✨ Chapitre 19 ✨

Je me réveille après deux heures de repos intense à l'infirmerie. J'y suis allée simplement pour éviter que notre professeur de mathématiques ainsi que tous les élèves de ma classe voient ma feuille totalement brûlée.

J'ai joué le rôle de l'élève malade à merveille puisque personne n'a remarqué quelque chose. Après que Mme  Lens, l'infirmière, m'ait donné une aspirine, je me suis allongée sur le lit qui reposait dans une petite salle non loin de son bureau. Á peine avoir posé ma tête sur le petit oreiller moelleux qui me rappelait mon enfance, que je suis tombée dans les bras de Morphée.

Mme Lens vient prendre de mes nouvelles en m'expliquant que trois de mes amis sont venus pour savoir comment j'allais.

« Je suppose que c'est ma petite bande chérie », je pense avec un sourire en coin.

Après un examen assez rapide, elle me relâche et me conduit en permanence car il ne reste que trente minutes de cours avant la pause de midi.

Après ces minutes infernales où j'ai, malgré tout, fait mes devoirs, je décide de ne pas déjeuner au collège. J'ai une envie irrésistible de prendre l'air, de manger chez moi. Étant donné que je suis demi-pensionnaire mais aussi une externe, les surveillants me laissent sortir sans problème.

Sur la route qui mène du collège à chez moi, je réfléchis au regard que Raphaël m'a lancé pendant le dernier cours auquel j'ai participé. Je n'ai pas voulu recroiser son regard après ça. Je ne sais pas s'il va m'en parler à la première occasion, va me sauter dessus pour tout savoir ou bien me laisser le temps de m'expliquer.

- J'espère que ce sera la troisième solution...

Les habitants de mon quartier qui passent à côté de moi me regardent avec de grands yeux ronds.

« Il doivent me prendre pour une folle ! », je me dis.

Ma main me fait encore mal. J'ai comme des fourmis dans les doigts...

Prétextant que je m'étais brûlée moi-même (sans le faire exprès), l'infirmière m'a fait un bandage. Heureusement que c'est de la main gauche parce que je ne sais pas comment j'aurai fait avec la marque...

Je sors la clef de ma poche pour ouvrir la porte d'entrée mais je n'arrive pas à la rentrer dedans. Ça veut dire qu'il y a quelqu'un à l'intérieur. Je sonne pour que cette personne vienne ouvrir. J'attends quelques instants. En attendant je me demande qui peut bien être dans ma maison. Il n'y a personne normalement le vendredi.

- C'est qui ? me demande une voix que je reconnais immédiatement.

- Ta sœur, imbécile, tu veux que ce soit qui ?

Romy m'ouvre la porte et il ne cache pas sa gêne de me voir. Moi non plus d'ailleurs.

- Tu ne devais pas manger au collège comme tous les vendredi ? me demande-t-il sur un ton hautain que je ne supporte pas.

- Euh... Non. J'avais envie de manger ici et toi ? Qu'est-ce que tu fais là ? je réplique en enlevant mes chaussures et ma veste.

- J'ai fini les cours plus tôt...

- Je comprends...

Nous commençons à préparer une table pour deux. De toute ma vie, je n'ai jamais mangé avec Romy, en tête à tête, si je puis dire. Non mais sérieusement, je ne me vois pas du tout manger en sa compagnie. Il me déteste et c'est réciproque. Il m'a trahi et je ne lui pardonnerai jamais.

Il ne sait pas que je le sais et je ne comptes pas lui dire pour mettre le moins de personnes en danger.

J'allume la télé pour que je me sente moins seule et nous réchauffons la pizza de la veille. Nous nous installons devant la télé et nous commençons notre repas.

Seul le bruit de la télé se fait entendre. Pas un seul mot sort de notre bouche. Nous sommes muets comme des carpes. Je me dis que c'est mieux ainsi que d'apprendre les raisons de son rejet envers moi et encore moins de savoir qu'il me veut morte pour Arittan.

Mais d'un autre côté, je sais qu'il ne possède plus vraiment son corps... Et c'est en parti pour ça que je veux commencer un entraînement magique à Endora. Si j'ai la possibilités de le sauver alors je la saisirai.

Mais j'ai quand même un petit espoir qu'un jour il se rendra compte de ce qu'il a fait et qu'il se remettra en cause. Je sais que tout seul il ne me fera aucun mal, mais je sais aussi qu'il fait l'intermédiaire d'Arittan auprès de moi.

Mais là, j'ai peur. Maintenant, tout de suite, j'ai peur.

Peur de savoir que d'une minute à l'autre, je peux être kidnappée, tuée. Si, par je ne sais quel moyen, Romy a prévenu son maître que je suis seule avec lui dans cette maison, je suis fichue...

Je me dépêche de manger et d'aller me brosser les dents pour sortir de la maison trois quarts d'heure plus tôt pour éviter d'être avec Romy. Je commence à me promener dans les environs du collège. Je regarde partout autour de moi, de peur de voir des démons ou des êtres étranges surgir de nulle part. Je fonce en ligne droite en direction du collège sans me retourner.

Mais, tout d'un coup, j'entends un bruit. Un petit bruit de craquement. Le craquement d'une branche ! Je me retourne à la vitesse de l'éclair. Mon cœur battant la chamade. Mon pouls accélérant mon rythme cardiaque. J'ai tellement peur que je cède sous mes deux jambes tremblantes. Je vois Julien qui accoure pour me venir en aide.

- C'est donc toi qui a fait ce bruit..., j'essaie de dire.

- Désolé... Je ne voulais pas te faire peur Selena ! Je suis vraiment désolé.

- Ce n'est pas ta faute...

Mais malgré cela, j'ai encore peur que les démons soient là. Je me rappelle l'histoire de ma mère. Ces minutes incessantes où elle a dû pleurer jusqu'à ce qu'elle sache qu'elle était enceinte de moi.

Mais l'effroi est toujours là et me guette. Je tremble toujours et je ne sais plus quoi faire. Julien est en train de me prendre dans ses bras pour essayer de me calmer. Mais je n'arrive pas à enlever les images effrayantes que je me suis faite des créatures démoniaques, de la description qu'en a faite Julien ce matin en me racontant son histoire.

Il tend les mains pour regarder mon visage. Je lève la tête pour regarder le sien et je me dis qu'il est toujours aussi beau à mes yeux. Ses cheveux châtains foncé sont coupés courts sur les cotés. Ces derniers sont plus longs au-dessus de sa tête et coiffés, avec du gel, vers la gauche. Ses yeux bleu saphir ont des reflets foncés donnant l'impression d'un océan entouré de ses vagues un jour de tempête. Il a les traits d'un ange et une bouche fine et délicate. Son visage est parfait et rien ne vient l'enlaidir. Sa peau est légèrement mâte. En l'admirant encore et encore, les souvenirs de notre relation passée resurgissent dans mon esprit. Les larmes me montent aux yeux, mais cela ne se voit pas car elles se mélangent avec les autres sanglots versés tout à l'heure.

- Tu es, chaque jour, plus magnifique, s'exclame-t-il, tout d'un coup, en me prenant le visage. J'ai l'impression de revivre ce que j'avais ressenti pour toi le premier jour où je t'ai vue...

Je le regarde sans rien dire. Nous sommes deux, par terre, sur le trottoir (rien de plus romantique), moi les yeux gonflés et rouges avec mes cheveux en bataille ; lui, toujours aussi beau. Et voilà que dans un moment pareil il me déclare sa flamme.

Je le regarde, en admiration devant lui. J'ai beau avoir une tête épouvantable, les cheveux en bataille, il m'aime comme ça...

- Tu es vraiment gentil..., je lui dis avec une voix pas très assurée.

- J'ai regretté le jour où nous nous sommes engueulés pour une histoire de jalousie. J'ai amèrement digéré notre séparation même si je ne te le montrais pas. Maintenant, même dans une circonstance comme celle-là, je te le dis : je t'aime Selena et je n'ai jamais cessé de t'aimer.

Je suis bouche bée et je comprends très rapidement qu'il n'est pas encore au courant de ma relation avec Raphaël. Même si cela va se terminer dans deux heures. Enfin j'espère...

- Écoute Julien. Tout d'abord j'ai deux choses à te dire, dont une que tu ne sais probablement pas. Je sors avec Raphaël depuis deux semaines environ...

Je m'attends à sa réaction de furie comme il sait si bien le faire mais il ne dit rien et me regarde toujours. Je détourne ma tête pour éviter de croiser son visage. Mais au bout d'un moment il ne dit toujours rien.

- Regarde-moi, me demande-t-il, étonnement gentiment.

- Oui ? je lui demande en levant la tête.

- Sache que je le sais déjà...

- Mais...mais...comment tu as su cela ? je bégaie légèrement sous le choc.

Il passe sa main dans ses cheveux, un peu mal à l'aise.

- Je ne le sais pas depuis longtemps, juste ce matin. Quand tu étais heureuse de me revoir sain et sauf et bien tu m'as pris dans tes bras. J'ai tourné la tête à un moment et j'ai vu le regard noir que Raphaël m'a lancé.

- Tu l'as vu aussi...

- Oui, mais cela ne m'empêche pas de t'aimer encore et encore.

Je souffle et essaie de décompresser. Je suis vraiment embarrassée là... Je cherche les mots justes pour éviter toute embrouille.

- Écoute, c'est très compliqué pour moi en ce moment. J'ai des problèmes un peu partout et j'essaie d'y échapper le mieux que je peux. Cet après-midi, je vais sûrement quitter Raphaël pour des raisons plutôt personnelles...

- Oh... je vois.

Il baisse la tête et fuit mon regard.

- S'il te plaît, Julien, ne le prends pas mal, mais c'est juste que je n'ai plus envie de souffrir comme j'ai souffert avec toi. Tu sais combien cela m'avait fait énormément mal...

- Je le sais et ça ne se reproduira plus... Je veux me donner une deuxième chance de me rattraper.

- Je te considère comme un grand frère maintenant et tu le sais ! S'il te plaît, je t'en supplie, oublie ce que tu ressens pour moi...

Il éclate en sanglots et s'effondre dans mes bras.

- Je ne pourrai pas..., pleure-t-il.

- Mais il le faut... Je t'en supplie ne me fait pas plus de mal que je n'en ai déjà en pleurant comme ça, je le supplie.

Quelques instants après qu'il se soit calmé, la sonnerie du collège retentit et nous courons pour ne pas arriver en retard en cours. Il reste un peu distant avec moi, mais je ne peux plus rien y faire à part attendre qu'il se calme.

Par chance, le vendredi, nous n'avons qu'un cours l'après-midi, la musique. Aujourd'hui, nous passons en chant. Le contrôle est très important pour moi car une bonne moyenne en musique et la moyenne générale augmente facilement. Et puis, chanter n'est pas non plus très compliqué. La chanson que nous devions apprendre est une chanson que, par ailleurs, je connaissais déjà. Elle s'appelle « Le dilemme ». C'est la chanson d'une comédie musicale que j'adore. Cette chanson parle d'un amour interdit. La femme qui a justement ce dilemme doit choisir entre l'amour de sa vie, celui qu'elle aime et un homme à qui elle a été promise. Toute la chanson parle de ça et c'est vraiment une chanson magnifique.

Pour passer l'évaluation on devait apprendre, nous les filles, les parties où la femme chante et les garçons, celles de l'homme. Ensuite le professeur choisira, au hasard, qui chante avec qui.

« Au hasard » il tombe sur mon prénom et je stresse un petit coup pour savoir avec qui je vais devoir chanter.

- Selena, tu vas devoir chanter avec... Julien !

- Oui !

Tout le monde m'entend mais je n'y fais pas attention, je sais que Julien chante très bien et que nous allons avoir une bonne note. Ça fait six semaines que nous "l'apprenons".

Nous nous installons avec les micros sur l'estrade. Je lance un petit regard à Raphaël et, même s'il a tourné la tête, je sais qu'il a vu que je le regardais.

Nous commençons notre chanson et nous sommes en parfaite harmonie avec cette merveilleuse musique. Notre professeur joue très bien. Quand nous avons fini, tout le monde nous applaudit et Julien me tend ses mains et, sans hésiter une seconde je tape dedans.

- C'était très beau, nous félicite le professeur. Je vous mets un vingt à chacun.

Nous sommes trop contents et tout le monde passe au fur et à mesure. Raphaël décide de ne pas passer étant donné que cela fait trois semaines qu'il est arrivé.

Personnellement, je ne pense pas que c'est une excuse. Apprendre une chanson comme celle-là en trois semaines c'est facilement et largement envisageable.

Mais bon... Il ne sait pas chanter, qu'il l'assume.

Le cours est terminé et nous sortons du collège. J'attends Raphaël à la sortie et celui-ci sort, évidemment, le dernier.

- Alors qu'est-ce que tu voulais me dire ? me demande-t-il, avec agacement en croisant les bras, l'air dominateur.

- Je n'ai plus une chose à te dire mais deux maintenant.

- Ouais...

- Pourquoi es-tu jaloux de Julien ?

- Moi ? Jaloux de ce petit con mais tu te fiches de moi, Selena ?

- Primo tu l'insultes encore une fois de vermine et c'est à moi que tu auras à faire et secondo tu es jaloux et je le sais. Ce matin quand je faisais un câlin à Julien parce qu'il était revenu, tu nous as lancé un regard noir et tout à l'heure en musique...

Il me coupe directement la parole et le visage dur et fermé qu'il exprimait juste avant se transforme sous mes yeux en visage angélique.

- Je n'ai pas le doit de t'aimer ? Ni même de ne t'avoir qu'à moi ?

- Tu peux m'aimer, mais dans ce cas là, d'une tout autre façon. Je ne t'appartiens pas et je ne t'appartiendrai jamais. J'ai énormément souffert à cause de la jalousie pure et dure. Je ne veux pas encore me faire de mal !

- Je vois... Et bien tu vas devoir faire avec ma jolie.

Je bouillonne intérieurement. Il ne comprend même pas ce que je peux ressentir face à cette situation de plus en plus pesante. Il ne m'a pas parlé de ce qui s'est passé en maths, heureusement. Et c'est maintenant que je décide donc de lui parler à cœur ouvert.

- Et bien, puisque je ne veux, en aucun cas, faire avec et bien je suis désolée pour toi, mais là, à l'instant même, tu viens de te faire larguer par une fille !

- Tu n'es pas sérieuse, commence-t-il. Tout ce qui s'est passé dans la clairière et...

- Non, Raphaël, non. C'est du passé... Cela faisait longtemps que je réfléchissais. Je voulais te donner peut-être une chance de te rattraper mais tu n'as pas su profiter cette chance...

Sur ce, je fais demi-tour et je rentre chez moi. La dernière image que j'aurai de lui pour les vacances, ce sera son visage crispé après cette nouvelle inattendue...

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