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" — Ça fait pas longtemps que je taffe ici. Ouais, c'est crade et j'aurais probablement le sida avant d'avoir 30 ans mais bon. Sinon, racontes-moi ton histoire et tout le tintin qui va avec. Elle tire sur sa cigarette avant d'écraser la mégot sous ses talons aiguilles."
" — Je m'appelle Björn. Je sais pour les étrangers ça paraît assez moche comme nom. Mais bon j'aime mon prénom. J'ai 21 ans et je parle le français vu le temps que j'suis là.
" — Jusqu'à mes 15 ans, je menais une vie paisible dans une petite campagne non loin de Riga. Je vivais dans une famille modeste et je n'allais plus à l'école depuis mes 13 ans. Les gens disaient que j'aurais pas d'avenir, mais je préférais cette situation. Ça évitait à ma mère de payer l'uniforme et les fournitures scolaires mais me permettait de travailler. Je faisais le ménage ou du repassage chez des personnes âgés et des trucs du genre.
" — Ne plus aller à l'école m'attristait. Mais j'ai très vite appris qu'il fallait faire des sacrifices pour les siens. Donc de mon jeune âge, je me suis retrouvée à cumuler trois travails en même temps. Avec mon salaire de misère, j'aidais tant bien que mal ma mère. Car nous devions payer des factures, le loyer, l'école pour Nikolaï, mon petit frère. Genre, j'étais devenue une femme avec de lourdes responsabilités avant l'heure. Sachant que mon pays n'est pas réputé pour être riche et accueillant.
" — Un jour ma famille et moi étions confronté à un dilemme: payer les facteurs et le loyer sous risque d'expulsion ou bien payer le traitement mon père pour lui éviter la mort. Le choix était difficile si nous ne payons pas, nous deviendrons SDF mais d'un autre côté mon père avait besoin de son traitement. J'avais 15 ans, Nikolaï en avait 11 et on nous demandait de choisir entre crever de froid ou laisser notre père crever. J'ai réfléchi et je me suis proposée comme serveuse dans un bar-restaurant. Nikolaï quant à lui, avait opté pour faire du jardinage après les cours. On a tenu comma ça plusieurs semaines d'affilée, mais c'était dur et la fatigue se devenait plus que pesante.
" — Lorsque j'eus 16 ans, je travaillais toujours comme serveuse. Un homme d'une vingtaine d'années, venait chaque jour pour prendre un verre de lait. Souvent il me laissait un pourboire et me parlait de ses innombrables voyages. Mes yeux brillaient dès qu'il évoquait une contrée lointaine. C'est alors qu'il m'a dit que pour aider mes parents je pourrais travailler comme fille au pair à Grenoble. La France me semblait très loin. J'avais jamais quitter la Lituanie depuis ma naissance. Cela me faisait peur, mais il insista en me disant que j'serai logée, nourri et qu'une somme imposante sera versée à mes proches.
" — J'suis partie en pleine nuit, ne laissant qu'une lettre à mes parents. J'avais que mon passeport et un un petit sac avec des vêtements. L' homme qui m'a proposé ce voyage, aujourd'hui encore je ne connais pas le nom. Ensemble on a traversé la Pologne pour rejoindre la Suisse où j'ai appris le français. Ensuite on est arrivé en France. En cours de route, on a croisé des jeunes filles qui allaient aussi à Grenoble. J'étais émerveillée par les paysages, les villes que je voyais. Mais j'appréhendais beaucoup ce qu'il se passerai par la suite.
" — J'avais foncé la tête baissée mais j'savais même pas si cet inconnu disait vrai. Pour être fille au pair, il fallait être étudiante mais surtout majeure. J'étais aucun des deux. La famille qui emploie devait être riche, avoir des enfants mais avant toute me rencontrer. Hélas, j'les ai jamais vu. Après un bon nombre de questionnements, la peur s'est immiscé dans mon être. J'voulais à tout prix retourner chez moi, mais j'me suis souvenu qu'il fallait le faire pour ma famille. J'ai finalement habité dans un appartement miteux mais n'ai jamais eu de travail.
" — Parfois, je me retrouvais enfermer dans une pièce à demi-nue. Entourée d'hommes voulant assoupir leurs désirs salaces. Ils reluquaient ma carcasse frêle, poussant des gémissements de plénitude écœurants. J'avais 16 ans quand, ces monstres m'ont arraché les entrailles. J'avais 16 ans quand mon corps a été sauvagement souillé. J'avais 16 ans lorsque j'ai perdu ma famille et mon innocence.
" — Après avoir abusé de moi, on me balançait une ou deux pièces et des préservatifs usagés à la gueule. Un objet, voilà ce que j'étais devenue. L'homme à l'origine du voyage était souvent absent. Le peu de fois où je le voyais, il était vulgaire et violent. Ses sourires et compliments, n'étaient que du pipeau. Au final, on te balance que ce que tu veux entendre.
" — Je suis sincèrement désolée pour toi. Moi, j'viens pas de scandinavie mais c'est presque le même délire. En gros, j'avais pas de famille, j'étais en foyer. A ma majorité, j'ai du partir. Donc j'habitais par-ci, par-là chez des potes, tu vois. J'ai fait caissière sauf qu'on m'a viré quand j'ai insulté un client. Le gars me faisait des avances et moi dois fermer ma gueule pff. Moi, j'suis allée à l'école mais j'ai pas eu l'bac. En même temps, j'foutais rien, les profs savaient pas s'ils préféraient me voir dormir ou parler. J'étais SDF à ce moment, j'arrivais pas à réviser donc j'ai laisser tomber l'école. De toute façon, j'avais pas d'argent pour faire de longues études. Puis on m'a dit que je me ferais un max de frique en faisant les trottoirs et c'est ce que je fais. J'voulais faire des choses biens, au final j'fais les trottoirs. Elle fait un petit sourire en coin et lâche ces cheveux.
" — T'habites où en ce moment ? Moi, j'ai un studio dégueulasse pas loin d'ici. Le loyer coûte une blinde, j'ai faim, les voisins sont désagréables. Je remonte ma jupe à mi-cuisse et tape frénétiquement du pied.
" — J'ai pas changé. J'habite à droite, à gauche ou chez de clients. Mais c'est assez rare.
" — Mh, j'vois.. Quand j'y pense, aujourd'hui, j'suis prostituée, j'ai pas de vie ni d'amies. Tu m'vois là sur les trottoirs en train, d'essayer de piquer le travail des gogos. De base, j'voulais aider. Et ces clients ça y est, ils sont pleins aux as donc ils ne respectent rien. Avant d'être une pute je reste tout de même humain mais ça ils l'oublient. Une larme de rage coule le long de ma joue rosie. Si tu savais à quel point j'ai envie les tuer.
" — J'voudrais juste qu'ils soient à nos places ces enfoirés, juste pour voir un peu ce qu'on ressent après tout ce qu'on a vécut. Si j'étais un homme, on échangerait les rôles. J'lui enlèverai sa robe même qu'elle perdra le contrôle. J'la prendrai si fort que jusqu'à Marseille, tu l'entendras hurler.
" — Elle s'prendra une tarte dans la gueule quand tu l'appelleras « ma chienne ». Elle te supplieras à genoux, de lui faire moins mal. Mais tu vas continuer jusqu'à ce qu'elle jouisse comme une salope.
" — Ouais même que j'l'aurai baisé tellement fort qu'elle pourra plus s'asseoir pendant 2 semaines. Elle fera que de chialer cette trainée. Et quand elle en pourra plus, j'lui balancerai un « Suces, avales c'est pas compliqué »
— On me l'a déjà faite celle-là, sauf qu'il a dit « Sucer, c'est pas la mer à boire ». Oh mon Dieu j'ai envie de mourir, ce jour-là. Il faudrait vraiment que ça change, marre d'être prise comme une moins que rien.
" — Dans ce cas, concidères que nous sommes associées, vu qu'on a le même lieu de travail. Et c'est aujourd'hui que tout commence. Elle me lance un franc sourire avant de passer son bras autour de mes épaules.
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