Chapitre 24
« Bienvenue à ce... disons, à ce... cours de science de la Particularité. Je suis très... comment dire... très honoré de faire cours devant tant de... de personnes. »
Le professeur de science de la Particularité, M. Ewell, lâche un petit rire nerveux. À travers ses lunettes rondes et épaisses, il balaie l'assemblée du regard. Devant lui sont rassemblés les trois cents élèves de l'école, toutes classes et maisons confondues. Suite à la décision de confiner l'école dans la nef, les emplois du temps ont été revus et, en l'absence de salles, les divisions de classe ont été temporairement abrogées. Arthur observe les élèves qui se trouvent à ses côtés ; certains ne semblent pas avoir plus de six ans. Mais il sait qu'au sein de la boucle, l'apparence ne compte pas : des enfants en classe 1 peuvent être dans l'école depuis plusieurs dizaines d'années.
Penser à ces absurdités, à l'obsession de compter le temps en années alors que le même jour se déroule perpétuellement en boucle, lui donne le vertige. Il ne grandira jamais – aucun élève de cette école ne grandira jamais.
« Nous allons donc étudier, hum... reprend le professeur, nous allons étudier le caractère génétique de la Particularité. La Particularité est une... comment dire... une mutation génétique, hum... présente dans les gênes. Elle se transmet donc de génération en génération, mais en... en "sautant des générations", oserais-je dire, car il s'agit d'une... d'un allèle récessif. »
Arthur se munit d'un crayon et esquisse le portait du professeur de science de la Particularité sur un coin de son cahier. Il représente ses lunettes démesurées, ajoutant des petits octogones pour imiter les yeux d'une mouche. À sa droite, Enzo, qui avait attentivement observé son dessin prendre vie, s'esclaffe.
Arthur détache son regard de son œuvre pour observer l'assemblée d'élèves assis dans la nef. La grande majorité a déjà décroché du cours du professeur. Certains regardent leurs pieds, d'autres crayonnent sur leurs cahiers, d'autres enfin discutent à voix basse avec leurs voisins. Arthur repose ses yeux sur M. Ewell.
« Il est donc rare que la Particularité se développe, bien qu'elle puisse être... disons... présente dans le génotype. Cela explique pourquoi vous pouvez... être nés... de parents... hum... non Particuliers. »
Au fur et à mesure de son discours, le visage du professeur semble devenir de plus en plus pâle et son débit de plus en plus haché. Son regard est fixé sur un point au loin, et ses épaules s'affaissent peu à peu.
« Cela explique aussi les... comment dire... communautés de... Particuliers qui se... forment – du moins... se formaient. »
La lèvre inférieure de M. Ewell se met à trembler. Il tente de reprendre la parole, mais sa voix se casse. Soudain, son visage se déforme et il fond en larmes.
« Teresa... Pourquoi... m'as-tu... abandonné... » sanglote-t-il.
Miss Nightingale, qui observait le cours, se dirige vers lui et l'entraîne hors de la scène, une main de chaque côté de son corps. Le professeur, secoué de sanglots, ratatiné sur lui-même, semble avoir rétréci de moitié. Les trois cents élèves se mettent à parler tous à la fois, certains riant de ses sanglots, d'autres bouleversés par son émotion.
« Qu'est-ce qui lui arrive ? demande Enzo en se tournant vers Arthur.
– Un cœur brisé ? suppose celui-ci. La rumeur court qu'il se passait quelque chose entre lui et Miss Marshall. »
Enzo rigole et esquisse un sourire ingénu ; Arthur voit ses fossettes apparaître et disparaître aussitôt, comme des enfants timides.
Un raclement de gorge altier arrache Arthur à la contemplation des traits d'Enzo. Miss Peregrine s'est avancée, demandant le silence. Malgré la crise de larmes inattendue de M. Ewell, elle ne s'est pas départie de son éternel masque d'assurance.
« Veuillez excuser M. Ewell. Nous sommes tous plus ou moins... inquiétés par les événements et ce sentiment est tout à fait normal. Je laisse la parole à Miss Hawk. »
L'Ombrune s'avance, vêtue de son habituel tailleur rose, ses cheveux châtains fraîchement coupés en un carré parfait. Elle balaie l'assistance du regard, en adressant à tous un sourire plein de pitié.
« L'heure est grave, mes chers enfants, commence-t-elle de sa voix aiguë. Mais la mission de cette école, depuis dix-neuf années, a été et est toujours de vous protéger. Vous êtes parfaitement en sécurité entre ces murs. J'en profite pour vous rappeler que vous pouvez, à tout moment, faire part à Miss Raven, Miss Nightingale et à moi-même de vos inquiétudes ou de vos questions. Notre priorité est de vei... »
Un bruit fracassant interrompt le discours de l'Ombrune, faisant sursauter toute l'école. La porte d'entrée de la cathédrale est ébranlée par de grands coups frappés de l'extérieur.
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