CHAPITRE 5

J'ai l'impression de sentir encore ses mains, ses coups... Ma respiration s'accélère subitement et je pose mon couteau pour éviter de me couper. Putain.

Je me sens tellement en colère, et j'ai si mal... Comment j'ai pu oublier cette soirée ? J'aurais dû intervenir plus tôt, avant qu'il ne lui fasse du mal. J'aurais dû être plus fort et ne pas perdre l'avantage. J'aurais dû...

Sans m'en rendre compte, j'envoie valser tout ce qu'il y a sur le plan de travail. La planche à découper les légumes, les saladiers... Tout vole sur le carrelage. La vaisselle explose dans un gros bruit.

Ma respiration est de plus en plus saccadée, si difficile, si... J'en peux plus. Je veux que ça s'arrête. Je veux oublier tout ça.

Je ne sais pas exactement ce qu'il se passe mais en quelques secondes tout ce qui est à porté de main se retrouve par terre ou cassé sur le plan et travail.

Une violente douleur remonte le long de mon avant-bras et sur le côté de ma main. Je baisse les yeux et me rends compte que le carrelage clair se tâche de rouge. Merde, je me suis coupé. J'attrape un torchon et fais pression sur la plaie.

Je me laisse glisser au sol, au milieu des débris et m'assois contre la porte du lave-vaisselle.

Bizarrement, la douleur de mon bras soulage le reste. Ma respiration se calme un peu, et mon cœur ralentit doucement. La douleur de la coupure m'évite de penser à autre chose, et ça fait du bien.

La porte d'entrée claque, me faisant sursauter. Merde, Harry est déjà là ?

- Louis ?

- Ici.

J'entends ses pas, puis il apparaît à l'entrée de la cuisine.

- Qu'est-ce-que... Ça va ?

- Très bien, je réplique sarcastiquement en me relevant.

- C'est toi qui as fait tout ça ?

- Tu vois quelqu'un d'autre ici ?

Mon chanteur lève les yeux au ciel et pose une grosse pochette sur le comptoir.

- T'es blessé ?

Il s'approche en esquivant les débris pour prendre mes mains. Je recule avant qu'il ne me touche.

- Je... j'ai juste... Non s'il te plaît, arrête, je souffle lorsqu'il essaye encore de m'atteindre. 

- Laisse-moi voir. Je ne te touche pas, je veux juste regarder.

J'hésite, mais fini par lui tendre mon bras. Il retire le torchon et on grimace en même temps. Moi car ressentir l'air sur la plaie est douloureux, et lui parce-que ça ne doit pas être joli.

- Je pense que t'as besoin de points.

- Arrête de dramatiser, je souffle en retirant mon bras. Je vais faire un pansement, ça va.

- Ça a l'air profond... Qu'est-ce-qui t'as prit ? C'est à cause de Perrie ? Il s'est passé quelque chose ?

- Il ne s'est rien passé. Aah putain, je râle en regardant mon bras.

Ça continue de saigner. Merde.

- On va à l'hôpital. Ça saigne beaucoup trop.

- J'ai pas...

- Tu discutes pas. Je vais prendre de quoi faire un pansement pour la route.

Il part dans la salle de bain. Mais qu'est-ce-qu'il est chiant. Il peut pas me laisser me vider de mon sang ?

Harry revient avec la boîte à pharmacie. Toujours en évitant les débris il sort quelques compresses et des bandes. Sans me laisser le choix il prend mon bras et couvre la plaie de compresses.

- Tu ne m'as pas appelé.

- Je t'ai envoyé un message.

Un très bref et court message : Pas mon fils. Je ne pouvais pas être plus clair.

- On devrait quand même en parler. Vu ce qu'il vient de se passer, et... l'état dans lequel tu es.

- Je vais très bien, je râle alors qu'il enroule la bande autour de mon bras.

- Si je ne te connaissais pas je te demanderais si tu n'as pas picolé.

- Bah peut-être que tu ne me connais pas si bien que ça.

Ses doigts se figent alors qu'il termine de couvrir les compresses et son regard se pose sur moi. Il m'observe, cherchant le moindre signe.

- J'ai pas bu, mais c'est pas l'envie qui manque depuis tout à l'heure.

Harry colle un bout de sparadrap sur la bande pour la faire tenir et range un peu.

- Donc c'est bien ce que je disais, il va falloir qu'on en parle... Mais on va te faire recoudre avant.

* * *

- Il faudra revenir, ou voir votre médecin traitant d'ici 10 jours pour retirer les points. Essayez de garder la plaie propre.

J'acquiesce en redescendant la manche de mon sweat sur le bandage.

- Je pourrais avoir quelque chose pour la douleur ? Un truc fort, le doliprane ça fait rien.

- De la morphine temps que tu y es, marmonne Harry. Pas d'opioïdes, s'il vous plaît.

- Très bien, je vous fais une ordonnance.

Elle me fait un bref sourire désolé et sort du box.

- Donc j'ai même pas le droit de soulager ma douleur ?

- Ça dépend de quelle douleur tu parles.

Il s'approche et vient s'asseoir à côté de moi. Son regard se perd un peu sur mon bandage. J'ai quand même eu le droit à 5 points de sutures sur l'avant-bras et 3 sur le côté de la main, je ne me suis pas loupé.

- Parle-moi... Qu'est-ce-qu'il s'est passé ? Qu'est-ce-qui t'as fait réagir comme ça ?

Je lève ma main valide et effleure sa joue, mon regard plongé dans le sien. Je me sens épuisé, je n'ai qu'une envie : aller me coucher.

- Tu es... déçu ? il chuchote sans me quitter des yeux. Tu aurais voulu que ce soit ton fils ?

J'esquisse un léger sourire et secoue la tête.

- Non, c'est pas ça.

- Mais elle est sûre au moins ?

- Oui, elle a fait un test ADN à sa naissance. Y avait que deux possibilités à cette période là et ce n'était pas moi.

- Donc elle sait qui c'est ?

J'acquiesce lentement, me préparant à lui mentir.

- Il n'a pas voulu prendre ses responsabilités ?

- Ouais, ou peut dire ça.

- Quel connard.

Je ris nerveusement et remonte ma jambe contre mon torse. Perrie m'a fait promettre de n'en parler à personne. La version que tout le monde sait, c'est que le géniteur n'a pas voulu s'impliquer pour se concentrer sur sa carrière. En vérité, elle n'en a jamais parlé à Simon. Aujourd'hui il n'y a qu'elle, et moi qui savons qui est le père de Noah.

- Ouais, t'as pas idée...

- Tu sais qui c'est ?

Je secoue la tête avant de le regarder à nouveau.

- J'ai vraiment pas le droit à un truc plus fort ?

- Non, il souffle en se penchant pour effleurer mes lèvres. Mais tu veux peut-être demander l'avis du Docteur Cooper.

Je lève les yeux au ciel et ça le fait rire. Doucement, il pose sa joue sur mon épaule.

- J'aurais besoin d'un truc plus fort moi aussi...

J'observe ses traits froncés, tirés, et je me rappelle que lui aussi avait des rendez-vous pour son nouveau projet.

- Ça c'est mal passé aujourd'hui ?

- Quoi ? Non, ça c'est bien passé. Je m'inquiète juste pour toi.

- Mmh, si tu le dis.

Je souffle et laisse ma tête retomber sur la tête du lit d'examen.

- Je veux dormir. Quand est-ce-qu'elle revient ?

- Quel impatient, rit doucement mon chanteur. Y en a pas pour très longtemps je pense.

- J'aime pas être à l'hôpital.

Harry perd un peu son sourire et sort son portable.

- Tu veux qu'on prenne quelque chose à manger en repartant ?

- J'ai pas faim. Mais commande toi un truc si tu veux.

- Même pas de hamburgers ? Frites ? Faut que tu manges un peu quand même...

L'interne revient avec mes ordonnances, me laissant l'occasion d'esquiver l'insistance d'Harry.

* * *

- Je suppose que tu ne vas pas non plus travailler aujourd'hui...

Je me retiens de lever les yeux au ciel en prenant ma boîte de céréales dans le placard.

- Nan.

- Ça fait une semaine.

- Et alors ? John et Liam gèrent bien. A croire qu'ils n'ont pas vraiment besoin de moi en fait.

- C'est faux, tu le sais très bien. John gère parce-qu'il n'a pas le choix et Liam s'arrache les cheveux sur ton planning et les reports.

- Comment tu sais ça ?

- Parce-que ton secrétaire m'a appelé, pour savoir si t'étais toujours en vie et si je savais quand est-ce-que tu allais réapparaître.

Cette fois je lève les yeux au ciel, et me dirige vers la chambre avec mon paquet de céréales. Harry souffle mais ne me retient pas. Tant mieux.

Je retourne sous la couette et grignote mes céréales tout zappant les chaînes de la télé.

Je suis bien ici, mon lit est confortable, personne ne m'emmerde... À part Harry de temps en temps mais comme il n'est pas là en journée c'est plutôt tranquille. Je me rends compte du coup qu'il est bien occupé en fait en ce moment. A quoi, je ne sais pas mais bon. Si ça se trouve il voit quelqu'un d'autre. Quelqu'un de moins chiant que moi, plus gentil, plus...

- Louis ?

Je lève les yeux et le regarde prendre son portable et sa montre sur la table de nuit.

- Quoi ?

- On pourrait aller racheter la vaisselle que tu as cassé. Je vois mon coach ce matin mais on pourrait déjeuner tous les deux et faire les magasins... Sortir un peu.

C'est vrai, son coach qu'il voit deux fois par semaine. C'est peut être lui qu'il se tape ? Les coachs sportifs sont souvent canons en plus.

- Louis, insiste mon chanteur. Tu m'écoutes ?

- Désolé... Je peux pas sortir avec toi sans être photographié, et je suis censé être malade alors...

- Ouais, d'accord... A plus tard.

Il passe la montre autour de son poignet en quittant la chambre. Je souffle et remonte la couette au dessus de ma tête, espérant me rendormir vite.

* * *

Harry voit quelqu'un d'autre, j'en suis persuadé. Il ne me touche plus, sauf pour m'aider à refaire mon pansement si je lui demande. Son comportement avec moi est trop bizarre en ce moment, et ça commence à me gonfler. Je l'observe, et je vois bien qu'un truc cloche.

Combien de temps encore il va me prendre pour un con ?

Je souffle et enroule une bande propre sur ma plaie. Ça aussi ça commence à m'agacer, vivement lundi qu'on m'enlève les points.

Harry prépare le dîner parce-que j'ai interdiction d'aller dans la cuisine maintenant. Il me prend vraiment pour un gosse, ça aussi c'est chiant.

- Tu sais que si on se sépare, Legends te gardera comme chanteur. Donc tu peux me le dire si...

Il laisse tomber un peu trop fort la casserole sur le plan de travail et se tourne vers moi.

- Pourquoi tu me dis ça ?

Harry est si calme, ça m'énerve aussi. Je commence à me demander si il n'a pas reprit la drogue pour être si détendu.

- Comme ça, je réponds en secouant mes épaules. Pour que tu saches que si tu veux me quitter ça n'aura pas de répercutions sur ton contrat.

- D'accord, je prends note.

Il se reconcentre sur la sauce tomate qu'il verse dans la casserole. Il m'énerve. Tout m'énerve.

Je souffle et prends mon visage entre mes mains. J'ai besoin d'un verre, quelque chose de fort qui me brûle la gorge et me fasse oublier pendant quelques secondes que ma vie est merdique. Ou une ligne d'héro, rien qu'une seule. Juste pour m'empêcher de trop penser.

Je sais très bien ce qu'il se passe. Je cogite trop et je m'énerve tout seul. Tout tourne en boucle dans ma tête depuis une semaine, et j'en ai marre. Je veux que ça s'arrête.

Je pourrais oublier d'une autre manière... Mais je ne pense pas être capable de laisser Harry me toucher... Et puis il n'en a sûrement pas envie non plus d'ailleurs.

Je sursaute lorsqu'il pose nos assiettes sur la table basse et lâche mon visage pour le voir s'asseoir à côté de moi. Harry laisse une petite distance entre nous et commence à manger en regardant le match de foot qui passe à la télé. J'observe son visage, et ça me fait mal.

- Tu manges, c'est pas négociable.

- Tu peux arrêter de me parler comme si j'avais 5 ans ?

- Quand t'arrêteras de te comporter comme un gamin, peut-être.

Voilà, il recommence à m'énerver. Je laisse retomber ma tête sur le dossier du canapé et fixe le plafond.

Son portable vibre sur la table basse. Il regarde le message et se recule pour se mettre dans la même position que moi.

- J'ai parlé à Perrie aujourd'hui.

- Et alors ?

- Je lui ai dit comment tu étais depuis une semaine, elle aimerait te voir.

- Moi j'ai pas envie.

Je croise mes bras sur mon torse et fais semblant de me concentrer sur la télé.

- Elle nous a invité tous les deux à dîner chez elle demain soir.

- Vas-y si tu veux, moi je ne viendrais pas.

- Crois-moi, ça ne m'enchante pas plus que ça de dîner avec ton ex. Mais quelque chose ne va pas, et c'est depuis que tu l'as vu. Tu ne veux pas m'en parler, j'ai compris. Peut-être que tu devrais en discuter avec elle et crever l'abcès.

- J'ai pas besoin de lui parler. J'veux même pas la voir.

- Mais qu'est-ce-qu'il s'est passé ? T'avais l'air content de la revoir... C'est à cause de Noah ? T'es encore...

- Non, je ne suis pas déçu, je le coupe. J'en ai rien à faire de son gosse, j'suis même soulagé qu'il soit pas de moi. D'accord ? Alors arrête avec ça.

- Mais il y a bien quelque chose...

- D'accord, d'accord, je lâche en me redressant. Tu te souviens quand tu pensais que ça m'aiderait de me souvenir de mon agression ? Bah tu te trompais. C'est bon ? T'es content maintenant ?

Il semble comprendre et ferme les yeux quelques secondes avant de se rapprocher de moi.

- Tu te souviens.

- Et je m'en serais bien passé.

- Qui c'était ? Tu peux porter plainte et...

- Ça c'est passé il y a 8 ans et je n'ai aucune preuves, donc non je ne peux pas porter plainte. Encore une fois...

- Encore une fois ? Qu'est-ce-que ça veut dire ?

Merde. Je ne peux pas la fermer parfois ? Putain. La réponse la plus simple et souvent la bonne. Mon petit-ami n'est pas bête, il va comprendre.

- J'aurais bien dit Simon, puisqu'il adore nous pourrir la vie mais je ne pense pas que ce soit son genre les agressions sexuelles sur hommes.

Harry est resté sur le fait que je pensais m'être fait violer par un gars en boîte. Je ne sais pas quoi lui dire. Si je lui explique que ce n'était pas une agression sexuelle il comprendra que c'est Simon...

- Tu ne veux pas en parler ? il demande doucement.

Je secoue lentement la tête, la boule au ventre.

- Du coup, je comprends mieux pourquoi tu ne supportes plus que je te touche...

- Comment ça ?

- Tu te recules dès que je t'effleure.

- C'est pour ça que tu ne me touches plus ?

- Tu croyais que j'allais insister et continuer à te mettre mal à l'aise dès que je m'approche trop ?

Merde. J'suis trop con. Je ne m'en suis même pas rendu compte.

- Je ne t'obligerais pas à en parler de ça, mais si tu en as besoin, je suis là. Si tu veux porter plainte ou peut se renseigner sur ce qui est possible ou pas... Et si tu veux que je lui casse la gueule je peux le faire aussi.

Je ris malgré moi et laisse échapper une larme que j'essuie aussitôt. Je remonte ma jambe contre mon torse et pose mon menton dessus.

- T'imagine même pas comment je suis soulagé de savoir ce qui ne va pas. La semaine a été horrible, j'arrêtais pas de me demander si j'avais fais quelque chose, ou si je n'en faisais pas assez, mais en même temps je ne voulais pas trop t'étouffer ou te brusquer...

Il cogite et se monte autant la tête que moi en fait.

- Tu finis toujours par me faire parler de toute façon, je souffle en remontant ma jambe contre mon torse. T'es chiant.

- Je pense avoir compris comment tu fonctionnes maintenant, mais ça reste quand même très laborieux. Alors, tu veux que je lui casse quelques dents ?

Je secoue la tête et le regarde.

- Je veux que tu me serre fort.

- Je peux faire ça.

Ses bras m'enlacent avec douceur. J'ai un coup au coeur, mais je me détends complètement et me laisse aller dans ses bras. Son parfum et sa chaleur m'enveloppe si rapidement que les larmes me montent aux yeux. 

- Je t'aime, je souffle.

Je sens son sourire alors qu'Harry embrasse ma mâchoire.

- Ça aussi ça m'a manqué. Et je t'aime si fort, il murmure sur ma peau.

J'ai l'impression que tout s'évapore. Ma colère s'éteint et je me sens soudainement plus léger. Repousser Harry était une très très mauvaise idée. Je devrais le savoir maintenant...

Je me redresse et m'installe à califourchon sur ses cuisses. Je retrouve ses lèvres avec plus de passion que ces derniers jours.

- S'il te plaît, je chuchote. Fais-moi oublier...

***

Bonsoir ! Louis n'est pas de très bonne humeur, il encaisse... Mais Harry est là, il l'épaule.

J'espère que ce chapitre vous a plu.

A bientôt pour le prochain !

#LEGENDSfic

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