XIII
Les résultats sont tombés plutôt vite, je n'étais pas inquiète, ma mère non plus. Nous étions tous pressés, nous avions envie de savoir. J'ai eu 15 à l'oral comme à l'écrit et 17 au TPE, je suis ravie. Pour cela, nous avons fêté ça en allant au restaurant, maman et moi. Elle avait posé des vacances, nous allions pouvoir profiter ensemble.
Aujourd'hui, je suis seule. Elle ne travaille pas, mais elle sort avec de nouvelles personnes à mon plus grand plaisir. On avance toutes les deux, petit à petit. Je ne sais pas ce qui a été le déclic pour elle ou pour moi à vrai dire, mais nous avons enfin fait le premier pas, nous arrivons enfin à revivre de nouveau, nous avons enfin repris notre souffle avec en-tête le souvenir de l'homme qui a accompagné notre vie : mon père, un homme d'exception. Nous avons enfin compris qu'il n'était plus possible de vivre au ralenti sans lui, qu'il fallait faire le contraire plutôt, avec lui, dans notre esprit, dans notre cœur. Je continue le piano, quand maman n'est pas là, c'est le premier objet auquel je me penche. Cet air, ces notes, cette mélodie, cela me manque. Lorsque je ne peux pas en jouer, j'en écoute. La musique est toujours avec moi. Nous sommes inséparables, elle est irremplaçable, nécessaire, incroyable, comme papa. J'y arrive de mieux en mieux, presque jusqu'à la fin. Il n'y a que les dernières secondes où je me trompe parfois. C'est le stress, j'ai presque accompli ce pourquoi je m'entraîne depuis si longtemps, la réussite, je la frôle à quelques notes près. Mes doigts me brûlent à force, ils sont rouges, mais j'y suis presque. Je peux le faire, pour papa et maman, pour moi.
Je respire, c'est reparti. Une énième respiration, une énième fois, je peux le faire, j'y suis presque. Mon cœur bat si fort, une boule se forme dans ma gorge. J'ai peur, mais je ne m'arrête pas. Mon auriculaire touche une dernière fois l'instrument puis je crie. Je hurle de joie, je bondis hors de ma chaise, je danse. C'est fini. Enfin. Des années d'acharnement pour ce projet, des années d'acharnement pour cette musique. Une réussite, une, synonyme de d'autres réussites. Je vais pouvoir jouer en me disant "Ça y est, tu as su le faire, tu peux le refaire encore et encore, je suis fière de toi. C'est incroyable".
Une chaleur irradie mon corps, cela fait du bien. Je suis heureuse, plus que jamais et rien ni personne ne pourra changer ça. J'ai grandi, beaucoup en si peu de temps, j'ai mûri. Je suis fière, plus que jamais.
Je m'installe sur mon lit, prends mon portable et envoie un Message.
*À Alessio*
Tu ne devineras jamais, j'ai réussi ! Tu ne peux pas savoir à quel point, je suis ravie ! On se voit toujours demain ? J'ai hâte de te voir !
La réponse ne tarde pas à arriver.
*D'Alessio*
Je suis très heureux pour toi et je ne doute pas une seconde que tu le sois aussi, tu me montreras hein ?! C'est toujours bon pour demain, près de la fontaine à 10 heures, ne vient pas trop en avance cette fois. Passe une bonne soirée :)
Je souris, encore une fois. Je suis ravie, euphorique, pleine de joie. Je suis trop énergique pour me reposer alors je décide de prendre mon crayon et de dessiner, un fond musical doux en arrière-plan.
Dehors, la ville est calme. Le chant des oiseaux et des grillons sont les seuls sons que nous pouvons entendre, c'est très agréable et plus simple pour se concentrer. Mes yeux papillonnent légèrement, à trop travailler, j'en oublie de me reposer. Je pose le crayon et le papier, un dessin presque achevé dessus lui ajoutant une touche de vie. La lumière éteinte, ma tête sur l'oreiller et mon doudou dans les bras, je m'endors pleine de rêve et d'espoir.
Le lendemain matin, je suis réveillée par une douce sonnerie. Il est neuf heures, le soleil est déjà bien présent, la journée promet d'être belle. Ma mère se réveille peu de temps après moi et nous décidons de petit-déjeuner ensemble en papotant. Nous discutons de sa soirée qui était bonne, elle a beaucoup ri et profiter de ses amis. Je me prépare ensuite, mets ma montre et mes baskets avant de partir pour le centre-ville.
À mon arrivée, Alessio est déjà là.
-Hey, comment tu vas ? Me demande-t-il.
-Ça va, je me sens bien et toi ? Répondis-je sincèrement.
-Je vais bien aussi, je suis pressé d'être, la semaine, prochaine ! Tu en as parlé à ta mère ?
-Non, je lui laisse la surprise ! Cela me donne un peu la pression, j'ai peur de ne pas réussir, de me tromper...
-Oui, c'est normal, je serai là pour te soutenir de toute façon ne t'inquiète pas !-Merci beaucoup ! Annoncé-je en souriant.
-On y va ?
-Oui, je te suis !
Nous marchons jusqu'à un grand bâtiment d'une géométrie particulière. Une dame arrive et nous présente les lieux : c'est beau, c'est grand, ça me fait rêver. J'ai des étoiles plein les yeux. Je me projette en fermant les paupières. Nous échangeons ensuite un sourire, celui qui veut dire beaucoup, un vrai sourire qui ne cache pas une façade plus sombre, un sourire plein d'espoir. La dame nous explique comment cela va se passer, les règles à respecter, à quelle heure je dois être là... Cela me semble bon, parfait, incroyable.
Deux heures, plus tard, Alessio et moi sortons après l'avoir remercié.
-Tu en penses quoi alors ? Me questionne-t-il.
-L'espace est absolument immense, c'est fou, je ne réalise absolument pas ce qu'il va se passer ! Tu me sens capable ? C'est comme un rêve qui se réalise, depuis le temps que je travaille dessus, que je m'acharne chez moi en secret, je ne demandais pas autant !
-Du calme, tout va bien se passer, tu as fait tout ce qu'il fallait, c'est normal que tu en arrives là, je suis extrêmement fière et je crois en toi ! Tu vas tout déchirer !
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