Chapitre 34

Isaac est pétrifié, incapable de comprendre ce qui lui est arrivé et ce qui est en train de se passer. Il regarde le corps sans vie de Cali Wolfe, sur lequel s'est jetée Miss Grimmalkin, qui essaie de la ranimer. Après de longues minutes, n'obtenant aucune réaction de la part de la petite fille, la professeure de défense contre les forces du mal baisse lentement les bras, les épaules voûtées.

« Je n'ai pas réussi à la sauver », souffle-t-elle avec lassitude.

Tout s'embrouille dans la tête d'Isaac. Il n'a aucun souvenir de l'arrivée de Miss Grimmalkin. La dernière chose dont il se souvient, c'est l'image terrifiante du détraqueur à quelques millimètres de lui. Comment a-t-il survécu ?

Il se rend compte de la présence d'Arthur quand celui-ci fait un pas en avant.

« Elle était condamnée, dit-il à Miss Grimmalkin. Vous n'auriez rien pu faire.

– Si jeune... si influençable... »

Isaac se fait remarquer qu'il n'a jamais vu Miss Grimmalkin dans cet état. La seule fois où il l'a vue dans un état quelconque, c'était lorsqu'Elizabeth et lui avaient osé lui poser des questions sur la peste.

« Elizabeth », dit-il entre ses dents.

Où se trouve-t-elle ? Dans quel camp est-elle ? Tout tourne à une vitesse considérable dans sa tête, le rendant nauséeux. Ne sentant plus ses jambes, il s'affaisse et tombe à genoux. Arthur le retient de justesse de tomber plus bas.

« Isaac ! Tu vas bien ?

– Génial, génial, marmonne le garçon. Jamais allé mieux. »

Arthur sourit, mais Isaac n'a pas la moindre idée de la raison de ce sourire.

Enfin, il remarque Miss Peregrine, allongée dans un coin de la salle, au même endroit qu'auparavant. Inconsciente. Et, penchée sur elle, les yeux fermés...

« Elizabeth ! » rugit-il.

Il tente de se lever, mais chancelle et retombe à terre.

« Elle est en train de tuer Miss Peregrine ! »

Il veut s'élancer vers elle, mais Arthur le retient fermement.

« Elle est avec les Estres, les Estres ! continue-t-il. Ils veulent tuer tous les Particuliers !

– Isaac ! »

Le ton ferme d'Arthur le fait taire. Bouche-bée, il regarde son camarade.

« Elizabeth est en train de la guérir. Quoiqu'elle ait dit ou fait, elle est avec nous. »

Peu à peu, Isaac se calme, s'asseyant en tailleur à même le sol. Arthur à ses côtés, il observe Miss Peregrine et Elizabeth. De longues minutes s'écoulent, pendant lesquelles rien ne se passe. Puis, après une éternité, Isaac remarque sur le visage de Miss Peregrine un très léger tressautement de paupière, si léger qu'il ne peut être sûr de ne pas l'avoir imaginé. Il s'approche, fixant intensément les traits de l'Ombrune.

Nouveau tressaillement. Puis le visage de Miss Peregrine se tourne vers le côté tandis qu'elle laisse échapper un léger gémissement. Elizabeth ouvre les yeux, et adresse un signe de tête entendu à Thomas.

« Maman ? » appelle celui-ci.

Doucement, l'Ombrune ouvre les yeux, éblouie par la lumière. Il lui faut plusieurs secondes pour reconnaître les deux élèves qui lui font face.

« Thomas », chuchote-t-elle en passant les doigts sur la joue du jeune homme.

Le visage d'Isaac se fend d'un large sourire. Qui se fige lorsqu'il entend la voix de la seule personne dont il avait oublié la présence.

« Comme c'est adorable ! » s'exclame Miss Hawk d'un ton plein de suffisance.

L'Ombrune est toujours immobilisée par Enzo, qui l'a levée et s'est emparée de ses poignets.

En entendant ses mots, Miss Peregrine se redresse et, chancelante, ignorant les protestations d'Elizabeth et de Thomas, se lève pour faire face à Miss Hawk. Les deux Ombrunes échangent un long regard de défi.

« Vos jeux prennent fin maintenant, Emerline, crache Miss Peregrine. Même en conditionnant des enfants de dix ans pour effectuer vos bas travaux, vous n'avez pas réussi à affaiblir un tant soit peu l'école. Au contraire, vous l'avez fortifiée. »

Miss Hawk éclate d'un rire dédaigneux, les yeux plein de mépris.

« Tout est fini pour vous, Emerline », continue Miss Peregrine.

Le rire gras de l'Ombrune redouble. Il s'étend sur de longues minutes, après quoi elle répond, un sourire sur les yeux :

« Oh, vous voyez, c'est que vous vous trompez. »

Et brusquement, le corps de Miss Hawk est remplacé par celui d'un grand oiseau de proie, qui glisse hors des mains d'Enzo et s'envole par la fenêtre dans un bruissement d'ailes. 

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