I
Ce soir, je m'installe au piano. Mes doigts virevoltent sur celui-ci et une triste mélodie s'en dégage reflétant le fond de ma pensée : la douleur, la haine, un mélange de mille millions de sentiments plus triste les uns que les autres, face à ce passé que je ne peux oublier et qui aujourd'hui me hante un peu plus chaque jour. Je joue jusqu'à en avoir mal, jusqu'à ce que mon esprit se vide, jusqu'à ce que mon corps montre des signes de faiblesse et que mes yeux soient devenus rouge, bouffis, les larmes séchant sur mon visage. Les sons sortant de l'instrument s'opposent, ils sont soit graves soit aigus, il n'y a pas de juste-milieu tout comme mes sentiments, tout est trop accentué.
Le lendemain matin, les dernières sonorités de la veille ainsi que le chant des oiseaux caressent mes oreilles. Je me lève à la fois triste et heureuse. Aujourd'hui, c'est la reprise des cours, les vacances de Pâques sont terminées. Dessiner, lire, écrire, danser et bien sûr jouer étaient mes principales activités. Tout ce qui concerne l'art, je trouve ça incroyable. Cela me permet d'oublier, de m'évader, de me rapprocher de lui.
À cette heure-ci, ma mère dort encore, il faut donc que je fasse le moins de bruit possible afin de ne pas la déranger. Je monte les escaliers en bois qui mène au salon ainsi qu'à la cuisine pour prendre mon petit-déjeuner. Ces pièces sont trop grandes pour le petit monde vivant ici : la table à manger est bleu et noir -s'accordant parfaitement avec les autres meubles dans les mêmes tons- elle peut accueillir jusqu'à dix personnes alors que nous sommes que deux. En effet, lorsque papa était toujours là, nous avions l'habitude d'invités du monde, la maison n'était jamais vide, à contrario le matin nous étions uniquement entre nous -avec ma mère aussi-. Nous étions si heureux à cette époque. Maintenant malheureusement, ce matin comme tous les autres depuis quelques années, il n'est plus là, et cela me manque profondément.
Je finis mon petit repas tristement puis je débarrasse. Je rejoins ensuite ma chambre afin de m'habiller ainsi que de faire ma toilette rapidement, mais efficacement. Mon apparence physique n'est pas si importante pour moi contrairement aux autres lycéens en général. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi la société mise plus sur l'extérieur que sur l'intellectuel, notre vraie personnalité, notre nous intérieur. La beauté ne fait pas forcément le talent, la beauté ne qualifie pas comment est quelqu'un, mais surtout la beauté est subjective.
Au début, j'avais du mal à penser comme cela, je me suis toujours senti différente des autres, comme si je ne rentrais pas dans les codes et à vrai dire personne ne m'a aidé à ce que je me sente mieux, personne sauf mes quelques rares amis et Alessio. Il m'a énormément appris.
Lorsque j'arrive devant sa maison, je toque et c'est son père qui m'ouvre la porte. Il m'adresse un grand sourire que je lui rends aussitôt en lui souhaitant une bonne journée puis, lorsqu'il débarque nous pouvons partir.
-Alors qu'est-ce que tu as fait durant tes vacances ? Demandé-je.
-Oh et bien, c'était génial ! Je suis partie en Corse ! Il a fait chaud, c'était super cool ! Nous avons beaucoup bougé. S'exclame Alessio. En plus, la mer était vraiment belle, tu sais à quel point, j'aime l'eau. Et toi qu'as-tu fait ?
-Oh et bien, comme d'habitude, j'ai appris de nouveaux morceaux de piano, mais j'attends de le perfectionner et de le remettre un peu à ma sauce avant de le dévoiler au grand public.
-Tu comptes le faire écouter à ta mère un jour ? Je suis sûr qu'elle apprécierait beaucoup avec tout ce qui s'est passé...
-Papa aimait aussi la musique, c'est lui qui m'a transmis toute cette passion. Je ne sais pas si elle est prête, c'est encore trop tôt pour nous, mais surtout pour moi.
-Oui peut-être... Je ne sais pas vraiment quoi te dire de plus. Tu me le feras écouter ?
-Bien sûr, mon grand public n'est composé que de toi.
-Et bien, j'en suis ravi.
Je lui souris comme simple réponse, puis lorsque j'aperçois notre si grand établissement scolaire et son portail sapin, je le salue avant de retrouver mes deux amies : Louise et Chloé.
La journée se déroule bien, tout le monde se retrouve et moi, je me sens vraiment à l'aise, à ma place en compagnie de mes acolytes préférés.
Ce petit groupe me ravit au plus haut point. Peu de gens peuvent comprendre l'importance de ce qu'ils valent à mes yeux. Je suis vraiment heureuse de les revoir.
L'après-midi tout comme le restant de ma soirée, je passe la plupart de mon temps devant mes cahiers de cours. La réussite vient toujours après le travail, du moins je l'espère. Par la suite, je me couche plutôt de bonne heure après avoir rejoué "River Flow In You" de Yiruma, la chanson préférée de mon père.
Je suis heureuse d'avoir pu passer cette première journée sans trop avoir pensé au passé, à ce qui est arrivé auparavant et à lui. J'aurais aimé qu'il soit toujours auprès de moi, qu'il me rassure et comme avant, qu'il me rappelle qu'il sera toujours là pour moi. Ces instants me manquent cruellement. Parfois, je replonge dans les anciennes photos, les anciens albums et je me souviens de la vie que l'on menait et je me demande ce qu'elle aurait été s'il faisait encore partie du monde aujourd'hui.
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