Trahison

Nous sommes restés bien dix minutes sans rien dire, Je m'en veux de l'avoir une fois de plus blessé.
Je prends une longue inspiration, expire profondément et l'invite à nous lever afin d'aller prendre le métro. Je ne voudrais pas que ma mère se fâche injustement alors que je suis pas responsable pour une fois de mon retard. Avant de nous extirper de notre coin à l'abri des regards, il me prend à nouveau dans ses bras et même si je sais pertinemment que ce n'est pas raisonnable je me laisse faire car j'aime cette sensation que rien ne peut m'arriver.

- Sarah ? me murmure-t-il.

- Oui Monsieur...

Je me suis adoucie, mon timbre de voix se fait plus doux.

- Je suis navré de vous avoir fait subir cela.

- Ce n'est rien, dis je d'un ton rassurant, mais j'aimerais vraiment savoir pourquoi vous vous préoccupez autant de moi...

- Vous voulez vraiment le savoir ? souffle-t-il la gorge encore un peu nouée d'avoir pleuré comme un enfant.

- Oui...

- C'est pas vrai, je m'exclame, tout en le repoussant précipitamment, Lauryne !

- Hey Sarah ça fait plus d'une heure que je te cherche ! Morgane et Manon nous ont proposées de réviser le Bac avec..., puis en voyant Quentin son visage change, euh... Monsieur je vous avais pris pour un ami de Sarah...

- Bonsoir Lauryne, dit Quentin un peu mal à l'aise, Sarah n'était pas bien alors je lui ai proposé de la prendre dans mes bras histoire qu'elle  se calme et que personne ne la voit dans cet état.

Non mais je rêve, c'est lui qui pleurait y'a même pas cinq minutes ! Je lui ferai la remarque plus tard en attendant il faut que je me sorte de cette situation plus que gênante.

- Lauryne je vous rejoins plus tard ok ? De toute manière je ne peux pas venir si je n'ai pas prévenue ma mère tu sais comment elle est, dis-je en la fixant droit dans les yeux pour lui faire comprendre que je lui expliquerai tout plus tard.

- Euh ouais ok, me dit-elle perplexe en ajoutant, puis enlève moi ce pull il fait au moins 38°. Bye à plus tard !

Ouf, sauvée ! On met bien 3 minutes avant de s'échanger à nouveau quelques mots tous deux gênés par la situation que nous venions de vivre. C'est lui qui fait le premier pas.

- Si je peux me permettre, votre ami ne m'inspire pas confiance.

- Pourquoi donc ? je lance un peu sur la défensive.

- Son regard en partant... puis ...

Il s'arrête à nouveau de parler. Chose qui commence tout doucement à m'énerver.

- Puis quoi ?

Il me regarde à nouveau.

- Il est tard, je dois rentrer. Fais de même et repose-toi ça me ferait plaisir.

- Mais...

- On va rater le métro dépêchons-nous, lance-t-il vivement.

Le lendemain 10h du matin

Ce matin n'est pas un matin comme tous les autres, j'ai comme des papillons dans le ventre. Je dirais presque que je suis ... heureuse. Lauryne ne me répond pas depuis hier soir, bizarre j'espère que ça va et qu'elle ne m'en veut pas de ne pas avoir pu les rejoindre, ma mère ne m'aurait pas autorisé de toute façon. C'est mon arrêt, direction le lycée et sans la boule au ventre pour une fois !
J'avance en direction du portail et je vois un groupe qui me montre du doigt, c'est Nicolas, Yanis, Antoine et les filles. Je me rapproche d'eux, ils ont un sourire bizarre aux lèvres et la phrase de Nico m'annonce la couleur de la journée :

- Tiens, tiens, mais c'est la fausse dépressive ! s'exclame-t-il à haute voix.

Je reste sans voix sans comprendre sa réaction.

- Alors Sarah ! Tout va bien ce matin ? pouffe Yanis en me poussant.

- Comme ça on se met aux professeurs ! surenchérit Antoine.

- On ne t'a jamais dit que c'était nul et surtout dangereux de draguer un prof ma petite Sarah ! raille une voix derrière moi que je reconnais tout de suite.

- Lauryne... dis-je horrifiée, pourquoi tu dis ça ? Tu sais très bien que jamais je...

- C'est ça, ne fait pas l'innocente! crache-t-elle, tu m'avais caché que t'étais une petite peste, me lance-t-elle en m'attrapant par le poignet violemment un sourire diabolique aux lèvres.

Je suis tellement sous le choc que tout devient brumeux autour de moi, je n'entends plus qu'une pluie d'insultes et de rires moqueurs.

- Ooooh pauvre petite chérie elle pleure ! se moque Manon, elle va aller tout raconter à maman !!

Avec les larmes qui coulent je me fraye un chemin pour m'engouffrer dans le lycée à la recherche d'un endroit non à découvert, en chemin je croise Quentin et je décide de l'ignorer totalement et de continuer à courir malgré qu'il m'appelle. Comment ma meilleure amie pouvait me faire ça, pourquoi elle s'est amusée à inventer une histoire pareille alors que j'ai toujours été présente pour elle. Je me cache dans les toilettes et m'installe sur le haut de la cuvette pour me remettre à pleurer à chaudes larmes sans pouvoir dissocier la tristesse et la haine qui s'empare de moi.

Dans la cour...

Je viens de croiser Sarah en pleurs étant à l'intérieur du lycée je ne peux pas lui courir après mais à en voir les rires de son groupe d'amis, des amis tu parles, je crois avoir deviné la situation, surtout Lauryne qui m'ayant vu arrête immédiatement de sourire mais fait mine de garder bonne figure. Je me dirige d'un pas furieux vers eux :

- Vous vous prenez pour qui en traitant une de vos camarades de la sorte ? Fulminais-je

- Et toi Lauryne, je croyais que c'était... ta meilleure amie, c'est donc comme ça que tu prends soin de ceux dont tu te soucies ?!

- Ça va Monsieur on rigolait juste, souligne Antoine afin de défendre le groupe.

- Vous avez un humour bien spécial, si je vous revois encore une fois agir de cette manière je vous signale à la direction de l'Établissement c'est bien clair ?! dis-je en haussant le ton.

Tous acquiescent. La sonnerie annonce le début des cours. Où peut-elle bien être...

Dans les toilettes...

Il faut que je me magne je vais arriver en retard en cours. Mince mes ciseaux où sont-ils ! Ouf les voilà.

- Sarah vous êtes là ? dit une voix familière.

Pitié, pas lui. Je remets mon pull et sors des toilettes pour me diriger vers le lavabo afin de me passer de l'eau sur le visage. Je le regarde à peine.

- Vous allez bien... s'inquiète-il.

- Hm.. Dis-je sans prendre la peine de lui adresser un seul regard.

Je pense qu'il comprend que je souhaite être tranquille, alors il ajoute simplement :

- N'arrivez pas trop en retard...

Et il part en fermant la porte. C'était moins une en plus du sang a traversé le tissu de mon pull léger. Je sors à mon tour et prend la direction de sa salle de cour.

En entrant, toute la classe m'observe tel un chimpanzé qu'on regarde à travers sa cage.

- Bonjour Mademoiselle, me dit Quentin le plus stoïque possible, asseyez-vous.

Des rires étouffés se font entendre sur mon passage je tente de ne pas y prêter attention malgré les larmes qui reviennent.

- Silence ou je vous colle une interro surprise, crie-t-il.

Je m'installe au fond de la classe près du radiateur et sors mes affaires. Le cours est presque fini quand je reçois un bout de papier qui atterri juste devant mon nez sur mon cahier.

« Tu fais pitié ♥ ! »

Je pris le papier l'air de rien et le met dans ma trousse en prenant discrètement ma paire de ciseaux que j'enfile dans ma manche suivie de ma main. J'appuies. Cette fois j'ai un peu plus mal que d'habitude.

La sonnerie se fait entendre, plus que 6 heures de cours...

Tout le monde sort de la salle sauf moi, je ne me sens pas très bien d'un coup.

Quentin s'avance vers moi. Une fois à ma hauteur il s'agenouille pour être au niveau de mon visage :

- C'est bien Lauryne et tout le reste de la bande qui sont la cause de tes larmes de ce matin n'est-ce pas ? demande-t-il ses yeux plantés dans les miens.

- Sûrement oui... dis-je sans grandement avoir envie de mentir.

Ma bouche s'assèche.

- Montre-moi ton bras, s'il te plait.

- Non ! je m'exclame paniquée.

Le ciseau est encore dans ma manche, bloqué, puis cette douleur...

- Sarah montrez-moi votre poignet ! me dit-il en me saisissant par la manche vivement.

Et à ce moment je comprends pourquoi j'ai plus mal que d'habitude, le ciseau était resté accroché, je croyais qu'il s'était coincé dans une des mailles de mon pull. Lorsqu'il me relève la manche, le ciseau sort de ma plaie et énormément de sang se met à couler. Paniqué il fait un point de compression sur mon poignet et hurle en demandant de l'aide. Je tente de me lever, il a juste le temps de m'attraper pour ne pas que je tombe par terre et c'est ainsi que je perds connaissance mais parviens à entendre une dernière phrase.

- Sarah tu m'avais promis... chuchota t'il en retenant tant bien que mal ses larmes qui commençaient à couler.

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