Chapitre 2

Chapitre 2

Jisung... Notre amour est beaucoup trop grand qu'il en devient dévastateur.

Jisung sentit une angoisse soudaine tordre ses entrailles. Il ressentait seulement de la peur. Il tourna la tête et jeta un regard par-dessus son épaule en espérant ne plus apercevoir cette silhouette qui le poursuivait.

Il ne vit rien. Mais il continua à courir. Ses poumons lui brûlaient et sa gorge piquait à cause du froid. Mais il devait continuer. Tant qu'il ne se sentait pas en sécurité, il devait courir.

Je t'aime à en mourir.

Les dieux ne veulent pas que je te fasse mien.

Soudainement, la silhouette apparut devant lui. Il laissa échapper un cri de terreur et il tomba sur ses fesses.

Elle l'avait rattrapé.

Le bras de la silhouette s'allongea jusqu'à ce que ses doigts glacés s'enroulent délicatement autour de son cou. Jisung écarquilla les yeux quand il sentit ses voies respiratoires s'obstruer. Il fut paralysé par la peur.

«Enfin... Je t'attrape.» Murmura l'ombre noire.

Jisung ferma les yeux, sentant au fur et à mesure son énergie s'échapper de son corps.

La dernière chose qu'il nota, avant de se réveiller, était que cette chose n'avait pas de visage.

Seulement une voix hypnotisante.

Jisung se réveilla en sursaut dans son lit. Aussitôt, il sentit un mal de crâne lancinant. Il posa sa main sur son front, comme si ce geste allait apaiser ce mal.

Quand il parvint à remettre en ordre ses pensées, il ressentit subitement une grosse fatigue. Il avait l'impression d'avoir couru des kilomètres. Il était épuisé.

Pourtant, il savait que le sommeil n'allait pas s'emparer de lui s'il posait sa tête à nouveau sur l'oreiller. Et puis, il craignait de fermer à nouveau les yeux.

Son cauchemar avait été si angoissant que son cœur battait encore à tout rompre. Il se pencha pour allumer sa lampe de chevet et balaya la chambre du regard. Il avait cette impression que la silhouette était présente dans la même pièce que lui.

Il n'y avait personne. Il était seul.

Mais ça ne l'aida pas à se rassurer.

Il se coucha à nouveau dans ses draps, sans éteindre la lampe, et se mit à observer le plafond, comme il avait l'habitude de faire quand il faisait ces mauvais rêves.

Directement, il pensa au nouveau et à la première fois qu'il l'avait aperçu à la cafétéria.

Le soir, Jisung avait pleuré sans réelle raison.

Quand leurs yeux s'étaient rencontrés, une soudaine tristesse avait envahi Jisung. Il avait été si bouleversé qu'il avait tourné les talons et avait quitté les lieux précipitamment. Il s'était enfermé dans une toilette, le cœur battant très vite, et les mains tremblantes. Il avait dû se concentrer sur sa respiration pour se calmer. Les crises de panique étaient quelque chose qu'il faisait régulièrement, mais à cet instant, ça n'en était pas une.

Il s'était senti extrêmement triste.

Ce sentiment ne l'avait pas quitté de la journée. Il avait eu du mal à se concentrer sur ce que ses professeurs enseignaient en classe et sur ses révisions à la bibliothèque. Il n'avait pas croisé une nouvelle fois le nouveau et ça l'avait rassuré.

Il craignait de réagir de la même façon s'il le revoyait.

Jisung pensait que c'était à cause de son manque de sommeil. À cause de la fatigue, le cortex préfrontal — cette partie du cerveau chargée du contrôle des émotions et de la rationalité — était plus étourdi. À l'inverse, l'amygdale se montrait plus réactive, laissant libre cours à des émotions telles que la peur et la tristesse. Dès lors, sa réaction, aussi irrationnelle qu'elle paraisse, ne l'étonnait pas tant que ça.

Il essaya de prendre du recul. Car il allait bien devoir donner ces notes de cours à ce Lee Minho. S'il s'effondrait en larmes devant lui, il allait le prendre pour un fou.

Bizarrement, Jisung ne voulait pas que Minho ait une mauvaise image de lui. Pour le peu qu'il avait vu, c'était un garçon qui semblait sûr de lui, ouvert d'esprit et gentil. À peine arrivé à l'université, il était déjà entouré d'un nombre impressionnant d'élèves. Jisung ne serait pas surpris d'apprendre qu'il était très intelligent.

Il voulait que Minho ait une bonne estime de lui.

Peut-être que les autres élèves lui avaient déjà parlé de Jisung : le premier de la classe, celui qui n'avait pas d'amis et passait ses journées enfermé à la bibliothèque à étudier et à lire. Au fond de lui, Jisung espérait que Minho ne les croirait pas, même si, quelque part, ils disaient la vérité.

Jisung se sentit tout un coup ridicule.

Il grogna de frustration en se retournant et en enfonçant sa tête dans l'oreiller.

Lee Minho s'en moquait de lui.

Le lendemain, Jisung était déterminé à donner ses notes de cours au nouveau. Son professeur allait certainement lui demander s'il l'avait fait et s'il lui disait que non, il n'avait pas eu encore le temps, il allait sûrement le décevoir.

Il avait eu toute la nuit pour remettre en ordre ses idées et ses pensées.

C'était simple : il allait voir Lee Minho, il lui donnerait ses notes en lui expliquant que c'était leur professeur qui l'avait exigé et il partirait.

Il récita dans sa tête ce qu'il devait dire exactement afin de ne pas bafouiller et que ce soit clair pour le garçon. Ça éviterait qu'il lui demande de répéter.

En entrant dans l'établissement de l'université, les notes de cours dans ses bras, serrées contre sa poitrine, il se demanda comment il allait retrouver Minho dans la foule d'élèves. Hier, il l'avait reconnu, car il était entouré et que sa présence attirait l'attention. Il ignorait s'il allait être à nouveau facilement repérable.

Quand il arriva à son casier et qu'il se mit à échanger ses livres de la veille avec ceux dont il avait besoin aujourd'hui, il entendit une étudiante murmurer le prénom de Minho.

Immédiatement, il releva son regard et ses yeux tombèrent dans ceux de Lee Minho.

Le nouveau était adossé à un casier, encore une fois entouré de plusieurs élèves. Malgré les personnes qui lui parlaient et qui cherchaient son attention, son regard restait ancré dans celui de Jisung. Il ne le détourna pas et même un léger sourire plana sur ses lèvres.

Jisung avala difficilement sa salive à cause de l'intensité de l'échange. Il ne ressentit pas cette tristesse de la veille, seulement une étrange sensation au fond de sa poitrine. Il se sentait paralysé, comme si le garçon parvenait à le clouer sur place.

Il papillonna des paupières et revint à la réalité lorsque Minho fut contraint de détourner le regard vers la fille qui lui effleura délicatement le bras pour attirer son attention.

Il profita du fait que son regard ne soit plus posé sur Jisung pour le détailler. Il portait un simple jean bleu, assez large, avec un pull en laine noir qu'il avait rentré dans son pantalon. Un col roulé et un collier venaient décorer son cou. Tout semblait impeccable dans sa tenue. Ses cheveux étaient, comme la veille, nettement coiffés.

Tout semblait parfait chez ce garçon.

Il se tourna de nouveau vers son casier. Il prit une grande inspiration, referma la porte, puis tourna les talons. L'angoisse lui tordit l'estomac lorsqu'il posa les yeux sur Minho. Il serra ses notes contre lui et s'avança.

Minho le vit arriver, car il détacha son regard de la jeune fille à côté de lui pour le poser sur lui. Un nouveau sourire amusé naquit sur ses lèvres, mais ne dit rien. Il attendit que le garçon soit devant lui.

Les élèves qui l'entouraient comme des abeilles autour de leur reine le dévisagèrent, se demandant certainement ce qu'il faisait. D'habitude, il restait seul et n'entamait pas de conversation avec les autres.

« Le... Le professeur m'a demandé de te donner mes notes. »

Il jura intérieurement en se rendant compte qu'il avait bafouillé le début de sa phrase.

Toutefois, le regard de Minho ne changea pas et continua à le détailler.

« Selon lui, ça t'aiderait à rattraper ton retard. »

Il tendit brusquement son paquet de feuilles. C'étaient toutes les annotations qu'il prenait pendant les cours : il aimait retranscrit presque mot pour mot ce que les enseignants disaient. On y trouvait aussi ses synthèses et quelques exercices supplémentaires.

Minho se détacha du casier contre lequel il était appuyé pour s'avancer. Il s'arrêta à un mètre de Jisung, si près que les feuilles se froissèrent en venant heurter sa poitrine.

Mais ses yeux ne s'étaient pas détachés de ceux de Jisung.

Il attrapa les feuilles, effleurant les doigts de Jisung. Son sourire s'élargit quand il le vit tressaillir.

« Merci, Jisung. »

La respiration de Jisung se coupa en entendant sa voix.

Il resta paralyser sur place, regardant le nouveau quitter le couloir, ses notes à la main.

Jisung ne lui avait jamais dit son prénom.

Et il avait déjà entendu cette voix.

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