Chapitre 13
« Vous avez fait quoi ? s'exclame Elizabeth, choquée.
– On est allés dehors, répète Arthur. Mais là n'est pas la question. Les gens, dehors... »
Incapable de finir sa phrase, Arthur fait signe à Enzo de continuer.
« Les gens dehors sont malades. Ils agonisent par terre... certains sont déjà morts. Ça a l'air grave. »
Elizabeth reste interdite plusieurs secondes. Puis un éclair semble traverser son visage, et ses sourcils se froncent, signe d'une intense réflexion.
« Quel genre de maladie ? demande-t-elle finalement.
– Je ne sais pas, répond Enzo. Un truc qui se répand vite. La tuberculose, le choléra...
– La peste ?
– Peut-être. »
Elizabeth réfléchit quelques secondes de plus.
« Est-ce que les malades présentaient un bubon sous l'aisselle ? », demande-t-elle finalement.
Les deux garçons hochent la tête de concert.
« La peste. », souffle-t-elle.
Les trois élèves échangent un regard grave.
« Alors Isaac et moi avions raison... ajoute Elizabeth pour elle-même.
– Qu'est-ce que tu as dit ?
– Rien. Bon, et pourquoi vous venez me dire ça à moi ?
– On a... commence Arthur.
– On a peur d'être... continue Enzo.
– Tu sais... contaminés, complète Arthur. »
Le regard d'Elizabeth alterne de l'un à l'autre tandis que la perplexité soulève son sourcil gauche.
« Et ? demande-t-elle.
– On voudrait... commence Enzo.
– On aimerait que tu... continue Arthur.
– Que tu nous guérisses, complète Enzo.
– Si jamais on est contaminés, précise Arthur. »
Elizabeth les examine encore quelques instants, avant de pousser un profond soupir.
« Bon, se rend-elle, c'est bien parce que je te dois une faveur, Arth'. Approchez-vous. »
Les deux garçons font un pas en avant. Elizabeth ferme les yeux et ses sourcils se froncent de concentration.
« Euh, tu ne dois pas... nous toucher ou quelque chose comme ça ? », demande Enzo.
La jeune fille ouvre les yeux et lui jette un regard de dédain.
« On n'est pas dans un film, tu sais. »
Enzo se mord la lèvre, un demi-sourire amusé sur le visage. Elizabeth referme les yeux. Les garçons attendent plusieurs minutes dans le silence. La jeune fille semble s'être transformée en statue de marbre ; aucun muscle de son corps ne bouge. Enfin, elle rouvre les paupières et esquisse un sourire.
« Voilà », dit-elle simplement.
Arthur et Enzo attendent une suite qui ne vient pas.
« Alors ? demande finalement Enzo.
– Alors, vous n'aviez rien. La peste se transmet par piqûre de puce de rat ; si vous ne vous êtes pas approchés des malades ni des rats, il n'y a pas de risque. »
Les garçons poussent un soupir de soulagement.
« Merci, Elizabeth, dit Arthur.
– Pas de quoi. Maintenant, on est quittes. Et bien sûr, pour notre sécurité à tous, ne vous avisez jamais de retourner dehors. »
Les deux garçons hochent la tête.
« C'est quand même fou... souffle Enzo. Pourquoi l'école nous cache quelque chose d'aussi gros ? Aucun élève n'a jamais essayé de sortir ?
– Je ne vous conseille pas d'essayer d'en savoir plus. Vous allez vous attirer des ennuis.
– Et on en a déjà bien assez », complète Arthur avec un regard d'avertissement en direction d'Enzo.
Celui-ci sourit malicieusement.
« Bien sûr, répond-il. En attendant, je me demande si ça a un lien avec ce qui s'est passé aujourd'hui...
– Comment ça, ce qui s'est passé aujourd'hui ? demande Elizabeth.
– Tu n'as pas entendu le cri ?
– Quel cri ?
– Il y a une petite heure. Une fille a retrouvé un élève à demi-mort. Il était écroulé par terre et ses yeux étaient entièrement noirs...
– Entièrement noirs ? », répète Elizabeth.
Enzo hoche la tête. Elizabeth se fige, les yeux grands ouverts, et les deux garçons observent son visage se transformer peu à peu jusqu'à adopter une expression d'horreur pure. Arthur et Enzo font un pas en arrière devant la force du sentiment qui anime les traits de la jeune fille.
« Elizabeth ? », appelle timidement Arthur.
À l'appel de son nom, le visage de la jeune fille reprend soudainement son expression habituelle.
« Laissez tomber, dit-elle d'une voix ferme. Ça ne vous apportera rien d'essayer d'en savoir plus. Maintenant, partez. »
Enzo et Arthur restent immobiles quelques secondes pendant lequel le temps semble s'arrêter, avant de se retourner d'un même mouvement et de sortir des toilettes. Une fois hors de portée d'oreille de la jeune fille, Enzo se tourne vers Arthur, un sourire en coin sur le visage.
« "Arth'" ? répète-t-il, narquois. Rappelle-moi depuis quand tu la connais, cette fille ?
– Elle est arrivée une trentaine de jours avant la rentrée. On a... fait connaissance.
– Fait connaissance ?
– Rien de plus.
– Et quel est ce service que tu lui as rendu ?
– Je lui ai arrangé un coup avec un de mes anciens amis. Elle est toujours avec lui. »
Le sourire d'Enzo s'efface.
« Je ne sais pas si je suis plus déçu pour toi ou pour moi, avoue-t-il.
– Pas la peine pour moi. Elle ne m'a jamais intéressée.
– Tu blagues ? Comment c'est possible ? »
Arthur hausse les épaules. Une aiguille se plante dans son cœur tandis qu'il observe Enzo lancer un regard en arrière, les yeux pétillants.
« Il semblerait que la moitié des Particuliers de cette école sont tes "anciens amis", cher Arth', dit Enzo avec ironie. J'espère que ça ne deviendra pas mon cas. »
Incapable de trouver une réponse, Arthur hausse de nouveau les épaules. Enzo lui adresse un sourire malicieux avant d'ajouter doucement :
« Et j'ai l'impression que tu gardes beaucoup de secrets. »
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