Chapitre 26
Isaac est entouré d'obscurité. Il peine à distinguer ses propres mains ; ses yeux cherchent désespérément un point où s'accrocher, mais seules des ombres indistinctes l'entourent. Il se concentre sur les souffles de ses camarades autour de lui. Sa propre respiration est saccadée – il doit se forcer à faire entrer l'air dans ses poumons, puis à l'expulser.
« Vous êtes en sécurité, ici, lance M. Georges à la cantonade. Rien ne peut vous faire du mal. »
Le silence lui répond. Puis, à quelques mètres d'Isaac, une voix masculine s'élève :
« En sécurité ? Vous affirmez que nous sommes en sécurité, alors que les victimes tombent une par une ? Alors que le détraqueur est toujours en liberté, dans l'école, et que rien n'est fait pour l'arrêter ? »
Des murmures d'approbation s'élèvent, d'abord timides puis de plus en plus assurés. Isaac ne parvient pas à identifier la voix ; en revanche, il reconnait celle qui s'élève à sa suite :
« Le détraqueur peut attaquer d'un moment à l'autre, lance Enzo d'une voix forte. Et vous continuez à nous faire croire que tout va bien ! Vous nous faites croire que les victimes ont une possibilité de guérir ! Ce ne sont que des mensonges ! »
Des pleurs d'enfants s'élèvent.
« Jeunes hommes, répond M. Georges d'une voix peu assurée. Il est inutile d'effrayer les plus jeunes. L'école fait tout ce qui est en...
– Oui, c'est ça, tout ce qui est en son pouvoir pour trouver le détraqueur, complète Enzo ironiquement. C'est-à-dire, rien.
– La cathédrale n'est plus sûre, renchérit le premier garçon. Il faut quitter l'école !
– On ne peut pas quitter l'école ! »
C'est la voix d'Elizabeth qui a retenti. La hargne dans son ton a abruptement fait taire les deux garçons ; le premier reprend après quelques secondes :
« Et pourquoi donc ?
– Il n'y a que la mort qui nous attende à l'extérieur. »
Un silence de mort s'installe ; ignorant le « Miss Delaney » d'avertissement de M. Georges, Elizabeth poursuit :
« La peste noire. »
*
« Silence, s'il vous plait. »
Les conversations s'interrompent peu à peu tandis que les regards se tournent vers le chœur. Assise sur l'autel, à l'habituelle place de Miss Peregrine, se trouve Miss Hawk, un sourire suffisant sur les lèvres.
« Où est Miss Peregrine ? » lance un élève.
Isaac reconnait la voix du garçon qui protestait dans le tunnel. Il le reconnait maintenant : il s'agit de Thomas Castelli, un Nightingale de classe 7. Deux grandes ailes de faucon sont repliées dans son dos, et le garçon observe Miss Hawk avec un regard de défi dénué de respect.
« Où est-elle ? répète-t-il, insistant.
– Miss Peregrine est souffrante. Elle m'a chargée de la remplacer jusqu'à ce que sa santé s'améliore.
– Quelle sorte de maladie ?
– Oh, rien de grave. Aucune cause d'inquiétude. »
Le sourire de Miss Hawk s'élargit, réduisant ses yeux à deux fentes. Les conversations reprennent, inquiètes.
Isaac sursaute en découvrant le regard d'Elizabeth fixé sur lui. Il ne parvient pas à déchiffrer l'expression de la jeune fille. Le feu aux joues, il baisse les yeux pour échapper à son regard.
« Silence ! »
Le cri aigu de l'Ombrune résonne dans toute la nef, heurtant les oreilles des élèves. La rumeur s'interrompt immédiatement ; tous les élèves regardent Miss Hawk, les yeux arrondis de surprise.
« De toute évidence, reprend l'Ombrune, la décision de nous confiner dans la nef était mauvaise. C'est pourquoi toute l'école sera réinvestie. Chaque classe se verra attribuer trois professeurs, un pour chaque maison, qui suivront les élèves à tous moments de la journée. Vous serez confinés dans vos dortoirs entre vingt heures et sept heures ; le reste du temps, vous serez toujours en compagnie de votre professeur. Les temps libres sont supprimés, remplacés par des heures d'étude qui vous seront bien plus bénéfiques. »
Les chuchotements redoublent. Isaac se prend la tête dans les mains, oppressé par le bourdonnement continu qui l'entoure. Il ferme les yeux, et compte, compte jusqu'à ce qu'il oublie où il se trouve. Sa tête tourne, tourne, il tente de l'arrêter mais il se sent tomber. Son corps heurte le sol de pierre.
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top