes coulent à flots. Je lui tends le bébé. Elle caresse son visage d'une main tremblante mais gracieuse.

Elle lève la tête et me regarde droit dans les yeux.

- Je suis désolée, je lui dis sincèrement.

Elle continue de pleurer, et les cris de la mère pour son fils me font réagir. Je regarde autour de moi et je croise le regard de tous ces villageois unis qui prient pour le décès du nourrisson. Tout le monde pleure et un silence religieux règne parmi nous.

La mère et maintenant les deux sœurs qui se ressemblent toutes les trois comme deux gouttes d'eau pleurent la mort de leur frère. Je ressens une énorme tristesse devant cette scène plus que sinistre. Une larme coule malgré moi sur ma joue. Cette dernière s'écrase par terre et je relève vivement la tête.

Je tends les bras vers la mère mais elle n'a pas l'air de comprendre :

- Donnez-moi le nourrisson.

- Pourquoi ? me dit-elle, sur la défensif en reculant son enfant de mes bras.

- Donnez-moi le nourrisson, je lui répète, en lui lançant un regard insistant.

Elle me le tend sans un mot et tout le monde me regarde.

Je pose mes deux paumes contre le bébé et une forte lumière orangée aveuglante en sort. Je suis en train de donner une partie de ma force vitale à ce poupon.

Je peux y arriver sans risquer ma vie car il a besoin de moins de force pour vivre puisqu'il est plus petit.

Après quelques minutes d'éclairage intensif, le bébé commence à pleurer. Je retire mes paumes de celui-ci et je l'inspecte de tous les côtés. Son cœur rebat à plein régime. Je donne l'enfant à sa mère et je me penche sur le quatrième enfant que j'ai retrouvé sous la table en feu.

Je l'inspecte tout comme le bébé mais il n'a rien de grave. Je n'aurai pas besoin de lui procurer des soins maintenant, il pourra attendre d'être à l'infirmerie de l'école.

Je vois qu'une des deux sœurs jumelles est penchée sur son père. Son oreille au niveau du cœur de celui-ci.

- Il ne respire presque plus, lâche-t-elle, sous le choc.

- Je vous en prie, sauvez-le ! me crie la mère.

Je m'approche du père en lui répondant :

- Je ne peux rien vous promettre avant de l'avoir analysé.

- Faites.

Je suis devant lui et je vois que, vu son état, il a peu de chance de s'en sortir. Mais je n'aurai jamais la force de le soigner ici. J'ai perdu trop de force à sauver le bébé.

- Il faut que j'emmène le père et l'enfant à See&Luce pour les soigner.

Je commence à les soulever avec ma magie.

- Mon père survivra-t-il ? me demande la jumelle qui était sur son père tout à l'heure les larmes aux yeux.

- Votre frère j'en suis sûr mais votre père... seul l'avenir nous le dira...

Elle est vraiment triste et je la comprends. Je pose une main qui se veut réconfortante sur son épaule et je lui murmure à l'oreille :

- Croyez-moi, je vais tout faire pour lui sauver la vie.

Puis je déclare tout haut pour que toute la famille m'entende.

- Je suis beaucoup trop faible pour tous vous emmener avec moi par magie. Je vais prendre les deux blessés. Venez à pied jusqu'à l'école, j'avertirai tout le monde.

- Nous connaissons le chemin, me confirme la mère, les yeux embués de larmes.

Je ne réponds rien de plus et je transporte tout le monde, le coeur sérré, à l'infirmerie. Les infirmières sursautent mais sont habituées à mes entrées imprévues.

Elles se précipitent pour m'aider à hisser les blessés sur les lits. Je sors immédiatement prévenir ma mère et je croise Liya et Liam.

Je les préviens vite de la situation et ma mère accepte de recevoir la famille dans l'école pour quelques temps.

« Elle ne s'inquiète même pas de savoir comment je vais », je pense avec une pointe de déception.

Je me dirige vite vers ma chambre pour régénérer mes forces. Les infirmières vont peut-être en avoir besoin. Je reste un quart d'heure à méditer et je retourne vite à l'infirmerie.

Je suis en meilleure forme mais je sais qu'il aurait fallu que je reste plus longtemps.

Liya est aussi à l'infirmerie. Mais ses pouvoirs ne lui permettent pas de guérir qui que ce soit. Je me penche sur l'enfant qui ne doit pas avoir plus de neuf ans. De grosses brûlures apparaissent au niveau de l'abdomen, des bras et des jambes.

La table qui s'est écrasée sur lui a laissé des séquelles : il a le bras tordu et retourné et ses deux jambes ont chacune une triple fracture du tibia.

Il a perdu conscience depuis le début. Les infirmières me confirment qu'il ne s'est pas réveillé depuis. Elles ont installé une machine qui surveille sans arrêt son rythme cardiaque.

Je le soigne à l'aide de la médecine douce que j'ai appris il y a quelques mois.

Il va beaucoup mieux et l'une des trois infirmières qui sont sur les lieux s'occupe du plâtre qu'il va devoir porter pendant un certain temps, je pense.

Je relève mes cheveux avec un élastique car tous ces exercices de magie m'ont donné chaud.

La famille déboule dans la section médicale de l'école, mais Liya les calme aussitôt en leur expliquant que le petit garçon est sans danger à l'heure qu'il est. La mère baisse des yeux encore rouges et gonflés sur son mari. Étrangement, elle ne dit rien.

Je croise le regard de Liya et elle me demande :

- Tu penses pouvoir le sauver, dans son état actuel ?

Je secoue la tête de gauche à droite.

- Mais je lui ai promis de tout faire.

Elle hoche la tête en signe de compréhension envers la mère.

- J'ai besoin que tout le monde sorte.

Bien évidemment, les infirmières restent et nous ne sommes plus que six dans la pièce. La famille et Liya sont derrière la vitre de verre d'où on peut voir tout ce qui se passe dans la salle.

Je m'approche de l'infirmière qui était censée examiner le père.

- Comment va-t-il ? je lui demande pour me rendre compte de l'ampleur de la tâche.

Il a des hémorragies internes, que j'ai réussi à en stopper quelques unes, mais vous savez que je ne peux faire plus.

- Je le sais, et merci pour tout.

Je m'approche du père et je le vois suffoquer malgré sa perte de conscience. De la salle j'entends son épouse pleurer. Ça me fait mal au cœur de penser que je n'ai qu'une infime chance de réussir. Mais je ne peux pas avoir de résultat si je n'essaie pas.

Je passe ma main au dessus de tout son corps et je sens très bien que son cœur ne bat presque plus. La machine de battements cardiaques, sur laquelle il est branché, commence à faire de moins en moins de vague et une ligne droite est en train de se former.

Tout se passe très vite dans ma tête. La famille en pleurs, les infirmières derrière moi qui savent qu'elles ne peuvent plus rien faire pour lui. Je vois le regard triste de Liya qui doit entendre tous les murmures de la petite famille.

La mère me regarde intensément. Je verse une larme et cette larme me donne le courage de faire ce que jamais je n'ai accompli pour sauver la vie d'un homme.

La scène, l'action se passent très rapidement. Je pose mes mains sur son torse musclé et je ferme les yeux. Mes paumes deviennent orangées mais virent au violet.

Je commence à être en osmose avec l'esprit et la force vitale de l'homme. J'ai l'impression que nous ne faisons plus qu'un.

J'entends la porte claquer mais je l'entends de très loin. Je devine que Liya a compris ce que je m'apprête à faire et elle veut m'en empêcher.

Je veux donner à cette homme la chance de continuer à vivre avec sa famille. Qu'il soit heureux avec sa femme et ses enfants. Les voir unis comme cela m'a fait réagir et m'a donné le courage de lui donner le peu de force vitale qu'il me reste.

Même si je dois perdre la vie pendant cette opération je ne le regretterai pas. Au moins, je n'aurai pas à subir la malédiction qui m'a été imposée dès la naissance. Je n'aurai pas à voir mon père et sa force maléfique !

Je mourrai en sachant qu'une vie a été sauvée.

Le transfert est terminé et je sens que le père de famille reprend vie. Mais je commence à ne plus sentir aucun membre de mon corps.

J'ouvre brutalement les yeux et j'aperçois Liya. Les infirmières la retiennent de leur mieux mais c'est trop tard.

Je lui adresse un dernier regard en tombant à la renverse...

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