Whisky Bar
J'ai le ventre vide et les mains moites. L'espace d'un cours instant je me demande si je ne vais pas faire demi-tour.
Hôtel Particulier Montmartre. Bar, Le Très Particulier.
Tu m'étonnes que tout cela est très particulier ! Ressaisis-toi Clément, tu vas juste boire un verre ou deux en très bonne compagnie, récupérer ton T-Shirt, rentrer chez toi en métro avec des pensées obscènes et tout ira très bien.
Je m'aventure par-delà la grille et découvre alors un des plus jolis endroits qu'il m'ait été donné de voir dans Paris.
C'est une splendide demeure blanche soulignée par un jardin verdoyant et frais, un immense tilleul dispute son parfum à celui des acacias qui préservent l'intimité du lieu. Le hall est aussi accueillant que le jardin et une jeune femme souriante me demande si j'ai une réservation
— Non, je suis venu pour m'installer au bar. J'ai un rendez-vous avec l'un de vos clients.
— Mais bien-sûr Monsieur. Si vous voulez bien me suivre. Souhaiteriez-vous que nous informions notre client de votre arrivée ?
— Non, je vous remercie, je vais m'en charger moi-même.
—Très bien Monsieur. Je vous laisse avec nos barmans. Le cocktail du jour est sur une base de Prosecco rosé pétillant avec une framboise.
Je lui réponds avec un hochement de tête et un sourire aussi lamentable que crispé. Les deux barmans me regardent avec un air obséquieux et l'un d'eux vient prendre ma commande et me repropose le truc pétillant framboise.
—Je vais prendre un pur malt, écossais et tourbé : un "Big Peat" si vous avez.
Je prends exprès un air hautain sans le regarder dans les yeux et le serveur parisien redevient aussitôt charmant. Je ne comprendrai jamais pourquoi le personnel de la restauration parisienne a besoin de se faire maltraiter par sa clientèle pour être sympathique.
— Un glaçon sans eau s'il vous plait.
Là. Après tout on est dans un établissement de luxe, la moindre des choses c'est de pouvoir boire mon whisky sans flotte. Le garçon obtempère et place devant moi un verre à fond épais rempli au tiers d'un liquide doré et de trois cubes de granit glacé. Je savoure le parfum de "Big Peat", le hume et m'emplis les narines des effluves iodés, sauvage et fumés de la tourbe écossaise. Mes yeux se ferment pour mieux apprécier le fumet de ma boisson et je repense à son T-Shirt. Je l'imagine sur une lande écossaise, ne portant que des bottes et un kilt en tartan vert, le vent salin lui fait froncer les paupières et, les bras croisés sur son torse impeccable, il lève un menton conquérant vers l'Angleterre.
Clément dit : Je suis assis au bar. Viens quand tu peux.
Dylan Obi-Wan dit : Je descends.
C'est bien ce que je pensais : il dort ici. Les murs du bar sont tapissés d'un papier peint dont chaque lais doit coûter mon loyer mensuel. Il y a des perroquets au milieu d'une luxuriante et dense forêt, la brève lumière qui éclaire la scène sur les murs et la musique jungle qui fuse des enceintes feutrées annoncent l'arrivée de la bête. Le Léopard.
Je cherche vaguement un truc à faire sur mon vieil IPhone 4 lorsque sa présence dans la pièce me saute au cœur. Surprenant et attendu à la fois. Il arrive du couloir avec toute la superbe qu'il n'avait pas hier. Un pantalon noir parfait et une chemise blanche d'un chic inégalable, luxueuse et décontractée à la fois car il s'est permis de l'ouvrir sur sa gorge et d'en retrousser les manches. Je regrette amèrement qu'il n'arrive pas de dos. Son sourire large et franc me désarçonne ; il me serre la main tout en m'attirant contre lui avec son bras gauche.
— Je suis content que tu sois venu.
— Je t'en prie. C'est un lieu très agréable. Tu as dû passer une bien meilleure nuit que la précédente.
Il me sourit d'un air entendu comme si nous étions de vieilles connaissances et fait signe au garçon de lui apporter la même chose que moi.
—J'aime bien ce que tu bois.
—Tu as aimé Paris ?
— Beaucoup et pas assez.
Je déglutis avec difficulté et le whisky me brûle cruellement la gorge. Sans me quitter des yeux il boit d'un trait son verre et secoue la tête en portant la main à son nez. D'un signe il en recommande deux autres et je m'empresse du coup de finir le mien. Nous prenons un peu plus de temps sur le verre suivant. On parle de choses absolument inintéressantes sur Paris et je m'apprête à payer et à me carapater chez moi lorsqu'il saisit ma main avec poigne.
— Laisse. C'est pour moi. C'est un minimum après ce que tu as fait pour moi hier.
— Non, vraiment c'est bien normal, il pleuvait des cordes et...
— Ne discutons pas plus. Il s'agit de deux verres.
— Merci. C'était vraiment agréable et gentil de ta part. Je ne veux pas abuser de ton temps, je pense que je vais rentrer maintenant parce que...
Pendant que je parle en essayant de conserver un peu d'aplomb il se tapit sur le bar un demi-sourire sur les lèvres, le regard braqué sur moi. Tant que le léopard ne bat pas de... Oui, je sais bordel ! Et je fais quoi ? Je vérifie ? J'ai la gorge si sèche. Les mots et les gestes me manquent tant !
— Avant que tu partes je voudrais te rendre ton T-Shirt.
— Ah oui ! Bien sûr ! Deux verres et j'oublie tout !
— Viens. Suis-moi.
Il fait un signe bref et efficace aux serveurs pour mettre les verres sur sa note, finit son verre cul-sec et tape le fond sur le zinc. Je l'imite avec moins d'allure. Il part sans attendre dans le vestibule et je le suis sans discuter.
Quel plaisir que celui de le suivre, de regarder chacun des mouvements de ses hanches et de ses genoux dans les escaliers, chaque pas soumet son pantalon à la cambrure de ses reins. Chaque marche m'excite davantage.
Il ouvre la porte de sa suite et pénètre à l'intérieur sans se retourner. J'entre à mon tour et retire mes chaussures après lui. La moquette est rarement aussi moelleuse. La chambre noire et blanche est aussi sobre qu'élégante, décorée de noir et blanc. Elle est toute à son image.
Je me sens comme un petit chasseur minable qui a suivi sa proie trop loin se retrouve pris au piège dans sa tanière. Le Léopard se retourne et s'adosse contre la commode. Il ne me quitte pas des yeux pendant qu'il détache un à un les boutons de sa chemise, lorsqu'il la fait glisser au sol je découvre qu'il porte mon T-Shirt juste en dessous.
— C'est le moment de récupérer ce pourquoi tu es venu, non ? lance-t-il les yeux brillants.
***********************************************************************************************
Chers lecteurs et lectrices,
Merci de continuer à suivre cette "chasse au léopard"^^ . J'espère qu'elle vous plait toujours autant. Juste pour précision, l'hôtel existe bel et bien n'hésitez pas à demander à Google de vous faire une petite visite guidée. Je vous laisse le plaisir de découvrir les photos du lieu et de la fameuse suite noire et blanche pour vous imprégner de l'atmosphère. Autre petite chose. L'histoire classée "adulte" est restée très sobre jusque-là... Mais je vais devoir augmenter la température (ça devient compliqué de les laisser boire et parler sans arrêt ces deux-là...). Donc pour les âmes sensibles et ceux qui préféreront vivre la suite dans leur tête je vous déconseille de lire le chapitre qui va suivre... Ce sera pour public averti.
Merci pour vos votes, vos commentaires et le temps que vous accordez à mon histoire c'est vous qui lui donnerez sa chance lors des Wattys donc n'hésitez pas à la partager et à voter pour elle!
Bạn đang đọc truyện trên: AzTruyen.Top