Un sujet difficile à aborder
- Quentin, qu'est-ce que tu fais là ?! Tu as oublié que tout le corps professoral se réunit ! On a beaucoup de questions à te poser qui sont tout de même très importantes, scande ma prof principale.
Ouf c'était moins une pour que l'on ne se fasse surprendre, il a juste eu le temps de s'écarter. Je suis épatée par cette rapidité.
Il s'empresse de la suivre et me lance un clin d'œil discret en regardant mon téléphone, signifiant :
"On en parlera ce soir."
Il faut que je me dépêche de rentrer chez moi, de faire mes devoirs pour pouvoir être tranquille et prête lorsqu'il m'appellera, mais avant ça, direction le dernier cours.
Pendant que les autres ont deux heures d'espagnol avec une prof que je n'aime absolument pas, j'ai italien ça a du bon d'être trilingue.
Soudainement, je vois Ilan qui vient à ma rencontre, il a l'air essoufflé.
- Sarah, tu vas où ?
- Comment ça je vais où ? En cours d'italien d'ailleurs on a cours au même endroit il me semble, lui dis-je en souriant d'un air moqueusement gentil.
- Rassemblement général des profs, le dernier cours de tout le monde est annulé ?! Rigole-t-il.
Mais où ai-je la tête ! Puis il m'explique que tous les profs ont un truc important à discuter. Merci Ilan mais je le savais ! Mais du coup... S'il est délégué il doit forcément savoir de quoi il s'agit, allez tentons.
- Tu sais de quoi ils doivent discuter ? je demande innocemment.
Il hésite une seconde :
- Euh... aucune idée.
Il ment j'en suis certaine.
- Ilan, allez... dis-le moi ! je le supplie en faisant la moue.
Il sourit :
- Tu sais très bien que je n'ai rien droit de dire concernant ce genre de réunion.
- Dis-moi au moins si ça me concerne alors ! je surenchérie.
Un silence pesant voire carrément gênant s'installe quand d'un coup Lauryne et ses supers copines apparaissent. Lorsqu'elle arrive à mon niveau chacunes d'elles scandent :
- C'est pour quand le mariage avec le lèche-botte des profs ? Tu t'es lassée de ton prof chéri ?!
- Et les enfants ?!
- Taisez-vous les filles elle va pleurer la pauvre chérie ! cingle Morgane.
Comme je vois Ilan me regarder pour vérifier ses dires je prends sur moi pour ravaler toutes les larmes qui arrivent pour leur montrer que non, je ne pleurerai plus, ou du moins pas cette fois.
- Prépare-toi à souffrir petite peste, termine Lauryne en frappant sur mes cahiers que je tenais entre les mains faute de place dans mon sac ; et tout tombe à terre puis elles partent en ricanant telle des hyènes.
La gentillesse des gens a des limites apparemment, même Ilan prend, tant bien que mal, congé, en prétextant un rendez-vous avec un ami mais je sais que c'est pour me fuir.
Et Quentin... S'il avait été distant et froid comme chaque professeur malgré mon mal-être il n'aurait pas eu de problème, je m'avance peut-être mais je suis quasiment sûre que cette réunion me concerne, je suis terriblement mal.
Pendant ce temps dans la salle des professeurs.
Je suis certain qu'ils veulent parler de Sarah, il faut que je garde mon sang froid si je ne veux pas qu'ils se doutent de quelque chose. Anaïs prend la parole et enchaîne les questions on dirait presque un lieutenant de police, j'ai presque envie de lui dire que c'est ridicule mais je me contente d'écouter les questions et de répondre au mieux.
« Que sais-tu de Sarah ? », « Certains élèves disent que c'est du cinéma, sa meilleure amie Lauryne, entre autres, qu'en penses-tu ? », « Les marques sur son poignet, tu crois que c'est pour attirer l'attention ? », « Vu qu'il n'y a pas de trace d'elle dans les agendas du corps médical de l'école on peut en déduire qu'elle est en bonne santé ».
Tant de questions plus idiotes les unes que les autres mais je tente tant bien que mal de garder mon sang-froid et de rester un minimum stoïque dans mes réponses. Pas de sentiment, surtout pas.
À chaque question je la défends, non de manière évidente, mais je le fais, j'explique ce qu'elle a subi, que le mal-être n'est pas quelque chose qui, dans la plupart des cas, se voit au premier coup d'œil.
J'explique également qu'elle ne se mutile pas pour se rendre intéressante, qu'elle souffre de dépression.
Puis vient la question de trop :
- Tu as une alliance à ton doigt pourtant tu ne parles jamais d'elle, tu restes les trois quarts du temps dans ton coin, sur tes corrections, tu ne participes pas aux discussions, pourtant nous sommes tous mariés ici, je te sens mal depuis un certain temps, tu sais entre collègue on peut tout se dire, y'a-t-il une chose que tu voudrais nous dire ? me lance-t-elle en me regardant droit dans les yeux.
Je prends cela comme de la trahison, comment peut-elle aborder ce sujet devant tous nos collègues. Elle n'est pas au courant mais quand même... et à cet instant je me rappelle de l'article qui était apparu dans le journal à l'époque... Je sens ma gorge se nouer, j'ai des bouffées de chaleur qui commencent à arriver et avant de craquer, je me râcle la gorge et articule tant bien que mal :
- Je viens de me rappeler que j'avais une chose importante à faire, donc si vous me le permettez je vais vous laisser finir cette réunion, et ne vous inquiétez pas mon élève est entre de bonnes mains. Je vous tiendrai informé si jamais j'estime qu'elle est un danger pour elle-même.
- Bien... finit-elle par dire, bonne soirée à toi, à demain.
Et sans même lui répondre je me lève et sors de la salle en bouillonnant de l'intérieur.
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