Chapitre I

                                                     Sous un voile de mystère

J'étais venue ici pour acheter les futures armes qui nous serviraient lors des batailles au front. Cette ville étant la meilleure en terme d'innovation, nous avions besoin des ses services en terme d'équipements.

D'après les rumeurs, les ingénieurs de la région auraient réussis à mettre au point des armes tirant des projectiles automatiquement ; des canons. Si elles disaient vraies, alors l'issue de la guerre en sera chamboulée. Les épées n'auraient bientôt plus leur place au front.

- " Je te remercie de m'accompagner, Lash. Je dois passer des commandes pour les armées. J'aurais bien demander à Seth de venir à ta place mais, les batailles de plus en plus intenses l'ont contraint a assisté à une nouvelle réunion, encore une fois. Keith et Yvan, eux, ne peuvent pas s'absenter de la guilde alors sans toi, je ne sais pas comment j'aurais pu arriver jusque là indemne." remerciais-je mon collègue.

Lash qui marchait à côté de moi hocha la tête, sans vraiment m'écouter. Je comprenais ce qu'il ressentait. La raison en était simple ; Ladsen, nous étions dans la ville d'origine de Diane.

Quelques mois s'étaient écoulés depuis qu'elle nous avait quittée mais, personne ne semblait s'en remettre.

Je me souvenais encore du visage de mes collègues quand ils eurent appris la nouvelle. Leur mine s'était décomposée en un instant, laissant tomber au sol toute choppe d'alcool ou cartes en main. C'était la seule nouvelle arrivante depuis longtemps déjà ; sa venue était comme un souffle de fraîcheur, de renouveau pour nous, les anciens. En ce peu de temps, elle avait bâti sa propre place dans notre guilde.

Mettant de côté mes pensées, j'observais la ville. Son exotisme n'avait rien a envier à notre ville mais, son avancée scientifique restait flagrante et attisait la curiosité d'une personne ayant cette vocation. J'étais même particulièrement intéressée par leur dispositif permettant d'indiquer l'heure sur un cadran, et tout cela avec la taille d'un pendentif !

Cette ville était l'exacte opposé de Rosran.

Marchant sur des plaques d'acier rougeâtre, le bruit de mes talons résonnait en un tintement métallique à chacun de mes pas. Les allées obliques se construisaient en immenses immeubles de fer qui s'unissaient grâce à des ponts forgés. En observant le ciel, teinté d'un épais nuage de fumée grise où le soleil rougeoyant donnait quelques couleurs au lieu, on pouvait voir le sommet de ses bâtiments caresser le ciel comme le clocher de notre église. Au loin, entre les pics des tours des bâtiments se dressaient les cheminées des usines de la ville industrielle. Leur technologie était à un tout autre niveau.

Aussi, en arrivant par l'entrée de la ville, j'eus remarqué des rails contournant cette dernière et l'alimentant en minerais et en charbon. Avec un minimum de connaissances, on devinait aisément que ces rails reliaient Ladsen aux mines de Talùrmin par l'intermédiaire d'une locomotive ; l'Odolindë. 

En avançant, je voyais, entre les quelques passants vêtus de costume victorien et les demoiselle en robe de soie pourprée, ma silhouette se refléter sur les grandes vitrines de verre parsemant les murs d'acier poli. C'était une vision surprenante que de se voir en pleine rue sans passer par le biais d'un canal comme nous pouvions le faire chez nous.

- " Dis, c'est pas un peu bruyant, par là ?" m'interrogea soudainement mon collègue, m'échappant à la contemplation de la ville.

Je tournais mon regard vers la direction qu'il m'indiquait ; en face de nous la foule semblait attroupée en une masse unique. Tous habillés de tenues chics et élégantes, ils criaient de joie. Ils acclamaient en chœur une curiosité qui se trouvait devant eux.

D'un regard, nous décidâmes de nous approcher.

Nous nous frayons un passage entre les autochtones qui s'amusaient gaiement dans la fête. Après avoir esquivé tant bien que mal les joyeux fêtards, nous parvinrent à la raison de leur agitation.

Au centre de la place regorgeant de monde se tenait une estrade. Elle se démarquait par sa construction en bois, changeant de l'acier et du métal, et surplombait l'allée. En observant les trois personnes présentes sur cette dernière, je compris qu'il s'agissait en réalité d'un mariage de famille noble, attirant la famille de ces derniers ainsi qu'une foule de curieux, simplement intéressés par la nouvelle alliance de leur ville.

Un curé vêtu d'une robe brune et d'un chapeau victorien attendait au milieu de la scène accompagné d'un homme d'une vingtaine d'années à première vue. Le marié vêtu d'une veste queue-de-pie et d'un veston mauve passé couvait sa future épouse qui gravissait les marches d'un regard tendre et séduisant à la fois.

Ce véritable prince charmant avait le mérite d'être qualifier de beau par ma personne et ce n'était pas chose aisée.

Comme intéressé par la cérémonie qui se déroulait sous nos yeux, Lash et moi ne détachions pas notre esprit de la splendide demoiselle qui s'avançait.

Ses bras fins et graciles étaient dissimulés sous de longs gants de soie blanche et tenaient les jupons de sa robe pour ne pas trébucher. Je restais coite devant le volume de sa tenue.

En voyant cette femme splendidement vêtue, je fus pour la première en train d'envier quelqu'un.

Un bustier noué par des lacets tenté d'ivoire marquait sa taille fine et faisait ressortir sa poitrine peu opulente.  Ses frêles épaules étaient couvertes d'un voilage de mousseline, se confondant avec le teint perlé de leur délicate propriétaire.

Les jupons de sa robe retombaient sur le sol, se divisant en une multitude de plis immaculés de blanc. Une dentelle très travaillée se déversait sur son habit fait d'une soie précieuse tandis que des fleurs de tissus trônaient fièrement sur les étoffe s'entremêlant du vêtement. Lorsque ses jambes s'avançaient, on apercevait les chevilles élancées de la jeune fille, chaussées de souliers à talons nacrés.

Balayant la poussière sur son passage, le demoiselle arriva finalement d'un pas lent jusqu'à son futur mari. Durant son arrivée, les observants s'étaient tous tus, se perdant dans l'admiration du corps de leur voisine.

Puis, rompant le silence solennel de la cérémonie, le curé entama son discours. Sa voix claire et forte parvenait jusqu'à nos oreilles en un chant mélodieux tant son aisance était visible.

Arrivé au moment des vœux, le prêtre demanda au marié, comme pour sceller l'union :

- " Messire Hênnes, souhaitez-vous prendre Mademoiselle ici présente pour épouse et de lui jurer fidélité et amour et ce, jusque la mort vous sépare ?"

Sans hésitation, l'homme prit pour la première fois la parole et, d'un ton décidé et heureux, annonça qu'il le voulait tout en passant sa main dans ses cheveux blonds. Continuant son rituel, le religieux demanda, à la femme, cette fois :

- " Et vous, Mademoiselle ici présente, souhaitez-vous prendre Messire Hênnes pour époux et de lui jurer fidélité et amour jusque la mort vous sépare ?"

La femme, d'une voix douce et cristalline, semblable à un tintement de verre, accepta. La demoiselle ne montrait pas autant d'émotions mais avait cette délicatesse qui aurait pu narguer n'importe quelle commère brute de Rosran.

Son mari prit ensuite la petite main de sa femme et glissa à l'un de ses doigts une alliance d'argent avant que sa compagne n'en face de même.

En les voyant, je sentis un pincement venir troubler ma poitrine;  je me demandais si, un jour, j'aurais pu être à sa place, m'imaginant avec mon unique amour puis, refoulant ses sentiments je regardais les deux jeunes gens.

Finalement, après avoir reçu le consentement du curé, le marié s'approcha de son épouse. Il attrapa ensuite délicatement le voile de sa femme et, d'un geste lent et patient il dévoila son visage. La voilure reposant sur l'arrière du chignon orné de décorations de la mariée ondoyait légèrement sous la brise puis souleva le voile de mystère sur l'identité de l'épouse inconnue des spectateurs.

Quand je vis son visage, je tombais des nus. Cela ne pouvait être la réalité. Distinguant parfaitement de là où nous étions l'apparence de la mariée, je me demandais si j'étais en train de rêver cependant mon collègue confirma que nous étions bel et bien en face de la même personne.

Lash regardait sans vraiment la voir la belle femme tenue devant lui, le souffle coupé son regard semblait éteint.

- " Diane..." déglutit-il, la voix essoufflée.

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