Prologue

Un rayon de soleil glissa jusqu'au premier landau. Le bébé qui s'y trouvait, âgé de quelques mois à peine, ouvrit les yeux, surprit par la brusque arrivée de lumière sur son petit visage poupon. Il se mit alors à pleurer, à crier à plein poumons, de peur et de froid.

La semaine précédente, il avait beaucoup neigé et les températures n'étaient toujours pas remontées.

Il se fit donc se réveiller l'enfant du landau d'à côté. La petite créature étonnement chétive qui s'y trouvait bailla puis, gênée par les cris de son voisin, en poussa à son tour. Alors que les deux derniers bébés, allongés côtes à côtes dans un même berceau, venaient de se réveiller, la porte de la maison où ils avaient été abandonnés s'ouvrit en grand, laissant apparaître une jeune femme.

Celle-ci, simplement vêtue de son pyjama léger et d'un peignoir bien trop fin pour empêcher le froid de la griffer, tourna la tête à droite puis à gauche, sans apercevoir les trois petits landaus devant sa porte. Finalement, elle baissa les yeux et ceux-ci s'agrandirent de stupeur. Que faisaient là quatre si jeunes nourissons ?

Elle regarda de nouveau dans la rue, comme si la répétition de ce geste allait faire apparaître les parents de ses petits malheureux. Sans surprise, la rue était toujours déserte et la jeune femme se décida enfin à ramener un à un les landaus chez elle, près du feu.

Une fois les quatre petits êtres en sécurité et à l'abri du froid mordant de l'extérieur, elle les contempla, tout simplement.

- Alors mes petits chéris, qu'est ce que vous faites là ? Mais quel âge vous pouvez avoir... pensa-t-elle à haute voix.

- Ils ont tous cinq mois, et attendent que quelqu'un les protège.

La jeune femme se retourna brusquement, afin de trouver l'origine de cette voix. Elle vit alors un homme, debout derrière elle, observant les bébés d'un oeil inquisiteur.

- Plutôt mignons non ?

- Esteban !? Comment es-tu entré !?

L'homme sourit, visiblement fier de son entrée fracassante.

- Par la porte... tu m'as invité à entrer il y a déjà un petit bout de temps... alors je me suis dit : Pourquoi ne pas aller voir ma vieille amie Maïlana pour lui déposer quatre petits nourissons ?

Le visage de la jeune femme se crispa, comme si la présence d'Esteban commençait déjà à la gêner.

- Pourquoi les as tu emmené ici ?

Sa voix était froide. L'homme la regarda avec de grands yeux ronds. Il ne s'attendait visiblement pas à une réponse aussi tranchante.

- Tu es toujours la première nourrice surnaturelle sur ma liste de personnes à contacter dans ce cas là.

- Je suis flattée mais est ce que je dois vraiment te rappeler que je suis à la retraite depuis 15 ans ?

- Désolé, j'ai dû oublié...

Un drôle de rictus se dessina sur la bouche de l'homme, comme s'il se forcait à ne pas sourire. Il n'était pas désolé du tout et s'en amusait apparement beaucoup.

- Pour ma défense, si tu ne gardais pas la même apparence depuis plus de 230 ans, il serait moins difficile de croire que tu puisses un jour être à la retraite.

- Franchement Esteban, qu'est ce qu'ils font là ? Tu sais très bien que j'essaie de me reconvertir dans un travail des plus normal !

- Très bien. Ils ont été abandonnés il y a quatre mois par leurs parents respectifs. Ces deux là sont jumeaux.

Esteban désigna par un vague geste de la main le berceau où les deux bébés s'étaient rendormis.

- Sinon, aucun lien de parenté.

- Et qu'attends-tu de moi ?

- Tu ne t'en doutes pas ?

- J'aimerais te l'entendre dire pour mieux pouvoir te dire non.

- Eh bien ! 230 sur Terre ne t'ont pas rendu plus aimable !

- 236...

- Quoi ?

- Non rien... Bon, je ne sais pas si tu t'en ai rendu compte mais il est presque 8h et j'aurais aimé dormir encore un petit peu...

- D'accord... mais avant, regardes les plus attentivement.

Dans sa voix se mélangeaient différentes teintes de curiosité, de joie et de respect... Afin de se débarrasser au plus vite d'Esteban, Maïlana fit ce qu'il lui demanda, sans pour autant s'empêcher de lever les yeux au ciel.

Elle se pencha alors sur les nourissons, et, tout en veillant à ne pas les réveiller, elle leur déplaça un bras, une jambe, ou les fit basculer sur le côté. Malgré leur petit body qui les recouvrait presque entièrement, elle finit par déceler un infime détail, qui les différenciait tous les uns des autres.

Ils portaient tous les quatre une petite marque, une tâche de naissance d'un noir profond qui ressortait parfaitement sur leur peau blanche de nouveau-né.

L'un l'avait dans le creux de la cheville droite, les jumeaux l'avaient tous les deux entre l'épaule et l'omoplate gauche et la petite dernière l'avait dans le creux du poignet droit.

Les yeux de la jeune femme s'agrandirent tant cette découverte était cruciale.

- Se sont des sorciers ?

Sous le coup de l'étonnement, elle avait oublié son envie de congédier Esteban au plus vite.

- Surprise...

- Quatre enfants marqués... Tu penses que se sont eux ?

- En chair et en os.

- Ils viennent d'où ?

- La confrèrie des Gemini...

- Une des Douze... mais ça veut dire qu'il faut absolument les protéger !

- C'est bien pour ça que je suis ici !

La jeune femme leva les yeux au ciel. Sa confusion était telle qu'elle avait oublié que la situation exceptionnelle dans laquelle elle se trouvait ne changeait rien au fait qu'elle ne pourrait pas les accueillir d'avantage.

- Non, je suis désolé mais c'est non.

- Tu laisserais quatre nourissons chétifs, fatigués et abandonnés à la naissance, seuls et à la merci de tous les fanatiques de la sorcellerie ?

- Non, je les déposerais à l'Orphelinat.

- Quel Orphelinat ?

Alors que dans son ton perçait une pointe d'incompréhension, un petit sourire, de ceux qui signifient qu'on est fier de savoir quelque chose que notre interlocuteur ignore, se matérialisa sur le visage de Maïlana.

- Celui que j'ai créé il y a 15 ans...

- C'est donc ça ton activité professionnelle "normale"...

- Peu importe. Je vais les y déposer... si se sont bien les enfants de la Grande Prophéthie, ils auront besoin du maximum d'aide pour apprendre à gérer leurs pouvoirs... car ils en ont sûrement déjà beaucoup ! Cela va sans dire ! Leurs enseignants devront les guider du mieux qu'ils le pourront pour leur fabuleux destin... Mais ils ne devront surtout pas être répertoriés dans le monde magique... ce serait bien trop dangereux pour eux...

Elle réfléchissait à haute voix et plus elle parlait, plus son ton baissait, jusqu'à ne devenir qu'un petit chuchotement. Il y avait tant de choses à faire pour protéger les bébés !

Esteban sourit en regardant Maïlana régenter les moindres petits détails de la vie des enfants...

- Donc, tu vas quand même indirectement t'en occuper...

Dans son ton perçait de l'ironie mais il était heureux de l'avoir convaincu. Ces petits étaient en sécurité maintenant...

- Moui...

Elle ne voulait pas accepter sa défaite. Car indirectement, s'en était une... elle s'était laisser persuader par le ton enjôleur du beau jeune homme...

- Super !

- Comment s'appellent-ils ?

Quitte à les aider, autant mieux les connaître...

- Le petit ici est Théo, les jumeaux s'appellent Abbigail et Yohann et la plus petite, là, s'appelle Willa.

Elle sourit. Ces prénoms étaient tout à fait charmants et allaient à ravir aux quatre petits bébés qui s'étaient tranquillement rendormis dans leur berceau respectif. Les points fermés, les yeux plissés, ils semblaient tellement fragiles...

- Merci de les avoir emmener jusqu'ici...

- Mais de rien Maïlana ! Ce fut avec plaisir !

Il réaffirmait encore une fois sa victoire...

- Ils sont en sécurité maintenant...

- Mais je n'en doute pas !

- Je les conduirais demain dans l'établissement.

Son ton sans réplique signait la fin de la discussion. Après un dernier regard aux nourissons, le jeune homme disparut aussi mystérieusement qu'il était arrivé... sans bruit, sans explication... sans un "au revoir"... les enfants étaient désormais en sécurité, c'était le principal...

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