Chapitre 31
Bang, bang, bang ! Arthur se bouche les oreilles pour étouffer le son. Depuis cinq minutes, Enzo n'a pas cessé de frapper la cloison de bois, tentant vainement de faire céder la porte. Arthur a depuis longtemps abandonné toute perspective de s'échapper sans aide extérieure ; il est recroquevillé dans l'armoire, la tête entre les mains, aux prises avec un douloureux mal de crâne.
« Ma Particularité ne fonctionne pas ! grogne Enzo. Elle doit avoir des hiboux-gommeurs dans son bureau.
– Enzo ! s'écrie Arthur, n'y tenant plus. Arrête ! »
Face à la fermeté de l'ordre, son ami s'interrompt instantanément. Après un profond soupir, il se rassoit ; l'exiguïté de l'armoire le force à s'installer tout contre Arthur. Sa respiration est maintenant le seul bruit qui vient troubler le silence.
« Désolé, Arthur », dit-il finalement.
Arthur se tourne vers lui, mais l'obscurité est si complète qu'il parvient à peine à distinguer sa silhouette.
« Ca ne sert à rien de se battre, maintenant, dit-il doucement. La partie est finie.
– On ne peut pas abandonner, Arthur ! Même si on est coincés là, les autres sont libres, ils vont trouver Miss Peregrine...
– ... et le détraqueur, qui aspirera leur âme par la même occasion. On lui livre trois nouveaux repas sur un plateau, il ne va pas se gêner.
– Ils trouveront une solution.
– Quant à nous, nous allons rester coincés là jusqu'à ce que nous mourrions de soif et, pour ta part, de sous-oxygénation. Miss Hawk laissera nos cadavres croupir là, oubliés de tous.
– Arrête, Arthur ! »
Arthur se tait ; il a la nette impression qu'il est allé trop loin. Mais il n'en peut plus de ce faux optimisme, de ces espoirs illusoires.
Enzo s'agite à côté de lui. Les deux garçons sont jambe contre jambe et épaule contre épaule ; Arthur sent la chaleur de son corps et s'en imprègne.
« Enzo, souffle-t-il après plusieurs minutes de silence. Je peux te poser une question ?
– Vas-y.
– Pourquoi moi ? »
Enzo ne répond pas immédiatement. Il reste silencieux une seconde ou deux, puis répond :
« Comment ça, pourquoi moi ?
– Tu sais très bien. Pourquoi tu es devenu ami avec moi, alors que tu aurais pu devenir ami avec n'importe qui dans l'école ? »
Arthur attend une réponse qui ne vient pas. Après quelques secondes, il reprend :
« Tu te souviens quand tu m'as dit que tous les élèves de l'école semblaient être mes "anciens amis" ?
– Mm-hm.
– Eh bien, c'est le cas. Enfin, peut-être pas tous. Mais à chaque début d'année, je me fais un nouvel "ami". Qui va voir ailleurs au bout de quelques jours, en se rendant compte que je suis carrément ennuyeux et que j'ai une Particularité inutile. »
Un silence accueille la déclaration d'Arthur. Seule la respiration d'Enzo résonne étrangement dans l'armoire.
« C'est la chose la plus absurde que j'aie jamais entendue, dit finalement son ami. Tu es tout sauf ennuyeux, et ta Particularité est géniale. L'utilité ne saute pas aux yeux, c'est vrai, mais quand même. Je ne vois pas pourquoi j'irai voir ailleurs. »
Arthur sent le feu lui monter aux joues.
« Et pourtant... murmure-t-il. La façon dont tu regardes Elizabeth... »
Enzo reste sans voix un instant ; ses yeux s'étant habitués à l'obscurité, Arthur distingue l'ombre d'un sourire sur ses lèvres.
« Ce n'est pas pareil.
– Tu l'aimes bien.
– Je l'aime bien. Mais toi, je t'adore. »
Son sourire s'élargit, et Arthur le lui rend timidement. Les mots sont trop faibles et trop peu nombreux pour faire comprendre à Enzo ce qu'il souhaite lui dire.
Soudain, un bruit provenant de l'extérieur les fait sursauter tous deux. Une clé tourne dans une serrure... et les portes de l'armoire s'ouvrent, déversant un flot de lumière aveuglante. Les deux garçons clignent intensément des yeux ; quand ils parviennent enfin à les ouvrir entièrement, ils distinguent le visage d'Isaac penché vers eux.
« Qui... vous a... enfermés ? halète le garçon.
– Miss Hawk, répond Arthur. »
Les yeux d'Isaac s'agrandissent de surprise, mais le temps leur manque pour lui expliquer les détails.
« Vous avez trouvé Miss Peregrine ?
– Oui... Elizabeth et Thomas... sont en train... de l'aider. »
Enzo et Arthur échangent un regard horrifié.
« Le détraqueur ! souffle Enzo. Et Miss Hawk est probablement en chemin... »
D'un même mouvement, les deux garçons se lèvent et s'élancent à la suite d'Isaac. Celui-ci les conduit jusqu'à la tour. Ils escaladent les marchent aussi vite que possible, faisant fi du feu qui brûle les muscles de leurs jambes. Quand ils arrivent au sommet, ils s'arrêtent net. Le spectacle qui leur fait face leur retourne l'estomac.
Miss Peregrine est enchaînée dans un coin, inconsciente. À ses côtés se tient Cali Wolfe, le regard sombre. Et à quelques mètres d'eux, Miss Hawk tient en otage Thomas Castelli, un couteau sous sa gorge.
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