One Shot - Libres

Hola tout le monde.
Me voici avec un petit OS omegaverse autour d'un amour interdit.
Ce thème a été choisi lors d'un concours sur le serveur discord autour du Yaoi https://discord.gg/wUGfwcFX
(rejoignez nous;))
Et c'est clairement pas si facile comme thème donc j'espère que cela vous satisfera !

Bisous à tous

PS : Deku si tu passes par là, j'espère quand même que tu y trouveras du plaisir ;)


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Faisant tourner le verre sur lui-même, j'observe l'alcool qu'il contient faire de légère vagues, avant d'engloutir d'un cul-sec le contenu qui vient me brûler la gorge. Et puis comme à mon habitude, je claque le verre sur le bar et en réclame un autre.

— Vous êtes sûr ? Ca n'a pas l'air d'aller, semble s'inquiéter le serveur aux cheveux rouges qui me sert ce soir.
— Je t'ai pas sonné le nouveau !
— Tiens, Bakugo, me dit Mina, ma serveuse habituelle, me donnant mon verre avant que je ne m'énerve. Il vient de débuter, laisse lui un peu de temps avant de lui tomber dessus.

Je récupère mon verre et commence à le boire alors qu'elle me sourit comme si mon attitude ne l'atteignait pas. A quel moment les bêtas se sont sentis aussi confiants face aux Alphas ? Ou n'est-ce que face à moi ?

Tout ça parce que maintenant, ces verres d'alcool sont la seule chose qu'il me reste. Avant que je ne puisse même plus me les payer...Tout ça parce qu'on m'a pris mon héritage et mon honneur. Tout ça à cause d'elle.
Tout ça à cause d'une mère et d'une femme qui n'a eu que faire d'abandonner son fils et son mari. J'étais l'Alpha héritier d'une des boîtes de transports en communs électriques les plus prometteuses de la ville, voire du pays. Mon avenir m'assurait de grimper les échelons sociaux et les Rangs. Ces Rangs qui font des Alphas ce qu'ils sont, ces Rangs qui nous donnent de la valeur aux yeux du monde et aux yeux des Omegas. Ces Rangs qui peuvent nous faire passer de l'ombre à la lumière, de la lumières aux ténèbres, et même nous plonger dans l'illégalité dans certains cas.

J'avale une gorgée du liquide qui remplit mon verre et apprécie la brûlure qui se fait sentir tout le long de ma gorge. Je hais cette société qui ne repose que sur les apparences. Il a suffit que ma mère ne revende ses parts de la boîte à n'importe qui et parte avec le connard d'associé de mon père, pour que tout s'écroule. Et que les journaux se donnent à coeur joie de mettre en avant notre descente sociale. D'un Alpha au Rang enviable, je suis devenu un Alpha dont le reste des Alphas a honte. Comme une meute de loups qui ne supporte pas les plus faibles et cherche ainsi à les laisser mourir.

Oui, je les hais, cette femme, ces journaux, ces faux amis, et même l'autre crétin de bêta qui me sert de serveur ce soir.

— Tu as intérêt à faire mieux la prochaine fois, tête d'orties ! dis-je en avalant mon verre cul sec, avant de me lever en le pointant du doigt tout en leur laissant quelques pièces de monnaie sur le comptoir.

Je le vois hocher bêtement la tête comme si c'était sa nouvelle mission. Si au moins ça avait été un omega, j'en aurai fait mon quatre heures et j'aurai pas perdu ma soirée. Mais les bêtas n'ont rien à m'apporter, même pas un peu de plaisir. Même si je suis un Alpha de Rang inférieur dans cette société où tout ne tourne qu'autour de ça, je ne m'abaisserai pas si bas. J'ai ma fierté.

Je sors du bar en poussant la porte et heurte un passant s'aventurant un peu trop près de l'entrée.

Je le vois un peu sonné, confus et désolé. Avec sa petite voix plaintive, il s'excuse platement et lève ses yeux vers moi.

Je ne sais pas si c'est l'alcool mais dans la nuit sombre, je vois pourtant le vert de ses yeux briller avec un charme qu'il devrait être interdit d'avoir. C'est comme si soudain, l'odeur de pisse qui émane des rues habituellement prenait des airs de forêt au petit matin, quand personne ne peut venir vous faire chier et que vous êtes seul avec l'unique personne en qui vous avez confiance. Vous même.
Sauf que là, je ne suis pas seul, et je m'en fou. Parce que ce qui émane de lui me fait réaliser que le monde me semble complètement différent et nouveau. Tout ça depuis que ses yeux se sont posés sur moi, semblants me transpercer de part en part.

Je l'observe comme s'il n'y avait plus que nos deux foutues personnes. Ses cheveux verts partent en vrille, son visage est juste parfait et sa bouche aux lèvres fines et légèrement entrouvertes laisse s'échapper une très fine fumée produite par le froid.
J'ai envie de les happer entre les miennes pour les réchauffer. De me coller à son corps qui m'a l'air si petit, assez frêle bien que tout me semble correctement proportionné. Et c'est sans surprise qu'après avoir analysé tout ça en une fraction de seconde, que son odeur envahit mes narines.
Ses hormones dégagent un arôme de sable chaud sur une plage déserte, près d'un feu de camp qui se tarit après un moment torride entre deux corps passionnés.

Est-ce l'odeur de ce qu'il associe, lui, au désir pur ?

C'est comme si là, dans cette ville de merde, pendant cette soirée aux allures de fin, sous une pluie désagréable, mon âme était désormais complète. Foutrement complète.

Et soudain je sens la chaleur d'une main toucher mon torse et ce contact m'électrise.

C'est quoi ce bordel ?

— Pardon... je... entame le jeune omega qui ne me lâche pas du regard.

Je crois qu'il est dans le même état que moi et qu'il n'a même pas conscience de son geste. Mais je me ressaisis et attrape son poignet.

— Ton prénom ?

Je demande ça sans autre forme de politesse comme si je n'avais pas le temps pour prendre plus de gant. Et comme si c'était la seule chose qui m'intéressait. Qui est-il ?

— Izuku...

Sa voix est douce, évidemment, comme si ça avait pu en être autrement. Tout en lui semble transpirer une putain de douceur. Son prénom résonne dans ma tête et dans tout mon corps. Ses hormones commencent à se propager autour de moi et l'alcool se dissipe immédiatement.

Mais c'est sans compter mes foutues ruminations qui ont décidé de ne pas se laisser mourir si vite. Ma condition revient m'attraper les chevilles et me tirer à la réalité, comme si ce rêve ne pouvait être vrai. Je repense à mes parents et à ma vie foutue en l'air, ma solitude et tout ce que je n'ai plus à offrir depuis que ma mère s'est barré et que mon père a sombré. Depuis que le nom des Bakugo est souillé et traîné dans la boue. Et parmi toutes ses images que je voudrais brûler, le souvenir des derniers journaux télévisés décide de s'imposer à moi.

— Izuku Todoroki ?

Son nom me revient soudain. Si mon nom à moi est désormais une honte, le sien fait partie des unes de journaux ces derniers jours. Et en bien plus positif.

— Hum... je... oui... Tout juste.
— Tu es l'oméga de Shoto Todoroki, le putain d'héritier d'Enji Todoroki ?
— Je crois. Enfin, je croyais, jusqu'à il y a cinq minutes.

Il dit ça sans réfléchir et je sens qu'il le regrette instantanément. Mais trop tard. Il vient de confirmer que lui aussi, il a senti ce truc entre nous. Ce truc qui, à peine arrivé, se transforme déjà en cauchemar. Il est marié à un alpha d'un Rang bien au-dessus du mien. Et qui plus est un foutu concurrent de mon père. Et je sens cette évidence créer soudain une putain de barrière entre nous.

— Et... votre... ton nom ? me demande-t-il

Mon nom. Katsuki putain de Bakugo. Mais je ne peux pas lui dire ça. Non... j'ai trop d'honneur.

— Appelle-moi Katsuki.
— Katsuki.

Mon prénom dans sa bouche a des airs de perfection. J'ai envie de l'entendre encore le susurrer. J'ai envie de l'entendre au creux de mon oreille et dans des moments où seules ces syllabes pourraient retentir. Je suis tiraillé entre l'envie de fuir loin de lui, loin de tout ce qui me rappelle ce que je ne suis plus, et l'envie terrible de l'emmener chez moi, le marquer comme mien et vivre avec lui pour le restant de mes jours. Alors que rien ne nous y autorise, parce que parmi les trucs cons qu'à fait cette société, décidé qu'un Alpha doit toujours avoir un rang supérieur à son omega en fait partie.

La sonnerie d'un téléphone retentit et je peux voir qu'il a reçu un message de son mari. Son sourire quitte son visage et il me regarde avec regret.

— Je dois y aller. Mais j'aimerais,si on pouvait... se revoir ?

Je sens mon cœur s'emballer à l'idée qu'il parte. Mon poil se hérisse, la colère monte en moi. Je lui saisis alors le poignet et rentre de nouveau dans le bar avec lui. A l'entrée sur la droite se trouvent les toilettes, je nous enferme rapidement à l'abri des regards dans un des emplacements fermé par une porte.

Je le sens légèrement paniqué et je réalise ce que je suis en train de faire.

— Putain je ne sais pas pourquoi j'agis comme un connard d'Alpha sans cervelle, mais l'idée que tu repartes me les brise, genre sévèrement.

Je le vois rougir. Il est si beau, bordel. Tout un tas d'images me traversent l'esprit. Je n'ai jamais vu un tel omega, il dégage quelque chose de fort et doux à la fois. Quelque chose de nouveau. Quelque chose qui pourrait faire de lui l'être le plus important de toute mon insipide petite vie.

Je le vois ne pas vraiment savoir quoi faire, quoi dire ni comment se tenir.

— Je ne sais pas ce qu'il se passe non plus et je ne veux pas partir. Mais... Shoto m'attend. Et je crois qu'il ne serait pas bien que je reste là.

Je le sens tiraillé lui aussi malgré ce qu'il dit. Instinctivement pendant sa phrase il a lâché un petit couinement, signe que cette situation le met dans un inconfort total au point d'en être douloureux. Il se retrouve comme moi à devoir lutter entre la raison et son instinct primaire. Et là, une colère sourde m'envahit. Je tape du poing contre la porte. Trop de choses, trop d'émotions, trop de pensées contradictoires en même temps !
Mais je ne dis rien. De toute façon, il a raison. Shoto Todoroki. Héritier d'une des plus grandes fortunes du pays, aimé de tous, au nom présent dans tous les plus grands magazines pour n'en faire que des éloges... si c'est lui son nouveau mari, qu'importe notre lien ou ce que je crois ressentir, il nous est interdit de nous laisser aller à de tels sentiments.

Mais il doit sentir mon doute et mes ruminations et ne peut s'empêcher de se rapprocher. Son odeur commence à envahir mon esprit et la tentation de le marquer là maintenant, dans les toilettes miteuses de ce bar, se fait de plus en plus insupportable.

Contre toute attente et contre moi-même, je déverrouille alors la porte et le pousse à partir.

Mais il ne bouge pas. Pire. Il s'agrippe à moi.

— Est-ce qu'on se reverra ? me demande-t-il d'une voix qui me brise en mille morceaux.
— Non.

Je pense sentir mon coeur se briser en même temps que je prononce cette putain de syllable.

Il est soudain pris d'une panique intense et je le sens stressé. Il s'agite et ses yeux s'embrument.

— Je sais que tout ceci est étrange. J'ai à la fois ma raison qui me dit de partir mais tout le reste qui me pousse à rester. Mais, je ne veux pas blesser Shoto. Et en même temps je vois que je te blesse. Je suis désolée, alors qu'en plus on se connait à peine, mais ça me touche quand même. Je... je ne sais pas quoi faire.

Je l'écoute débiter son flots d'inquiétudes et de questionnements alors que ses yeux se remplissent de larmes. Je le vois commencer à prendre toute la responsabilité de cette situation alors que le problème vient de moi.

Même si mon instinct me hurle de le garder pres de moi, j'ai l'intime conviction que je dois aussi prendre soin de lui, et de son avenir. Et vu l'avenir auquel il est promis avec moi, je réalise que cela va me demander un sacrifice.

— Je n'ai rien à t'apporter ! Rien, ni renom, ni argent, ni valeur sociale. Est-ce que tu sais ce que ça veut dire ?
— Que ...
— Ça veut dire que je suis un Alpha de Rang bien inférieur au tiens. Ca veut dire que selon la loi, je n'ai pas le droit de faire de toi mon Omega, dis-je avant même qu'il ai le temps de rebondir sur ma question.

Je le vois dubitatif. Je me demande si les omegas ont conscience de cette loi, parmi les premières écrites par les vieux du pays. Pour préserver la lignée des Alphas, la loi dit que "Tout Alpha souhaitant marquer un omega ou le soumettre doit s'assurer être de Rang supérieur à l'omega. Ceci dans le but de préserver la force et la dignité de sa descendance".

— La loi ? Tu parles de celle qui nous cantonne à nos Rangs ?

Il semble prendre ça avec beaucoup de recul, et je réalise comme tout le poids de ces règles incombe surtout aux Alphas.

— Oui. En te mariant à Todoroki, ton Rang d'omega est devenu bien supérieur au mien.
— Alors il s'agit plus d'une vieille loi stupide que de mon couple ? me demande-t-il, presque choqué par ma soumission à cette règle.
— Personnellement, en couple je pense valoir bien mieux que l'autre double-face. Mais ces lois font ce que nous sommes et définissent ce que nous allons devenir. Toi, moi et toute cette foutue société. Elles étaient là avant ton couple et le seront encore après, donc oui il s'agit surtout de ça. Et selon ces lois, si je décide de te marquer, nous finirons nos jours derrière des barreaux histoire de ne surtout pas perpétuer une lignée d'Alphas moins puissant que les omegas.

J'essaye de ne pas insister sur le fait que je refuse de lui faire courir ce risque à lui. Je ne le connais pas mais je sens qu'il serait capable de me dire qu'il est bien assez fort pour prendre cette responsabilité.

— Et bien selon moi tout ça ne tient pas la route et je suis sûr que cette loi peut être contournée.

Il me dit ça avec aplomb tout en se rapprochant. Plus il se colle à moi plus il oublie qu'il voulait partir juste avant. Et moi aussi. Nos odeurs se mélangent et forment un nous qui ne devrait pas se matérialiser. Plus c'est le cas, moins Izuku à la notion de la connerie qu'il fait à vouloir se lier à moi.

Mais je rassemble le peu d'esprit qu'il me reste ainsi que toute la honte qui m'anime et l'éloigne de moi. Au-delà de tout ce qui me brise, cette loi ne pourrait que le mettre en danger. En plus de la prison pour lui rappeler sa place en tant qu'omega et la mienne en tant qu'Alpha à jeter hors de la horde, il serait humilié et moqué à son tour. Et je ne le tolérerai pas.

— Ecoute, je crois que tu ne réalises pas la chance que tu as d'être avec Todoroki, quoi que je pense de lui...Alors je pense que tu devrais juste partir et oublier notre rencontre.

Blessé par mes mots, blessé par ma froideur, il s'éloigne de deux pas en arrière.

— Je vois ce que tu fais et la posture que tu cherches à adopter. Après tout, tu es un Alpha et je ne suis qu'un petit Omega qui a attiré l'un des hommes les plus doux et gentil de ce pays juste avec mon odeur. Mais... c'est comme si toute la gentillesse et l'amour qu'il a à m'offrir ne comptait plus. Comme si le monde ne tournait plus dans le même sens depuis que nous avons commencé à parler, et chaque seconde est pire que la précédente. Alors peut-être que je ne suis qu'un Omega... Mais je fais confiance à mon instinct. Et je pense que les choses ne seront plus comme avant à partir de ce soir. Qu'importe les lois ou ce prétendu Rang qui te semble si important. Alors s'il te plait... laisse moi juste le temps de démêler tout ça.

Je le vois malgré tout se rapprocher comme s'il voulait m'apprivoiser. C'est lui qui essaye de me raisonner... mais où va le monde putain !
Mais ma décision est prise et je refuse qu'il m'en détourne.
Ma voix devient alors plus grave. Mes yeux rougeoient et l'Alpha en moi se réveille.

— Izuku, tu vas te retourner, et rentrer simplement chez toi. Tu vas être heureux et avoir la vie que tu mérites. C'est ce que je veux.

Son corps se raidit. Je vois ses yeux devenir ternes. Son sourire timide disparaît. Je reconnais l'effet de La Voix De l'Alpha. Cette voix qui rend fou tous les omegas et les soumet à notre contrôle. Cette voix que nous n'avons pas le droit d'utiliser en réalité. Enfin bon, perdu pour perdu...

Mais je ne vois pas d'autre choix. Si je ne le pousse pas à partir loin de moi maintenant, je vais briser sa vie. Je vais le briser et je commence à m'apercevoir comment cela me briserait moi aussi.

Je le vois alors me saluer poliment, docilement, tourner les talons et se diriger vers la sortie. Puis disparaître.

Je me tourne alors vers un lavabo et me mets à vomir mes tripes. J'entends un homme qui va pour rentrer et qui finalement ressort, en voyant mon état.
J'ai le bide retourné, mélange d'alcool, de honte et de douleur. Il m'a vidé de toute énergie en l'espace d'une heure à peine.

J'ai vu tellement de vies différentes défiler devant mes yeux ce soir. Une vie où je finirai seul avec cette haine du monde et de tous ces extras. Une vie à deux, où il serait mien et je serais sien. Et enfin, une vie après lui, une vie où l'espace d'un instant j'ai pu entrevoir la passion ultime pour la troquer contre des remords sans fin. C'est cette vie que j'ai choisie visiblement.
Je me rince et m'essuie la mâchoire en me regardant dans le miroir tacheté et sale.
Je sens le sang taper dans mes tempes.

Je me suis parfois demandé ce que ressentaient les Alphas qui se liaient à leur Oméga. Et j'ai toujours cru que c'était pas pour moi. Alors pourquoi, sur l'humanité entière, il a fallu que ce soit lui ? Pourquoi pas juste un autre de ces omegas juste en recherche d'affection et d'attention ? Comme l'autre idiot de serveur ? Pourquoi c'est Izuku Todoroki qui aujourd'hui rend le monde plus insipide que jamais ?

Tu ne l'aurais jamais satisfait. Car tu n'en es pas capable.

J'entends la voix de ma génitrice. Cette voix qui m'a répété toute mon enfance que je ne serai rien. Que je n'étais qu'un incapable.

Tu n'as même pas su satisfaire tes parents. Alors un Omega de son rang... oublie-le.

Cette vieille sorcière, même ici elle viendra me gâcher la vie. Elle qui n'a pas su prendre soin de son fils. Tout ça parce qu'elle voulait une fille. Tout ça parce que je serai né dans le mauvais corps.

Tu ne seras jamais aussi fort que moi. Tu ne vaux pas mieux que ton père...

Mon sang boue encore plus dans mes veines. Mon père, cet homme si... faible. Incapable de lui tenir tête, incapable de ne faire qu'autre chose que de la laisser prendre les rennes de sa boite. Il doit s'en mordre les doigts aujourd'hui. Il a perdu sa société et tout ce qu'il a construit, son associé et sa femme. Le nom de mon père a été sali par celle qui devait en porter fièrement les couleurs.

Je sens la colère m'envahir de nouveau et donne un coup dans le mur. Je les hais, tous. Tous ceux qui m'ont pris ce qui m'est cher. Ceux qui m'ont pris jusqu'à mon nom, mon honneur et ma fierté. Et jusqu'à Izuku.

— Hum... quand je disais que ça ne va pas...

Une voix interrompt ma rage. Je me retourne sèchement pour voir le serveur aux cheveux rouges et hirsutes. La colère en moi me donne envie de l'exploser et je me dirige vers lui avec l'envie claire de me battre. Mais il ne se démonte pas et alors que je lève le poing, il me l'attrape et me fait immédiatement une clef de bras. Sauf qu'il sous estime la force d'un Alpha en colère. Je me défais de cette posture et finit par pouvoir le plaquer contre le mur, plaquant mon avant bras sur sa carotide.

— Je ne sais pas pour qui tu te prends, mais tu t'es mis face à la mauvaise personne, au mauvais moment. Tu n'es pas de taille.

Je le vois sourire cet idiot, comme si ça ne lui faisait aucun effet.

— Je ne suis qu'un bêta à tes yeux, je le sais. Mais ça ne veut pas dire que je ne comprends rien. J'ai vu Izuku Todoroki sortir d'ici seul après y être entré main dans la main avec toi. Même chez nous... c'est rarement bon signe. Et quand j'ai voulu lui parler. Il semblait... vide. Comme si plus rien ne le rendrait plus jamais heureux. Alors je l'ai laissé partir puisque c'était sa volonté... enfin, si on veut, n'est-ce pas?

Je resserre mon emprise plus fort.

— Qu'est-ce que tu veux, l'enfoiré ? Me faire du chantage ?

— Est-ce que tu peux retirer ton bras, s'il te plait ? me demande-t-il d'une voix étouffée.

Je relâche alors la pression que j'exerce mais reste sur mes gardes.

— Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je voulais juste savoir si à défaut de l'aider lui... je pouvais t'aider toi, avoue-t-il en se frottant la gorge. Utiliser la voix de l'Alpha se fait rarement quand tout va bien.
— Il n'y a rien qui puisse m'aider. Et surtout pas toi, dis-je en m'éloignant simplement.
— D'accord, je comprends. Je n'ai rien à apporter dans la vie d'un Alpha incapable de retenir celui qui lui semble lié.

Le regard plein de rage, je l'observe, prêt à lui sauter à la gorge de nouveau.

— Qu'est-ce que t'en sais qu'il me serait lié ?
— J'ai des amis omegas, figure-toi. Et je sais désormais reconnaître l'attitude mais aussi les dégâts que cela provoque, chez eux comme chez leur Alpha. Dès qu'ils sont loin l'un de l'autre, surtout au début, la terre pourrait s'écrouler que rien ne semblerait les calmer. L'un déborde de tristesse et l'autre de colère. Et la même lueur brille dans leurs yeux. Comme une nouvelle étincelle qui ne cherche qu'à s'épanouir, grandir et tout envahir. Cette même étincelle que je peux voir dans vos yeux, qu'importe que vous essayiez de la cacher. Elle est là, et rien ne sera plus jamais comme avant. Vos âmes sont liées. Et tu n'y peux rien.

— Tu me casses les couilles. Tu sais rien. Il s'est marié à l'une des plus grandes richesses du pays, un homme reconnu pour son argent mais aussi ses valeurs et sa foutue bonté d'âme. Ma famille n'a plus un sous, ma mère s'est barré avec l'associé de mon père et ce dernier se meurt dans l'alcool, devenant la risée de tous. Mon nom était autrefois associé à une entreprise concurrente à celle des Todoroki, une entreprise prometteuse. Aujourd'hui, dans ce monde de requins où le nom et le renom compte plus que le reste, mon père n'est et n'a plus rien. Ma mère m'a abandonné et moi qui avais tout donné pour reprendre un jour cette entreprise qui s'écroule, je vais juste finir aussi pathétique qu'eux. Alors, c'est à ça que tu penses qu'il devrait être lié ?

— Tu es Katsuki Bakugo ? Le fils de Masaru Bakugo ?
— J'étais.
— Je comprends mieux. J'ai entendu parler de toute cette histoire. Je ne savais pas qu'ils avaient un fils par contre. Pourquoi tu ne relèves pas l'entreprise de ton père si tu es fait pour ça ?
— Son associé est parti en reprenant la majorité de ses parts, et moi je n'ai jamais travaillé, je n'ai rien de plus pour relancer la machine.
— L'argent, ça se trouve. Moi je veux bien te prêter un peu, si tu me promets de reprendre où tu t'en es arrêté.

Je n'en crois pas mes oreilles. Un serveur, Bêta de surcroît, est en train de me dire à moi qu'il va me prêter de l'argent pour relever la boîte en faillite de mon père ?

— Je n'ai pas besoin de ton argent.
— Donc tu vas abandonner ? Et continuer à venir boire de l'alcool de mauvaise qualité dans un bar de mauvaise fréquentation ?
— Je n'abandonne pas ! Tu ne sais pas ce que c'est ! On est rien sans argent et sans soutien dans ce monde là ! Et nous n'avons plus ni l'un, ni l'autre.

Je le vois avec sa mine triste et son air compatissant. Il a pitié de moi. Et c'est exactement ce que je cherche à fuir en venant boire ici le soir.

— D'accord. Tu peux abandonner ta boite. Abandonner les efforts pour la créer. Tout ce qui a été investi par ton père par le passé. Et par toi aussi. Mais je maintiens, qu'avec ou sans, tu ne peux abandonner Ton Omega. Parce que lui il aura tout, l'argent, la renommée, l'amour même. Mais il ne sera jamais heureux tu peux me croire. Rien de tout ça ne comptera plus pour lui. Et alors que tu crois faire ce qui est bon pour lui, tu le mènes à sa perte. Et si un Alpha n'a pas compris ça, vous ne valez pas bien mieux que nous.

Ses putains de mots me mettent un coup en plein visage. J'ai éloigné la seule personne qui pourrait dépasser tout ce qui m'entraine vers le fond pour ce que je suis. Et ce que j'ai à lui apporter.

— Ecoute, dit-il en posant sa main sur mon épaule. J'ai conscience qu'un Alpha qui perd son rang peut tomber dans une dépression terrible. Mais rien n'est immuable. Tu l'as perdu ton Rang, tu peux le retrouver. Alors ne gâche pas cette chance.

Il a raison, l'idiot. Qu'importe ce qu'on me fera endurer, qu'importe ce que mon père a perdu et moi avec pour l'instant, je ne dois pas me laisser marcher dessus. Je ne suis pas de ces louveteaux qui courbent l'échine pourtant. Et je crois que voir le monde me rejeter m'a fait oublier cette réalité.

Je n'attends pas qu'il l'ouvre et me rabâche à nouveaux son blabla, je lâche un "putain mais oui" sors immédiatement et me rends dehors, à la recherche d'Izuku. En partant, j'ai entendu au loin la tête d'orties me hurler "y'a pas d'quoi!"

J'espère qu'Izuku n'est pas loin, qu'il n'est pas monté dans une voiture qui l'aurait emmené dans les bras de l'autre balafré.

Tout en regardant autour de moi, je réalise que pour un être que je connais à peine et pourtant que j'ai l'impression d'avoir toujours connu, ou toujours cherché, je serai prêt à reprendre le pouvoir que l'on cherche à me retirer.

Je cours à travers la ville, à la recherche de ces yeux émeraudes qui m'ont hypnotisés. Mais tous ceux qui croisent mon regard sont fades et sans saveur.

Il se met à pleuvoir, et c'est plus une chance pour moi. Son odeur d'omega mouillé le suit et lorsqu'elle me parvient, pareille à nulle autre, je finis par le retrouver. Lorsqu'au bout de plusieurs dizaines de mètres je l'aperçois, il marche lentement, comme un foutu zombie. J'arrive derrière lui, attrape son poignet et le tire à moi. Surpris, il sursaute, mais dès qu'il se rend compte qu'il s'agit de moi, il se blottit dans mes bras, l'effet de la voix de l'Alpha s'annulant soudain.

Je profite de ce moment pour le serrer contre moi. J'enfouis mon nez dans ses cheveux. Son odeur est tellement addictive, je ne résiste plus et m'y plonge corps et âme. Puis lorsque j'ai fait le plein de l'essence même de Mon Omega, je me recule et le regarde dans les yeux.

— Bakugo. Je m'appelle Katsuki Bakugo. Et aujourd'hui et maintenant, je n'ai pas le droit de faire de toi Mon Omega, officiellement. Mais tu as raison. Tout ce que tu as dit était juste et je te promets qu'aucune loi ni interdit ne viendra m'empêcher de me lier à toi.

Son visage s'illumine. Il se blottit à nouveau, contre moi, le nez au creux de ma nuque, son souffle chaud contre ma peau.

Afin de ne pas devenir encore plus fou nous nous faisons violence pour ne pas nous embrasser. Surtout que nous ne savons pas qui pourrait bien nous reconnaître.

Avant de se séparer de mes bras il prend le temps de me susurrer les mots les plus doux.

— Je n'attendrai que ça, Katsuki Bakugo...

Je fais les cents pas devant la voiture, le soleil est haut dans le ciel et j'ai l'impression d'attendre depuis des heures. L'arrêt de bus est en face de moi, et j'attends avec impatience de voir celui qui me ramènera l'être que j'ai dans la peau depuis des semaines. Je vois certains passants changer de trottoir, ma tension devant se sentir de loin.
Ca fait trop longtemps que j'attends ce jour... Le jour où nous serons libres.

Je vois alors l'ombre d'un bus arriver au loin. C'est le sien. Lorsque celui-ci s'arrête, je ne tarde pas à voir la touffe verte de Mon Omega apparaître lorsque le bus redémarre.
Il m'aperçoit sur le trottoir en face, et court dans ma direction, avec son sac de voyage rempli à la main.

Lorsqu'il me rejoint je le soulève et le serre contre moi comme une promesse que nous ne serons plus jamais séparés. Je le vois rire aux éclats et mon cœur fond comme neige au soleil. Quand je le repose, je me sens léger... si léger putain.

— Ca s'est bien passé ?

Son sourire diminue.
Aujourd'hui était le jour de la signature du divorce. A peine quelques jours après notre rencontre, cet homme absolument intègre et fabuleux qu'est Izuku ne pouvait plus mentir à son mari et lui a avoué être tombé amoureux d'un autre Alpha. Todoroki a vite compris qu'il ne pourrait plus rien pour retenir Izuku, il a donc accepté le divorce relativement vite.

Afin d'éviter que la loi ne s'en mêle, jamais mon nom n'a été prononcé et leur divorce s'est fait dans le feutré, le plus loin possible des caméras.

Nous avons tout fait pour éviter de nous voir pendant plusieurs semaines le temps de tout régler.
Jamais je n'ai ressenti pareil vide ni pareille souffrance. L'impression de n'être qu'à moitié moi était palpable, physique. Aujourd'hui, je suis enfin complet.

— Bien. Shoto était si triste... mais il est fidèle à lui-même. Si tout ceci me rend plus heureux, il est prêt à faire ce sacrifice.
— Je ne le porte pas dans mon cœur. Mais rappelle-moi de le remercier, un jour.
— Je pense que prendre soin de moi sera la meilleure chose que tu peux faire...

Je souris et glisse mon doigt contre sa joue.

— Ca tombe bien, c'est justement mon plan.

Puis j'ouvre la porte de la voiture côté passager en récupérant son sac.

— Si monsieur veut bien se donner la peine, notre aventure commence ici.

Il rit en montant à bord du véhicule qui nous emmènera loin d'ici, loin de ce pays aux règles anciennes et obsolètes.
Retrouver mon Rang aurait été trop long et chaque seconde passé loin l'un de l'autre était une torture. Alors je deviendrai celui que je lui ai promis d'être, mais dans un endroit qui n'en fera pas le socle de notre relation.

Nos valises dans le coffre, je m'installe au volant et l'observe. Je le sens heureux. Et ça m'emplit de joie.

— Où allons-nous alors ? me demande-t-il, excité.
— Chez nous, Izuku.

Le moteur démarre, et nous entamons une nouvelle vie, ensemble.

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j'ai hâte d'avoir vos retours, en espérant que cette courte histoire vous aura plu :)

<3


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