Chapitre 12

Laura était partit pour cacher le corps quelque part, et moi, j'étais resté sur place, à frotter l'asphalte avec de l'eau et autre produit nettoyant pour effacer la tache de sang. Ce n'était pas aussi facile que ce que je m'étais imaginé ; j'avais beau frotter, tout ce que j'arrivais à faire, c'était d'abimer ma guenille en le frottant sur les petites roches.

Dix minutes plus tard, j'entendis les sirènes. Évidemment, des gens avaient entendu les coups de feu, et ils avaient averti des policiers. J'avais aussitôt accouru pour me cacher derrière le Wal-Mart, apportant avec moi mes produits nettoyant. Ils n'avaient pas eu le temps de me voir, mais, qui sait, les policiers allaient peut-être trouver mes empreintes, ou celle de Laura. Ou les traces de sa voiture.

J'aurais pu avoir peur, mais, en fait, j'étais triste. Je causais vraiment trop de problème à Laura. Je n'avais rien fait du tout, autre que d'essayer d'apprendre à conduire, et puis il y a ce type, apparut de nulle part, qui essaye de me tuer. Ce n'était pas vraiment gentil de sa part !

Et maintenant, je fais quoi ? Je reste là, à attendre que les policiers partent ? Non, rien ne me retient ici. Sauf Laura. Et si, après avoir trouvé une bonne cachette pour le corps, elle revenait ici pour venir me chercher ? Les policiers la verraient et ils l'apporteraient au poste avec eux ? Et s'ils voient les taches de sang resté sur la voiture de Laura ?

Non, elle est intelligente. Du moins, la plupart du temps. Et puis, en tant que chasseuse, elle doit être confronté à ce genre de situation assez souvent.

Loin devant moi, l'un des policiers était agenouillé près de la grosse tache de sang. Il disait ce qu'il voyait à l'un de ses acolytes, resté près de lui, alors que deux autres étaient un peu plus loin, examinant les alentours. Malgré la distance, j'entendais assez bien ce qu'il disait : ses suppositions étaient juste. Un meurtre, il y a peu de temps.

L'autre policier s'agenouilla et ramassa quelque chose au sol. Je plissais les yeux - ils étaient trop loin pour que je puisse voir un détail aussi petit, mais j'entendis le policier : un morceau de vêtement. Je portais la main à mon cou, puis derrière. La balle m'avait traversé et arraché au passage un morceau de la capuche de son sweat-shirt. Le policier appela du renfort dans son talkie-walkie, mentionnant un chiffre qui ne me disait rien.

Super. Encore plus de policier. Sans prendre la peine de les attendre, je contournais le Wal-Mart, prenant bien soin de rester le plus loin possible et dans le noir, emportant mes produits nettoyant, puis couru à toute vitesse vers la maison de Laura. Il ne me fallut que trois minutes de course pour traverser la ville de tout son long, puis de trouver la bonne rue, puisqu'il y en avait un million, pour finalement arrivé à son balcon. Laura n'était toujours pas arrivé. Et elle avait verrouillé la porte d'entrée. Ok, je fais comment, pour entrer, maintenant ? Je défonce la porte, ou l'une des vitres ? Ce ne serait pas vraiment poli. Et resté là, sur son balcon à l'attendre, n'était pas plus une bonne idée. J'étais taché de sang. J'avais plus que jamais l'allure d'un monstre de film d'horreur. Quand bien même qu'il est près de quatre heures du matin, je n'avais pas vraiment envie de courir la chance que quelqu'un passe devant la maison, sachant qu'elle appartient à Laura, et de voir assis sur son balcon un gamin de douze à la peau aussi blanche qu'un cadavre et des cheveux noir (comme la fille dans the ring) avec des yeux rouges rubis et le sweat-shirt beurré de sang. Quand bien même que mon sweat-shirt est noir et que ça ne se voit pas vraiment... Je ne pouvais pas me voir, mais j'étais assez sûr que j'avais aussi du sang sur le visage et sur le cou.

Dernière option, j'allais à l'arrière de la maison. Là, au moins, il n'y aura personne pour me voir, et je le saurais quand Laura arrivera. J'entendrais sa voiture.

Je restai donc assis, adossé au mur de la maison, à défier du regard un hibou dans la branche d'un arbre solitaire dans la cour. Quand j'entendis enfin le bruit d'une voiture qui tourne dans la cour, le hibou s'était envolé depuis longtemps et un trait de lumière commençai à se dessiner à l'horizon.

Sans même vérifier d'abord qu'il s'agissait vraiment de Laura, je contournai la maison en courant, toujours avec mes produits nettoyant sous le bras, et tombait face à face avec Laura. J'étais soulagé de la voir ; je commençai à avoir peur qu'elle se soit fait prendre par la police. Mais quand Laura me vit, elle recula nerveusement d'un pas. Elle avait des cernes énormes et elle louchait sous l'effort de ne pas tomber de fatigue.

- Il faut que tu partes.

Elle aurait aussi bien pu me tirer une balle dans le cœur, l'effet aurait été pareil. Enfin, pour moi. Pour quelqu'un de normal, disons plutôt une très grosse gifle.

- Heu, je... bégayai-je en ravalant ma salive. O-oui, bien sûr...

Je levais les yeux au ciel : une heure avant le lever du soleil, peut-être moins. J'abaissai à nouveau les yeux vers Laura, mais elle ne me regardait pas, trop occuper à passer sa clé dans la serrure.

- J'ai dit que je suis désolé ? marmonnais-je timidement.

Sans rien dire, Laura fouilla dans sa poche et en ressortie un feutre minuscule, prit ma main et y écrivit sont numéro.

- Ne le perd pas, cette fois, dit-elle d'un œil sévère. Appel-moi si tu as des problèmes.

- Pire que maintenant ?

Laura ne répondit rien, se penchant pour attraper les produits nettoyant et les entrer dans la maison. Je fis un pas vers elle, mais elle m'ignorait royalement.

- Laura !

Elle se retourna vers moi avec un soupir. Elle avait l'aire extrêmement fatigué, mais ça ne pouvait pas excuser son comportement. Je sentais les larmes me monter aux yeux.

- Ne soit pas en colère contre moi. Ce n'est pas de ma faute, ce qui s'est passé.

- Non, plutôt la mienne.

Je me sentais trembler de rage. Laura était ma seule amie. Et maintenant, elle me jetait dehors.

- C'est la faute à Éric, rectifia-t-elle. Mais là, le problème, c'est que la police s'en mêle. Tu ne peux pas rester ici.

- Mais... je suis désolé...

- Jay, va-t'en. C'est pas contre toi.

Je secouai la tête, les larmes coulant d'elles-mêmes de mes yeux. Au fond de moi, je savais qu'elle avait raison, qu'il fallait que je parte. Je l'avais même dit en premier, quand nous étions encore dans le parking. Mais là, sur le moment présent, la seule chose que je voyais, même malgré moi, c'était que Laura ne voulait plus rien savoir de moi. Elle voulait que je parte. Parce qu'elle ne m'aime pas. Elle n'aurait même pas dû apparaitre dans la ruelle, l'autre nuit. Elle aurait dû me laisser mourir !

Laura dû comprendre ce qui se passait dans ma tête, car elle perdit aussitôt ses airs de fatigue. Elle vint vers moi pour me prendre dans ses bras, et je me laissai faire. Je restai bien droit comme un pic, mais je me sentais trembler de plus en plus à chaque seconde.

- C'est pas contre toi, Jay, dit-elle. Mais il faut que tu partes.

- Tu m'aimes pas, hein ? dis-je tout bas. Tu... tu me détestes. Tu... je... je suis un monstre... c'est tout... c'est tout ce que tu voie, tu... tu...

Je tremblai tellement que je n'arrivais plus à aligner deux mots. Laura me serrait aussi fort qu'elle pouvait, essayant de m'empêcher de trembler, mais ça ne marchait pas. Je tremblai aussi fort que la nuit où j'avais tué Quirin. Je sentais son cœur battre à toute vitesse, sous le coup de la peur.

- Jay, c'est pas vrai. Je t'aime comme un fils ! Ok, tu peux rester aujourd'hui encore, ce n'est pas grave. Ça va aller !

J'entendais presque la panique dans sa voix. La spécialiste des vampires savait parfaitement ce qui était en train de se passer. Et moi aussi, d'ailleurs. Il fallait que j'arrive à arrêter de trembler, ou j'allais finir par exploser et la tuer, elle et tous ses voisins.

- Faut que je parte, marmonnais-je. Partir... loin... Miska...

- Non, pas dans ton état !

Bon, elle voulait que je parte. Et maintenant que je suis décidé à le faire, elle ne veut plus ? C'est quoi, ce bordel ?

- Laisse-moi partir. Il faut que... je parte...

- Jay, il fait presque jour. Tu peux rester un jour de plus, c'est pas grave !

- Laisse-moi partir !

- Non !

À bout de patience, je la repoussais de toute mes forces pour qu'elle me lâche. J'avais tellement peur, sur le moment, de la tuer, que je n'avais pas réaliser tout de suite que, en la poussant ainsi, j'avais dû lui faire très mal. Elle avait atterri un mètre plus loin, tombant sur la table basse de son salon. Et elle ne bougeait plus, la tête appuyée sur le sofa, le dos sur la table, les pieds dans le vide. Je l'avais vraiment assommé.

Me sentant trembler encore plus fort qu'avant, je sortie de la maison, refermant la porte derrière moi, puis couru à toute vitesse pour partir d'ici au plus vite.

Dans le quartier, des gens commençaient à se réveiller, se préparant pour aller travailler. Ou aller à l'école, peut-être ? J'avais tellement perdu la notion du temps que je n'arrivai même plus à dire si nous étions l'été, ou plutôt tard le printemps ou tôt l'automne. Le fait que je ressentais à peine la température n'aidait pas les choses. Et puis, qui sait, j'avais peut-être treize ans, maintenant, je n'en avais aucune idée. Mais ces questions me passaient loin au-dessus de la tête, sur le moment. J'avais fait du mal à Laura. Je ne le voulais pas, pourtant ! Sérieux, mais qu'est-ce qui m'arrive ? Je suis en train de perdre la boule, c'est certain ! Ça ne peut pas être un truc de vampire, quand même ? Si tous les vampires seraient comme moi, soit des fous dangereux qui s'attaquaient à n'importe qui pour aucune raison, eh bien... ouais, ce n'est pas pour rien si les vampires sont dangereux.

J'avais traversé je ne sais combien de kilomètres quand je m'arrêtai enfin, essayant de retrouver mes esprits. Le quartier où habitait Laura était maintenant très loin derrière moi. Tout ce que je voyais devant, c'était une autoroute déserte et le plus si mince rayon de soleil qui se levait. Le sang que j'avais bu me permettais de ne pas craindre la lumière, mais pour combien de temps ? L'urgence, sur le moment, était de me trouver un endroit pour passer la journée. J'essayerais de réfléchir après.

Je me retirais de l'autoroute et allai derrière une rangé d'arbre, me protégeant autant que possible de la lumière, même si elle ne me faisait aucun mal, pour le moment. Valait mieux prévenir que guérir, comme on dit.

J'errai sur le bord de la route pour je ne sais combien d'heures, à la recherche d'une ville, au minimum une maison, un cabanon, ou bien même, pourquoi pas, un lac. Mais je préférais éviter le lac, pour cette fois. J'ai retrouvé le numéro de Laura, ce n'est pas le moment de le perdre une deuxième fois.

Je levai la main devant mon visage, relisant le numéro pour essayer, en cas d'urgence, de l'enregistrer dans ma tête. Mais tout ce que j'arrivais à penser, c'était comment j'avais poussé Laura. Elle s'était assommé la tête contre sa table basse... C'est sûr, si elle ne me détestait pas avant, maintenant, c'est officiel. J'appellerais demain pour m'assurer qu'elle n'ait pas eu de problème avec les chasseurs à cause de moi, ou qu'elle n'ait pas eu mal. Et ensuite, quand ce sera fait, j'effacerai le numéro. Je disparaitrai à jamais de sa vie. Un problème en moins pour elle... Un ami en moins pour moi. Ce qui me fait un grand total de zéro ami.

Avant, pourtant, j'en avais plein, des amis. Il y avait Ben, mon meilleur ami, avec qui j'étais toujours, surtout quand je voulais fuir mes sœurs qui me soulaient à force de réclamer des parties de cachecache. Et puis il y avait Jimmy et Timmy, les jumeaux, qui se disputaient toujours pour aucune raison. Sophie, dont Ben était sûr et certain qu'elle me draguait. Veronica, qui était la meilleure amie de Sophie. Elle, c'était Ben, qu'elle draguait, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure, mais Ben ne voyait rien, ou bien il le niait. Il y avait aussi Théo, Kevin, Lisa, Myriam... Qu'est-ce qu'ils se disent, en parlent de moi ?

- Jayden ? Bof, il est mort. C'est de l'histoire ancienne, dirait Jimmy.

- Et s'il n'était pas mort ? dirait Ben. Après tout, ils n'ont pas retrouvé son corps !

J'imagine, du moins, puisqu'en effet, je ne suis pas mort. Il n'y aurait donc aucune certitude, puisque mon corps n'y était pas, non ?

- Où voudrai-tu qu'il soit, alors ? répliquerait Jimmy.

- Kidnappé par des extraterrestres ! s'écrierait Timmy.

- Non, la ferme, imbécile !

- C'est toi, l'imbécile !

- Oh, la ferme, tout les deux ! dirait Sophie en poussant Jimmy ou Timmy, celui qui serait le plus proche. Changez de sujet, maintenant ! Jayden est mort et on y peut rien ! Bon, quelqu'un a fait son devoir de math, pour que je copie ? J'ai pas fait le mien.

Ouep. Les meilleurs amis du monde.

En levant la tête, je vis que j'avais finalement trouvé ce que je cherchai, alors même que le soleil commençait à me chauffer sérieusement. Devant moi, il y avait une petite maison en bois, minuscule, avec une petite cabane encore plus petite à l'arrière. Je devinais à l'intérieur de cette cabane du bois de chauffage pour l'hiver et, du même coup, un bon paquet de petits insectes caché dedans.

N'ayant pas d'autre choix, j'allais vers cette cabane, passant derrière les arbres qui entourait la grande cour pour passer inaperçu, au cas où il y aurait quelqu'un dans la maison. La porte de la cabane n'était pas verrouillée, ce qui m'arrangeai car, peu importe à qui elle appartenait, je n'avais pas envie de défoncé une porte sur le moment. J'avais déjà eu ma dose de méchanceté pour aujourd'hui.

Dans la cabane, comme je l'avais deviné, il y avait tout un mur et une moitié de rangé en plus de bois de chauffage. Tout le reste de la cabane semblait servir à ranger des outils, tel qu'une scie mécanique et des haches, une grande collection de clés à molettes, d'autre truc dans le même genre. Sur une table au milieu de la pièce, il y avait un moteur. Tout au fond, une tondeuse à gazon. À côté de la tondeuse, il y avait une grande boite en carton servant à ramasser une piscine gonflable. Et pourtant, il n'y avait pas de piscine, dans la cour...

En baillant, réalisant que maintenant à quel point j'étais fatigué, j'allais m'asseoir tout en fond de la pièce, entre la tondeuse et la boite de piscine. C'était tout sauf confortable, mais cet endroit avait pour avantage de n'avoir qu'une seule fenêtre, ce qui était déjà mieux que directement dehors, sous le soleil.

Je poussais la boite pour la mettre devant moi, empêchant ainsi les rayons du soleil de me toucher directement, puis retirai mon sweat-shirt et le roulai en boulle pour m'en faire un oreiller. Tout juste le temps de fermer les yeux, et je me sentais déjà sombrer dans le sommeil. Non mais, tu parles d'une journée de merde... et dire que j'ai déjà vu pire, que je verrais pire...

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