Chapitre 37

Ça faisait un peu plus de cinq minutes que je courrais derrière Anou. Pour un chat, il courrait quand même assez vite, mais pour moi, c'était vraiment lent. J'avais envie de le prendre dans mes bras et de courir à pleine vitesse, mais je ne savais pas où Anou m'emmenait, alors je ne pouvais pas...

Puis, j'entendis un bruit ; des gens qui courent. Autre qu'Anou et moi, je veux dire. Ils étaient plusieurs, et je vis ; sous le balcon d'une maison. À ce que j'entendais, les vampires devaient être à quelque centaines de mètres, dans une autre rue. Puis Anou se transforma, le crac me fis sursauter.

- Fait pas de bruit ! dis-je tellement bas que j'avais des doutes qu'il m'ait entendu. Ils sont tout près.

- Désolé !

- Arrête de changer de forme, ça fait trop de bruits.

Anou hocha la tête, les yeux orientés vers les trous du balcon pour voir dehors.

- Viens vers le fond, ou ils pourraient te voir.

- T'as encore beaucoup de conseil comme ça ?

- Oui, la ferme !

Avec une grimace, Anou s'arrêta de parler et vint s'asseoir près de moi, contre le mur du fond. J'entendais les autres courir ; ils s'étaient rapproché. J'entendais aussi les petits bruits de la nuit, comme les hibou, mais le pire, c'était le cœur d'Anou, avec ses badoum ! presque assourdissant. S'il y avait eu un moyen de le faire taire, autre que le tuer, je l'aurais fait. J'avais peur que les vampires nous trouvent.

- On a même pas parler de ça, dit Anou au bout d'un moment.

- Taie toi.

- Non mais, on s'est embrassé et puis...

- Plus tard !

- Mais...

- Anou, dis-je en lui envoyant mon regard le plus menaçant que j'avais. Tu la ferme.

Anou baissa les yeux en soupirant.

- J'aurais pas dû changer de forme, murmura-t-il. Je commence à manquer de force.

- Je t'interdis de changer de forme, tu fais trop de bruit !

Anou se tue à nouveau, grimaçant. Je fermais les yeux, me concentrant sur ce que j'entendais, surtout les bruits de pas qui venaient. Ils étaient vraiment tout près. C'est sûr, ils allaient nous trouver.

- Bon, tant pis, on peut pas rester cacher ici, soupirais-je. Faudrait qu'ils soient vraiment crétins pour pas nous trouver. Je peux pas me cacher, ils sont trop près, ils courent plus vite que moi... alors ils vont me coincé, c'est obligé. Toi, tu vas rester cacher. S'il te trouve, t'as qu'à changer la couleur de ta fourrure, ils te prendront pour un chat quelconque, ils pourront jamais savoir. Et tu reviendras de jour pour m'aider à sortir. J'en suis sûr, ils vont encore m'enfermer dans leurs saloperies de cave... et ramène les bombes avec toi.

- C'est risqué, Éden, dit Anou en secouant la tête. C'est pas sûr, peut-être qu'ils vont simplement te tuer.

- Alors je me défendrais, dis-je avec un clin d'œil. Reste caché ici, j'y vais.

- Je t'aime !

J'ignorais Anou et sortie de sous le balcon à quatre pattes. J'entendais les autres venant de ce que je crois être la droite, fonçant tout droit dans ma direction. J'entendis le crac derrière moi, et les autres l'entendirent aussi, de toute évidence, car ils se mirent à courir encore plus vite. Et je couru moi aussi, m'éloignant d'eux autant que je le pouvais. Je savais qu'ils allaient me rattraper de toute façon, mais je ne ralentissais pas. J'avais traversé toute la ville déjà quand l'un d'entre eux m'attrapa à bas le corps et me poussa tête première contre l'asphalte, et que tous les autres se mirent à rire. Celui qui m'avait attrapé me lâcha et je me retournais pour le voir ; c'était Marcus, évidement. Les autres firent un cercle autour de moi pour m'empêcher de partir.

- On se fait la malle ? dit Marcus, qui avait la difficulté à ne pas se mettre à rire avec les autres.

- C'est drôle, Quirin avait dit la même chose, la dernière fois, grognais-je.

Tout le monde s'arrêta aussitôt de rire, même de sourire. Sauf moi.

- T'avais dit que tu me laisserais partir, cette fois, t'avais même promis ! dis-je en fusillant Marcus du regard. Tu tiens jamais t'es promesse, toi ?

- Il faut croire, dit-il en haussant les épaules. Pourquoi tu veux partir ?

Ça question me prit de cour, et je me retournais pour croiser le regard de l'un de ses vampires, celui dont je n'arrivais plus à me souvenir du nom et qui nous avait surpris, Anou et moi. Contrairement aux autres, il souriait toujours.

- Parce qu'il a honte de ce qu'il est, dit le vampire en mettant ses mains dans ses poches. Ou plutôt, de ce qu'il fait.

Je serais les poings, sentant la colère monter en moi.

- J'ai pas honte. C'est vous qui pourriez pas comprendre.

- Là-dessus, t'as raison.

- De quoi tu parles, Tim ? demanda Marcus.

Je me retournais à nouveau pour regarder Marcus, ne comprenant plus rien. Alors, comme ça, Tim (j'osais espérer que ce n'était pas pour Timmy, comme l'un des jumeaux, qui était l'un de mes meilleurs amis, juste en dessous de Ben, avant) n'aurait rien dit à Marcus ni aux autres de ce qu'il avait vu. Surement qu'il préférait le faire pendant que j'étais moi-même présent, pour mieux rire de ma gueule.

- Ce dont je parle, dit le dénommé Tim, c'est que son chat est pas un chat, c'est un changeur de forme. Je les vue en gars, un humain gars, et ils s'embrassaient !

Là-dessus, il éclata de rire, vite rejoint par Seb, qui adorait avoir de bonne raison de rire de moi. Mais, bizarrement, ils étaient les seuls à rire.

- Quoi, c'est ça, la raison ? dit Marcus en haussant les sourcils, un air d'ennui au visage. Mais on s'en fou !

- Quoi ? répétais-je, sans plus comprendre. Tu m'en veux pas ?

- Pourquoi je t'en voudrais ? T'as le droit d'aimer qui tu veux.

- Alors, tu vas pas me tuer ? Ni m'enfermer dans la cave ?

- Allons donc... on est en 2012, c'est ce que t'avais dit ? À croire que c'est toi qui viens d'un autre siècle...

J'avais envie de répliquer que, techniquement, étant née en 1999, je venais vraiment d'un autre siècle, mais là, j'étais trop soulagé pour faire autre chose que sourire.

- Arrêtez un peu de rire, Seb, Tim, dit Marcus en croisant les bras. Mais, par contre, il est où, ton chat ? Enfin, ton ami, peu importe...

Je perdis aussitôt mon sourire. Pour moi, tout vas bien, mais pour Anou, ce n'était pas encore dit...

- Il est parti dans l'autre direction, dis-je. Pourquoi ? Qu'est-ce que tu veux lui faire ? Lui, tu vas vraiment le tuer, ou l'enfermer dans la cave ?

Marcus secoua la tête de gauche à droite, les yeux orientés vers le ciel, réfléchissant à la question. Clairement, il cherchait ce qu'il pourrait faire d'Anou. Si ce n'était pas de le tuer, alors ce serait quoi ?

- Ton, chat, Anou... il peut vraiment se transformer en n'importe quoi ?

- En mammifère, dis-je en haussant les épaules et baissant la tête.

- Ça, c'est vraiment... cool.

Je grimaçais, sans répondre. Il parlait d'Anou comme s'il n'avait rien à faire de lui, seulement de ce qu'il sait faire. J'avais l'image en tête d'un animal en cage, pour que les gens l'admirent, parce qu'il est beau. Mais tout le monde s'en fou que l'animal n'ai pas envie d'être là. J'avais l'impression que Marcus voulait faire la même chose, en quelque sorte ; se servir d'Anou.

- Dis-le sincèrement, est-ce que t'as l'intention de te servir de lui ? grognais-je.

- Pas me servir, mais...

Déjà au « mais », j'avais envie de le tuer, là tout de suite.

- Il pourrait nous être vraiment pratique, quand même ! dit Marcus avec un petit sourire. Il pourrait trouver les chasseurs, et les chasseurs ne lui trouveront rien de bizarre pour le tuer. Il pourrait sortir de jour autant qu'il veut, contrairement à nous. Il pourrait même aller chercher les sacs de sangs à la place d'Anik. Il pourrait...

- Tu veux te servir de lui.

Marcus s'arrêta là, me dévisageant avec des yeux ronds.

- Oh si, c'est ce que tu dis. De toute façon, comme je l'ai déjà dit, Anou est partie, et vous le retrouverez jamais.

- OK, OK, dit Marcus en secouant la tête. On oublie ton chat. On retourne à la maison, maintenant, tu veux bien ? Ça fait longtemps qu'on est dehors, je suis étonné de ne pas avoir vu de chasseurs, encore...

Aussitôt, une idée absurde me vint en tête. Pour la première fois, j'étais déçu que, en effet, il n'y avait pas de chasseur à mes trousses. J'aurais voulu crier pour les attirer, feignant d'être un autre gamin kidnappé, pour les attirer ici. Mais ce plan ne durerait pas longtemps ; les chasseurs me connaissent, et il savant que je ne suis pas qu'un simple gamin... N'empêche, ç'aurait été une manière plutôt cool de me débarrasser d'un coup de tous ses vampires, et d'ensuite tuer autant de chasseurs que possible. Le seul problème, c'est que, moi aussi, dans ce plan, je meurs à la fin...

- Allez, on rentre, soupira Marcus, m'agrippant l'épaule d'une main, l'autre enfoncé dans la poche de ses jeans. Seb, Tim, arrêtez de rire, vous êtes stupides !

C'était encore un de ses moments où Marcus arrive à être à la fois le gentil et le méchant... je comprendrais jamais comment il fait.

- Mais tu vas le retrouver comment, ton chat ? je veux dire... ton ami ? Ou plus ? Enfin, lui...

- Tu t'y fais vraiment pas, hein ? soupirais-je.

- Disons qu'il va me falloir un moment pour m'y habituer... à ce que ton... Anou, ne soit pas qu'un chat. Il a vraiment l'attitude, pourtant.

Je souris en haussant les épaules – autant que je le pouvais puisque Marcus avais toujours sa main sur mon épaules. Il fallait avouer qu'il avait raison ; Anou était, avant tout, un chat. Ce qui fit disparaitre mon sourire. Ce n'est pas juste un chat, mais c'est... tellement compliqué ! Pourquoi il faut que tout soit toujours aussi compliqué, chez moi ? Pourquoi faut-il que je sois amoureux d'un chat, sérieux ?!

- Tu vas le retrouver comment ? demanda à nouveau Marcus.

- Je lui avais dit de partir se cacher et de me rejoindre demain derrière la cour de ce resto, mentis-je en levant le doigt vers le resto en question, une sandwicherie, de l'autre côté de la rue. Si j'y suis pas, ça veut dire que tu m'auras enfermer dans la cave – pardon mais je croyais vraiment que tu le ferrais, je veux dire, à ton âge, sans vouloir te vexer, je suis étonné que tu sois pas homophobes.

Marcus baissa la tête en poussant un grand soupire, visiblement mal à l'aise. Je préférais encore laisser couler ; je n'avais pas plus envie que lui de parler de ça, de toute façon.

- Alors tu vas le rejoindre là demain soir ? Tu vas lui expliquer, et tout sera régler ?

- Ouep.

Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'en réalité, c'est Anou qui va me rejoindre à la maison, pendant le jour, avec la TNT. Je dus faire preuve d'un très grand sang froids – pitié, pas de jeux de mot stupide – pour ne pas sourire et qu'il se rende compte du mensonge. Encore une fois, c'était l'un de ses moments où j'étais heureux que mon cœur ne battait pas.

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